Ce n'est pas parce que l'on publie peu que l'on publie moins bien

Clément Solym - 31.01.2011

Interview - interview - moret - zinc


Frédéric Moret est co-fondateur et directeur de Zinc Éditions. À l’occasion du 5e Forum des métiers du livre qui se tiendra du 3 au 5 février prochain à la Maison des métallos, il nous parle de sa passion et du difficile métier d’éditeur indépendant.

ActuaLitté : Vous êtes éditeur bénévole au sein de votre propre maison. Comment vivez-vous ?
Frédéric Moret : Je gagne ma vie comme graphiste au service communication d'Arte. L'idée est de prendre du plaisir en éditant des livres, pas nécessairement d'en faire une activité rentable. Nous avons édité le premier livre en 2003 et publié les statuts de l'association la même année, avec l'idée de financer chaque ouvrage par le produit des ventes précédentes. Ce système nous permet en tout cas de rémunérer nos auteurs et nos prestataires 

Pourquoi l'édition ?
Quand Zinc éditions a commencé, j’étais graphiste free lance, et il faut bien admettre que je ne m'identifiais que rarement aux prestations graphiques que j’effectuais alors, même si ce travail n’a jamais été pour moi désagréable. J’ai travaillé dans de nombreux domaines (dont l’édition) et rencontré des gens vraiment sympas... mais ça ne m'était pas suffisant.


Je me suis donc associé avec une amie qui s'occupait de la partie littéraire, me laissant en charge de la direction artistique. Cette maison s'est rapidement révélée un espace de liberté complet, sans dépendre d'aucune commande.

Après 10 ans passés dans l'édition, quel est votre sentiment sur le métier ?
J'ai du mal à me considérer comme un éditeur professionnel. Mon implication dans Zinc est certes complète, mais je n'en suis pas dépendant pour vivre. Mon approche est beaucoup plus tranquille, sans pression financière. Il s'agit davantage pour moi d'amusement sans me considérer éditeur. Je considère avant tout cette activité comme un travail collectif avec les auteurs et les illustrateurs. Il y a un état d'esprit, avec un fil conducteur et une cohérence dans l'ensemble, ce qui crédibilise la maison. [NdR : voir à ce titre quelques créations]

Comment choisissez-vous vos auteurs ?
Essentiellement par le réseau : ils sont quasiment tous des collègues de travail ou des amis. Je donne ainsi un coup de pouce aux compétences extra-professionnelles qui sont nombreuses. J'aime travailler avec des gens qui n'ont jamais édité, même si ce n'est pas non plus la règle. Cela reste des rapports amicaux, conviviaux, sans impératifs autres que celui de la qualité de l'oeuvre. L'aspect financier n'est pas le moteur de cette affaire.

Quel est votre tirage moyen ?
C'est le bât qui blesse...
On publie peu, soit 2 livres par an, de façon irrégulière et avec un faible impact au niveau national. Nous n'avons que 2 diffuseurs en France et en Belgique c'est presque confidentiel.
Nous sommes très peu performants en terme de ventes, avec certes quelques titres épuisés grâce aux salons. Le résultat est loin d'être à la hauteur de la qualité de nos ouvrages. Depuis le départ de mon associée il y a 3 ans, Zinc s’est un peu réorganisé. Je travaille notamment pas mal avec les éditions Antidata, et on mutualise beaucoup de choses, avec possiblement une diffusion commune, mais ça, c’est encore du projet....

Frédéric Moret (© Zinc Éditions)
Est-il si difficile de se faire une place sur le marché ?

Soyons lucides, il y a une réelle surabondance de livres, même si je contribue à la créer. En France on édite 70 000 livres par an. Mais est-ce un vrai problème ? Beaucoup de gens proposent des choses bien, un peu à boire et à manger entre les grandes maisons et l'auto-édition... La crise n'est pas de la qualité mais de la quantité, ce qui entraîne une saturation chez les libraires. Il y a cette injustice qu’en rentrant dans une librairie en tant que petit éditeur, nous sommes directement confrontés à un a priori négatif. Ce n'est pas parce qu'on publie peu qu'on publie moins bien ! Il est même parfois carrément impossible de rencontrer un libraire car il croule sous les livres, avant même qu’il ait vu ce que nous avons à lui proposer. Mais le numérique est peut-être la solution, au travers de notre site Internet et de notre boutique en ligne.

Vous allez un animer un atelier « Flux tendu » au 5e Forum des métiers du livre, le 5 février prochain. De quoi s’agit-il ?
C’est une performance que nous avions déjà réalisée lors d’un salon à la Halle St-Pierre en 2005. Le public commande un ouvrage en précisant certains critères (temps, lieu, personnages...) personnalisant ainsi le récit. Sébastien Gendron s’était collé à ce premier atelier, très créatif, en produisant une petite nouvelle toutes les 20 minutes environ. Cette fois ci, nous avons plusieurs auteurs. Après l’écriture, le texte passe à la correction puis à la maquette, la reliure, et enfin aux illustrations, directement faites sur le tirage. L’idée est d'éditer un ouvrage à un seul exemplaire, pour chahuter un peu les codes de l’édition en général, et le rapport à « l’œuvre originale » en particulier. La prestation est vendue 5 euros pour un résultat plutôt chouette.


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