ENTRETIEN – À travers des illustrations délicates, poétiques et engagées, Clémentine du Pontavice entraîne chacun et chacune sur des chemins de femmes. Nous l’avons interrogée sur ses activités multiples (dessin, écriture, chant, fabrication de bijoux…) mais aussi sur son travail d’exposition et ses ateliers de création. L'artiste raconte des histoires avec sensibilité, dans l'écrin d'un univers bien à elle. 

 

Clémentine du Pontavice


 

ActuaLitté : Pouvez-vous me parler de vous et de votre parcours ?

 

Clémentine du Pontavice : Je suis artiste ou plutôt « bricoleuse poétique » et fondatrice de la marque de bijoux HOP HOP HOP que j’ai décidé de mettre en sommeil depuis 6 mois. Je m’exprime sur différents supports (illustration, texte, chanson) sur des thèmes sociétaux pour diffuser un message. J’ai été, pendant 1 an, l’illustratrice des Glorieuses, la newsletter aux 80.000 abonnés qui réinvente l’information sur les femmes.
 

J’ai un parcours singulier. J’ai débuté ma carrière en agence de publicité après un diplôme de marketing et de communication de marques au CELSA. J’ai rapidement quitté mon emploi pour faire un tour du monde. À mon retour je créée HOP HOP HOP avec le désir et la volonté de distribuer des bijoux, mais aussi tout l’univers qui va avec (dessin, chanson, histoire…). J’ai collaboré avec Des Petits Hauts, Bonpoint, Le bon Marché, IKKS, les cachemires Eric Bompard, Restoration Hardware aux États-Unis ou encore Innocent au Japon. Après un mentoring d’un an auprès de Martine Liautaud (WBMI et Women Initiative Fondation), j’ai réalisé que le produit ne me suffisait plus et que j’avais envie d’aller plus loin dans ma démarche.
 

Dans le même temps, je prends conscience que les femmes inspirantes et exceptionnelles que je rencontre de près ou de loin, dans mes lectures ou dans mon quotidien, m’aident à m’affirmer et à avancer en tant qu’individu. Je décide donc, à ma façon, et dans la continuité du bijou, à imaginer, penser, coudre, dessiner, coller une constellation de portraits poétiques de femmes dans l’idée d’en faire une exposition. C’est ainsi que naît le projet « Des femmes. L’or invisible ».

 

Vous avez des activités multiples (illustrations, écriture, chant, création de bijoux, ateliers), quel est le concept, l’idée commune qui les rassemble ?

 

Clémentine du Pontavice : J’ai besoin de m’exprimer à travers différents supports et de raconter une histoire. J’ai toujours fonctionné comme cela même avec ma marque de bijoux. Je pars souvent d’une idée ou d’un mot, de manière très instinctive. J’écris un petit texte, comme une chanson. Ensuite, j’y associe des images et je construis, comme un puzzle, mon univers.

 

Dans ce que je crée et j’entreprends, tout est lié. Le sens est un dénominateur commun. Ce que je fais aujourd’hui est le fruit de tout un cheminement. Si j’ai commencé par le bijou, ce n’est pas un hasard. Le bijou est une forme d’attention, un ornement, un plaisir, une façon de se faire du bien. Aujourd’hui il se transforme, mais l’intention reste la même. Quand je fais des portraits de femmes, c’est une mise en valeur, mais d’une autre façon.
 

Quelles sont vos influences tant en ce qui concerne l’illustration que l’écriture ou encore la composition musicale ?
 

Clémentine du Pontavice : Mes influences sont multiples, mais j’ai besoin que cela me provoque une émotion. J’aime plutôt les choses minimalistes qui vont à l’essentiel, mais d’autres inspirations peuvent me surprendre. Pour l’illustration il y a Matisse, Picasso, Cocteau, mais aussi Saul Steinberg ou Max Ernst.


Annette Messager, Louise Bourgeois ou encore Sophie Calle m’inspirent beaucoup. Elles ont su faire rentrer l’intime dans l’espace public. J’ai encore du chemin à faire, mais ce sont des modèles.


En musique, je suis très admirative du travail de Camille qui ose et qui cherche et je suis une grande écouteuse de musique à texte. J’aime la chanson française et le rap.
 



Dans votre exposition « Des femmes. L’or invisible », vous réalisez des portraits de femmes, en illustration brodée, en chanson, en texte, en bande sonore… après les avoir rencontrées. Comment se passe ce processus ? Comment décidez-vous des portraits que vous mettez en avant et du format de l’oeuvre qui leur correspondra ? L’exposition, itinérante, continue-t-elle de grandir ?

 

Clémentine du Pontavice : Depuis très longtemps je recueille des articles sur les femmes qui m’inspirent. Je les découpe et je les range. Quand j’ai décidé de commencer mon travail autour des femmes, j’ai ressorti cette pochette et je l’ai étayée avec les femmes de mon entourage dont j’avais envie de parler (Flore l’agricultrice de mon enfance, Josette la gardienne de l’école de ma fille, Émilie, ma petite sœur qui a été adoptée…) Ce qui est essentiel pour moi dans ce projet est de parler de toutes les femmes dans leur diversité.


Concernant le processus, je rencontre les femmes pour les interroger. Puis je capte de manière très instinctive, ce qui me touche, ce qui me paraît intelligent, surprenant, essentiel. J’essaye garder ce premier ressenti et d’en faire quelque chose. En général la forme et le format m’apparaissent de manière naturelle. Et j’essaye de m’y tenir. Cette exposition est évolutive, elle ne cesse de grandir. Je la complète progressivement et je l’adapte en fonction des lieux dans lesquels j’expose.

 

Selon vous, que permet, ou signifie, l’illustration ou l’écriture, pour et par les femmes ? 

 

Clémentine du Pontavice : Il me semble que c’est une façon de s’exprimer, de s’affirmer et donc d’exister. Chacune à sa façon, comme n’importe quel individu. Il me paraît indispensable aujourd’hui que toutes les formes d’expression puissent exister et être reconnues dans l’espace public.
 

Vous intervenez, entre autres, pour des ateliers de création à la Maison des femmes de Saint-Denis : il y a-t-il une dimension thérapeutique ou d’empowerment dans votre travail ? 

 

Clémentine du Pontavice : Oui sans doute. À la Maison des Femmes, nous aidons les femmes à restaurer leur estime et à reprendre confiance en elle à travers la création. Avec Louise Oligny, qui est photographe, nous travaillons sur le portrait (photo et dessin) et nous intervenons comme un miroir pour leur faire prendre conscience de la force et de la puissance de leur parcours.
 

Les femmes que nous accompagnons sont exceptionnelles et le travail réalisé en atelier est de grande qualité. Nous projetons de faire une exposition et un livre autour de cet atelier.
 



Vous avez illustré la Newsletter des Glorieuses : comment avez-vous appréhendé ce travail d’illustration de presse ?


Clémentine du Pontavice : J’ai beaucoup aimé l’exercice. Il a fallu être réactive. Je n’étais pas toujours satisfaite du résultat, c’était inégal, mais cela oblige à lâcher prise et à travailler de manière très instinctive, c’est très intéressant même si on ne peut pas toujours peaufiner.

 

Vous avez écrit un disque : comment avez-vous abordé ce travail d’écriture ? Quelles sont les difficultés de cet exercice ? Comment pourrait-on définir votre univers musical ?


Clémentine du Pontavice : La difficulté dans la chanson, c’est de raconter une histoire avec un début et une fin en très peu de mots. Quand on y arrive, je trouve que c’est très fort. Je participe à des ateliers d’écriture depuis plusieurs années avec Ignatus et c’est réjouissant. Le temps me manque pour y aller plus souvent, mais j’aimerais approfondir cette partie de mon travail.
 

Pour mon premier disque HOP HOP HOP c’était comme un besoin vital. J’ai écrit une base et mon amie Marie Richeux m’a aidée  et a coécrit quelques titres. C’est mon compagnon Matthieu Deniau qui a composé toutes les musiques. J’ai plusieurs autres chansons en stock avec une idée assez précise d’un deuxième album. Maintenant il va falloir trouver le temps et s’y mettre, mais j’en rêve !

 

Vous décrieriez-vous comme une artiste engagée ? Quels sont les auteurs qui vous ont marqué ? 
 

Clémentine du Pontavice : Oui, il y a un engagement important et nécessaire dans ma démarche artistique. Les auteurs qui m’ont marqué sont notamment Hermann Hesse pour les voyages initiatiques, Nancy Huston pour la liberté de ton et Dany Laferrière pour la poésie.

 

Quels sont vos projets ? 

 

Clémentine du Pontavice : Oh il y en a beaucoup, mais en vrac : poursuivre les jolies collaborations, continuer à chercher, dessiner, écrire, chanter et à partager tous les projets naissants ou en culture. Imaginer un livre jeunesse autour de l’égalité homme-femme (presque déjà prêt), faire un autre disque et enrichir mon exposition des femmes, en plus en plus grand !

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