Charles Berling : la liberté de créer liée à la défense du droit d'auteur

Clément Solym - 18.10.2010

Interview - interview - berling - alberto


Rencontre avec Charles Berling, autour dune lecture d'un livre d'Alberto Velasco, la Quantique des quantiques.


ActuaLitté : Merci pour cette lecture, M. Berling. Pourquoi avoir accepté la lecture de ce texte ?
Charles Berling : Eh bien, j'ai connu Alberto Velasco entre 1988 et 1995. Il était ami avec Sophie Hatier qui était ma femme à l'époque. C'était un être extrêmement lumineux, qui avait beaucoup d'esprit, et s'est malheureusement enfoncé dans la maladie. Aussi, quand Gilles Verdiani m'a contacté, en m'apprenant qu'il organisait cette lecture, j'ai été saisi par la grande qualité et la diversité de sa bien trop courte oeuvre.

Crédit photo Adrien Aszerman, © ActuaLitté

Je savais qu'il avait écrit, j'avais eu l'occasion de lire quelques bribes, mais c'est en découvrant le livre que j'en ai mesuré l'ampleur. C'était tout naturel pour moi de venir défendre des paroles qui ont peu de visibilité, comme ces personnes des années 80-90, je pense à Hervé Guibert, qui ont traversé ces années et sont morts du SIDA. Ils nous ont laissé des textes forts, racontant leur rapport à la maladie.


ActuaLitté : C'est ce lien personnel qui vous a porté ?

Charles Berling : Non, vous savez, il ne s'agit pas de textes exutoires. Alberto était appelé à devenir un artiste multiple : il aimait le théâtre, le cinéma. Il avait une approche très moderne de l'artiste, parce qu'il ne se privait pas d'explorer des formes diverses et variées de la création.


ActuaLitté : Quel est alors votre relation à la lecture dans ces circonstances ?
Charles Berling :
C'est très émouvant, très touchant églaement, car cet être a laissé une trace de sa souffrance, de son raport avec la mort, avec la maladie. Et quand cette parole est lue, même quand on le fait soi-même, c'est à la fois joyeux et douloureux. On le voit revivre, dans cette écriture de douleur. Et toujours humble, avec un discours modeste, qui lui confère une grande lucidité. Son jeune âge ne l'a pas empêché de comprendre bien des choses.

Crédit photo Adrien Aszerman, © ActuaLitté

Il n'a laissé qu'un livre, mais il est très beau. On y trouve des nouvelles, de petites histoires, des textes qui ne sont que du ressenti, avec un regard surprenant, original. Ce n'est pas simplement le livre d'un ami, d'un homme qui a souffert, c'est avant tout celui d'un auteur magnifique. Et comme tout beau texte, le lecteur n'a pas besoin de le surchauffer pour lui donner de l'ampleur ou qu'il se mette à parler. Son écriture est d'une grande qualité, et très originale.


ActuaLitté : A ma connaissance, l'ouvrage ne sortira pas en version numérique. A ce titre, que pensez-vous de cette mutation de l'industrie ? Sans parler forcément du Peer-to-Peer... (NdR : grand moment de solitude quand Charles Berling me jette un regard d'incompréhension)
Charles Berling : Moi, j'ai le sentiment que les supports peuvent changer et que la technologie puisse inventer et imposer, sinon proposer, de nouvelles choses. Maintenant, je crois que le droit d'auteur est une très belle invention. Et ce n'est pas parce que la technologie évolue que nous n'avons, au contraire, plus les moyens de faire vivre Beaumarchais. (NdR : note pour mes carnets : il est mort ou non, Beaumarchais ?)


Crédit photo Adrien Aszerman, © ActuaLitté

C'est une hypocrisie totale que de revendiquer le contraire. C'est une question de règle, de lois, et je suis intimement convaincu que plus l'on défendra le droit d'auteur, plus on défendra la liberté de penser, mais surtout le droit de penser. Si l'on réduit trop les moyens de ceux qui produisent de la pensée, ils seront limités dans leurs possibilités de production, dans leur temps de création. Et le temps, tout le monde s'accorde à dire que c'est de l'argent.

Que cela passe par internet, l'iPad, le numérique le virtuel, qu'importe le nom que vous lui donnez, j'espère que de toute manière les choses vont s'organiser, pour que la culture puisse être pour tous, et que les auteurs continuent d'être rémunérés.



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