Burkina Faso : l'habitude de la gratuité fait “qu'acheter un livre reste un luxe”

Nicolas Gary - 21.06.2017

Interview - Thierry Milogo libraire - Burkina Faso librairie - Librairie Mercury Burkina Faso


ENTRETIEN – « C’est la passion que j’ai pour le livre et la lecture qui m’a poussé à créer en 2002 ma librairie. Les livres m’ont énormément aidé dans ma quête du savoir. Je voulais être au top de mes connaissances et je fréquentais les librairies dites « par terre » pour m’approvisionner », explique Thierry Milogo, fondateur de la librairie Mercury, basée à Ouagadougou (Burkina Faso).



Thierry Milogo
 

 

ActuaLitté : Comment votre librairie a-t-elle vu le jour ?

 

 Thierry Milogo : Un jour, alors que j’étais en classe d’examen, j’ai eu une mauvaise note dans une matière, parce que je ne comprenais pas les explications du professeur, j’ai alors décidé de m’offrir le livre en rapport avec cette matière : c’était un livre de recherche opérationnelle. Après plusieurs jours de recherche dans toutes les librairies de la ville, je me suis résolu à demander à un ami de me commander ce livre en France. Dès que j’ai reçu le livre, j’ai vite compris et intégré le cours de recherche opérationnelle et j’ai même eu la meilleure note à l’examen grâce à ce livre.
 

Plus tard, j’ai alors décidé d’ouvrir une librairie en me disant que plusieurs personnes devaient être confrontées au manque de livres, et qu’il fallait faire quelque chose, et c’est ce qui a donné naissance à Mercury, librairie professionnelle.

 

Quelles sont les spécificités historiques du marché du livre au Burkina Faso ?


Thierry Milogo : Le marché du livre au Burkina est dominé par les livres donnés (don en provenance pour la plupart de la France) qui se retrouvent après dans les rayons des librairies dites « par terre ».


La gratuité reste le maître mot : les populations s’attendent à tout recevoir gratuitement, si bien qu’acheter un livre reste et demeure un luxe. Historiquement on n’a pas fait admettre aux élèves et autres étudiants que le livre est un outil indispensable et que l’avoir était un impératif, presque obligé pour réussir. On a créé des tares en matière d’achat de livres si bien que les élèves et étudiants sont convaincus qu’on peut réussir en se limitant au seul cours fourni ou dispensé par un professeur. Dans les écoles, c’est l’Etat qui fournit les livres scolaires gratuitement.

 

À ce jour, à quelles problématiques faites-vous face ?


Thierry Milogo : Les problèmes sont nombreux :

— La mévente des livres ou en d’autres termes la difficulté de vendre des livres 

— Le piratage et photocopillage galopant

— La non-promotion des livres dans le système scolaire et universitaire

— Le manque de vraies bibliothèques dans les écoles et universités disposant d’un vrai budget de réapprovisionnement

— tec...

 

Comment établissez-vous votre sélection d’ouvrages mis en avant ?


Thierry Milogo : La sélection est corrélée en général à l’actualité du moment. Étant une librairie spécialisée, nous commandons les livres en rapport avec l’innovation, et surtout l’actualité, la science, l’économie, l’actualité en rapport avec les entreprises, la société et le monde dans sa globalité.

 

Quelles sont vos relations avec les distributeurs ?


Thierry Milogo : Nos relations avec les distributeurs sont très bonnes, essentiellement basées sur notre capacité à commander et à régler leurs factures. S’inquiéter du fait que votre activité peut connaître des moments de baisse à un moment donné n’est pas dans leur vocabulaire. 

Nos rapports sont surtout basés sur notre capacité à acheter leurs ouvrages, un point c’est tout.

 

Que vous apporte le réseau de l’AILF ?


Thierry Milogo : L’AILF, c’est déjà un réseau et le réseau permet la circulation à l’intérieur d’informations en rapport avec le métier de libraire. « L’AILF est un instrument au service de notre métier de libraire ». Elle soutient ses membres à travers différentes actions de formation, de promotion, et d’aide à la structuration et au développement.


Librairie Mercury

 

Elle nous apporte de la matière qui nourrit et qui nous pousse à nous développer. C'est notre véritable outil de plaidoyer pour les causes de notre profession, mais aussi le défenseur de notre métier au niveau des instances que sont la Francophonie et les différents ministères. Il faudrait créer l’AILF, si elle n’existait pas.

 

Vous avez créé un site de vente en ligne très développé. Quelques années après son lancement, quels résultats pouvez-vous tirer d’une expérience de vente en ligne au Burkina Faso ? 

 

Thierry Milogo : Peut-on parler d’expérience de vente en ligne au Burkina ? Je ne suis pas sur mais cependant tout est à considérer. Les problèmes d’accès à Internet n’ont pas permis à notre projet d’avancer rapidement. Le Burkina Faso est en train de se doter de la fibre optique pour accélérer son niveau de connectivité via internet et les nouvelles technologies de l’information et de communication de façon générale.
 

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Nous maintenons et poursuivrons notre projet de vente ligne parce que c’est l’avenir. Depuis la création de notre site, de plus en plus de personnes visitent notre site et c’est déjà un premier et grand pas.
 

Nous recevons beaucoup d’e-mails de commandes et de réservation d’ouvrages par le canal de notre site web. La révolution Internet est en marche au Burkina Faso et nous avons espoir que la vente en ligne sera un réel avantage pour nous dans les années à venir.

 

Librairie Mercury

140, avenue de l´UEMOA, 

 01 BP 5197 Ouagadougou, Burkina Faso
 

En partenariat avec l'AILF


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