"Il y a toujours une connotation négative en France quand on parle de littérature féminine"

Julie Torterolo - 13.07.2015

Interview - Karinne Bailly - Charleston - Women's fiction


« Je n’aime pas quand on parle de littérature féminine, le vrai terme est Women’s fiction ». Karine Bailly, a créé les éditions Charleston en 2013 avec l’intention de donner à ce genre littéraire ses lettres de noblesse. Faire découvrir cette littérature méconnue ou trop souvent méconsidérée est « son combat ». Le succès de la maison vient rapidement, et sa fondatrice revendique aujourd’hui plus de 400.000 romans vendus. Nous ferons les comptes plus tard. Concentrée sur les romans étrangers, américains pour la plupart, la maison d’édition propose, depuis cette année une collection dédiée aux auteurs français.  

 

Karine Bailly, ActuaLitté

 

 

« Il y a toujours une connotation négative en France lorsque l’on parle de littérature féminine ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays », confie Karine Bailly à ActuaLitté. Pour cette jeune éditrice, il n’était pas question de monter sa marque sans apporter du nouveau à apporter au monde de l’édition. Et après deux ans et demi à New York, c’est chose faite. Elle y a trouvé « des pépites » répéte-t-elle. Les États-Unis lui ont permis de découvrir la women’s fiction, qu’elle définit comme des textes avec « un personnage central féminin qui fait face à des épreuves et parvient à les surmonter ».

 

Un genre qui se différencie de la romance, un style bien particulier : « C’est une subdivision de Women’s fiction dans laquelle il y a toujours une histoire amoureuse, un amour impossible qui devient possible » nous explique-t-elle. « La women’s fiction est trop souvent vue à travers des clichés », précise-t-elle. 

 

Une fois de retour en France, son choix s’est davantage tourné vers les romans américains simplement par opportunité. « J’ai découvert des œuvres fantastiques aux USA et cela nous a aidés à construire la marque. On a fait venir en France des auteurs qui avaient déjà beaucoup de lecteurs dans le monde, des romans qui s’étaient vendus à plus de deux millions d’exemplaires, mais qui n’était pas parvenus jusqu’à nous. Les gens qui savent ce qui se passe à l’étranger, je pense notamment aux blogueuses, les connaissaient déjà. De ce fait on avait déjà un public » confesse-t-elle. 

 

La maison d’édition a dès lors commencé à publier son premier roman 9 mois après sa création. Aujourd’hui elle en publie 12 par an. À terme, l’objectif de la maison d’édition est d’avoir une équité entre littérature française et littérature étrangère. Une chose qu’elle se sent apte à faire maintenant que « la marque est bien implantée ». A l'occasion de la première édition du prix du livre romantique, en partenariat avec livre de poche et la ville de Carbourg (Normandie), Charleston a lancé son premier roman d'une romancière français Une héroïne américaine de Bénédicte Jourgeaud (2014).

 

Des livres, et bien plus

 

« J’ai toujours voulu faire de la littérature française dans laquelle il y a beaucoup de très bons romans de Women’s fiction. D’ailleurs, certains éditeurs français font 90 % de women's fiction sans forcément le dire. Dire explicitement que l’on fait  uniquement de la Women’s fiction, désormais française, est ce qui fait notre différence selon moi » explique Karine Bailly. Fort de cette volonté, Au secours j’ai 40 ans (depuis 4 ans) de Gaëlle Renard, ex-journaliste aux Maternelles est paru le 12 mai dernier. Afin de renouveler l’opération de 2014 qui avait comptabilisé « plus de 150 textes reçus », un appel à manuscrit, pour le Prix du livre romantique 2015, a lieu en ce moment même jusqu’à octobre prochain. Un bon moyen pour l’éditrice de trouver « des textes français de bonne qualité et de faire fonctionner notre communauté de lecteurs »

 

Et c’est justement sur l’esprit de communauté que la maison d’édition mise son développement. Dans cette optique,  Karine Bailly s’entoure d’une communauté de dix lectrices sélectionnées avec soin, chargées de l’aider à choisir couverture, traduction de titre « afin d’éviter les choix très subjectifs que l’on fait lorsque l’on est seule ». La maison d’édition est également bien connue pour ses animations atypiques. Des cours de charleston sont organisés une fois par trimestre, et ce, même avant la sortie de leur premier livre. Nombreuses animations Facebook sont également prévues telle que le bookcroosing, permettant aux lectrices de déposer un livre dans un endroit afin qu’une autre vienne le chercher.

 

Toujours dans une volonté d'extension, la maison d’édition a pour projet de créer une collection de poches afin de rendre leur choix plus accessible et toucher un plus grand lectorat. « Je veux être découvreuse ou aller fouiller là où les autres ne vont pas, il y a beaucoup d’éditeurs de poche qui regarde juste la liste des best-sellers », explique-t-elle. Pour se faire, l’éditrice va chercher des livres qui ne sont jamais sortis en poche dans les back-list des maisons telles que Robert Lafont ou Calmann-Lévy. 

 

Tous leurs livres sont disponibles en numériques. En octobre sortiront Les chroniques de Downton Abbey (Charleston est l'éditeur officiel de la série) ainsi que La mer en Hiver, de la romancière américaine de Susanna Kearsley.