Citéphilo ou la philosophie pour tous, dans les lycées

Auteur invité - 25.06.2019

Interview - Philosophie enseigner - lycée cours - philosophes enseignants


En 1997 quelques passionnés, dont Léon Wisznia et Gilbert Glasman lancent Citéphilo à Lille. Cette manifestation, dont le succès ne s’est jamais démenti, n’a toujours pas d’équivalent en Europe. Plus que jamais, l’association qui l’anime prône une ouverture toujours plus grande vers la transmission aux plus jeunes, qui passe en France par les cours de philosophie en terminale. 

Propos recueillis par Françoise Objois

Future Past + Presence
Hartwig HKD, CC BY ND 2.0

 
La France occupe une place à part en Europe dans sa manière de considérer la philosophie et son enseignement. Notons à cet égard que la réforme du baccalauréat prévoit un renforcement de la philo qui sera enseignée à tous les lycéens à raison de 4 h par semaine et fera partie des 4 épreuves écrites de Terminale.

Former des citoyens éclairés capables d’esprit critique, c’est aussi, depuis ses débuts, la mission de Citéphilo, portée par l’association PhiloLille constituée par des professeurs de philosophie de la région Hauts-de-France. 

Nous avons rencontré son président, Arnaud Bouaniche, professeur de philosophie en classes préparatoires au Lycée Carnot-Gambetta d’Arras, président de PhiloLille, ainsi que deux professeurs de philosophie du Lycée Pierre d’Ailly et du Lycée Charles de Gaulle de Compiègne qui collaborent depuis l’an dernier de manière étroite avec Citéphilo. 

Enseigner la philosophie, ça sert à quoi ? 

Arnaud Bouaniche :
Il est courant de dire que la philosophie ne sert à rien et que c’est là son privilège et sa beauté. Telle n’est pas la réalité. La philosophie ne doit pas seulement développer en chacun le goût d’une pensée ferme, précise et rigoureuse, une pensée critique à l’égard des convictions immédiates et des opinions toutes faites.
 
Elle doit surtout répondre à des questions que chacun se pose et auxquelles elle est la seule à pouvoir répondre : « Qu’est-ce qui est juste ? », « Pourquoi travaillons-nous ? », « Pourquoi rechercher la vérité ? », « La mort rend-elle l’existence vaine ? », etc. Je ne vois aucune autre discipline capable de répondre avec rigueur à de telles questions qui intéressent tout le monde. Je conçois chacun de mes cours comme une tentative de réponse à ces questions urgentes qui nous traversent. 

Peut-on apprendre à philosopher ?

A.B. :
Je crois qu’il y a un goût de la philosophie et même une « demande » de philosophie qui sont très spontanés. Les enfants, voire les petits enfants, posent très naturellement la question « pourquoi ? ». La philosophie a pour vocation de retrouver ce sens enfantin du questionnement. Elle n’est pas réservée à une élite, et c’est d’ailleurs tout le sens de la manifestation Citéphilo. 

Quelles sont les actions pédagogiques que mène Citéphilo ?

A.B. :
Si par « pédagogie » on entend l’acte d’enseigner et la mise en œuvre corrélative d’un discours chargé de transmettre et de faire assimiler avec clarté une connaissance, on peut dire que Citéphilo est pédagogique « par essence ». C’est en effet ce qui fait le succès de notre festival : l’effort auquel tous nos invités consentent d’être accessibles au plus grand nombre en exposant leurs travaux sans jargon, dans la langue de tous.

Mais au sens plus étroit de notre action en milieu scolaire, on peut dire que Citéphilo est très présente chaque année dans les lycées des Hauts-de-France. La qualité de notre travail est d’ailleurs reconnue par l’inspection régionale de philosophie et le rectorat, qui soutiennent notre action. 



Marc Guyon, professeur de philosophie au Lycée Charles de Gaulle de Compiègne 

Comment faire aimer la philo aux élèves ? 

Marc Guyon :
Pour faire aimer la philosophie aux élèves, j’essaie de leur montrer son ancrage éternel et quotidien. Il s’agit d’enraciner le questionnement et la réflexion philosophiques dans la proximité des préoccupations de nos jeunes. Ce qui nous semble en premier lieu étranger n’est pas si éloigné de ce qu’il y a d’humain en chacun de nous comme en tout autre. Bref, ils s’y découvrent ou s’y retrouvent. 

Quelle est la valeur ajoutée de Citéphilo dans un projet comme celui que vous menez ?

M.G. :
Citéphilo apporte une ouverture indispensable aux élèves qui se sentent alors partie prenante d’une réflexion de qualité qu’ils auraient pu croire réservée à des individus plus expérimentés ou érudits. Citéphilo les invite aussi à réfléchir à des thématiques proches de leur vie. Enfin Citéphilo, en tant qu’association, est en mesure de financer ces rencontres et pour nos élèves, c’est une chance. 

Mickaël Perre, professeur de philosophie au Lycée Pierre d’Ailly de Compiègne 

En termes de niveau des conférenciers, vous avez placé la barre très haut au printemps dernier. Avez-vous constaté une plus grande implication des élèves sur les sujets traités lors de Citéphilo ? 

Mickaël Perre :
De façon générale, les conférences d’avril dernier nous ont apporté une grande satisfaction et ont pleinement comblé nos attentes. Je garde un très bon souvenir de la conférence sur la science-fiction qui avait lieu au Lycée Pierre d’Ailly. Jean-Clet Martin venait parler de son dernier livre : Logique de la science-fiction. De Hegel à Philip K. Dick (Les Impressions nouvelles, 2017).

Le propos était d’une grande profondeur et les explications étaient parfois techniques, mais les élèves ont fait l’effort de se hisser à la hauteur de ces développements. C’est exactement cette ascension intellectuelle que doit viser l’enseignement de la philosophie. 

Vos conférences sont ouvertes à vos élèves et à tous les habitants de Compiègne, rêvez-vous d’un succès public comme à Lille ? 

M.P. :
Oui, bien sûr ! Mais si nous sommes très heureux du succès de la première édition, il faut encore que l’événement s’installe, s’implante dans la vie culturelle compiégnoise. Nous essayons pour l’instant de renforcer nos partenariats et d’étendre notre réseau de communication. 

Vos souhaits pour la prochaine édition ?

M.P. :
Que le public soit au rendez-vous et que l’on ait droit, encore une fois, à de beaux échanges ! Il y en aura pour tous les goûts. Au menu : Nietzsche et l’opéra wagnérien, une philosophie du football, les chiens et le droit des animaux, une réflexion sur le couple et le mariage... 
 


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