Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

“Dans le polar, il doit y avoir au bas mot une trentaine de prix dans l’année”

Auteur invité - 25.08.2017

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Qu’il soit question de littérature de genre ou de littérature tout court, Hervé Le Corre est l’un des auteurs français les plus en vue du moment. Après des années et plusieurs titres passés inaperçus à la Série noire, il est révélé au grand public en 2004 avec L’Homme aux lèvres de saphir, aux éditions Rivages. 



Hervé Le Corre - Photo : Philippe Matsas - Opale/Éditions rivages

 

Depuis, chacun de ses livres (Les Cœurs déchiquetés en 2009, puis Après la guerre en 2014) remporte tous les suffrages et nombre de prix (grand prix de littérature policière, prix Mystère de la critique, prix Le Point du polar européen, prix Landerneau polar, etc.) Hervé Le Corre évoque ce succès critique et populaire.
 

Propos recueillis par Romuald Giulivo

 

 

Romuald Giulivo : Pensez-vous que l’accession de vos livres à la reconnaissance et aux prix soit aussi liée à votre changement d’éditeur au milieu des années 2000 ? 
 

Hervé Le Corre : Probablement. De 1990 à 2001, j’ai publié plusieurs romans à la Série noire, dans un certain anonymat, voire une franche clandestinité. Mes livres n’avaient alors aucune visibilité, des ventes très confidentielles. Au contraire, à la parution de L’Homme aux lèvres de saphir, le bouche-à-oreille s’est mis à fonctionner très vite, le livre a récolté des prix.

Et soudain, le petit milieu littéraire du polar s’est aperçu que j’existais, que j’écrivais des romans. Je pense que c’était dû notamment au prestige de la collection Rivages noirs qui était à l’époque, et de mon avis est toujours, la collection de référence, avec un catalogue prestigieux : James Ellroy, James Lee Burke, Tony Hillerman et plein d’autres. Alors que la Série noire était en perte de vitesse depuis un moment, notamment en ce qui concerne le domaine français. 
 

Et puis le travail n’est pas le même selon les maisons. Les gens chez Rivages défendent chacun de leurs titres comme si c’était le meilleur qu’ils avaient publié – ce qui est évidemment très rare de nos jours dans le monde de l’édition. 
 

Dans cette course à la reconnaissance et aux prix qui anime aujourd’hui le monde littéraire, l’espace critique a-t-il encore un rôle ? 


Hervé Le Corre : Lorsque j’étais à la Série noire, les seules critiques que nous pouvions espérer étaient celles de la presse écrite. Mais, entre-temps, Internet et les blogs se sont développés. L’Homme aux lèvres de saphir a été remarqué par des blogueurs, qui ont beaucoup contribué au succès du livre. Lorsqu’un blogueur en vue a aimé un livre, généralement, les autres lisent et suivent et publient.
 

Prendre les loups pour des chiens, d'Hervé Le Corre : roman noir garanti


Par rapport à ce qu’on appelle la littérature blanche, le lectorat de romans noirs est beaucoup plus averti. Ils ont une grande culture du genre, ils ont un regard très affûté. Ils sont en mesure de comparer les livres entre eux, de les situer par rapport au reste de la production. 

 

Quelles répercussions a eues ce premier grand succès dans la réception de la suite de votre travail ? 
 

Hervé Le Corre : Depuis trois livres maintenant, j’ai l’impression qu’on va d’abord vers mon nom. Après, comme j’écris des livres extrêmement différents les uns des autres, comme j’essaie de ne pas labourer toujours le même sillon, je ne suis pas toujours forcément en accord avec l’attente présupposée de mes lecteurs. Mais c’est aussi ce que j’aime. Surprendre, être là où l’on ne m’attend pas. 
 

Les prix, qui continuent de couronner vos livres, ont-ils un impact sur leur succès ? 
 

Hervé Le Corre :  Indéniablement. Par exemple pour le dernier, Après la guerre, les ventes ont été multipliées par trois ou quatre lorsqu’il a reçu le prix Le Point du polar euro/Opale/éditions Rivagespéen, ce qui a peut-être provoqué une chronique lors d’une émission de télé. Mais cela dépend tout de même de pas mal de paramètres.

Par exemple, j’ai eu le prix Bibliobs pour Les Cœurs déchiquetés alors que le livre n’avait reçu aucune critique dans Le Nouvel Obs. Ce prix, qui n’a eu aucun impact et qui n’existe plus je crois, était sûrement pour ce magazine une façon de se donner une certaine légitimité artistique, une façon comme une autre de montrer à peu de frais qu’ils s’occupent aussi de littérature. 
 

Enfin, pour ce qui est du polar, il doit y avoir au bas mot une trentaine de prix dans l’année. Chaque festival littéraire par exemple a son propre prix. Et ce genre de récompense a un effet très limité, tout juste le temps de la manifestation. 
 

En partenariat avec l'agence Ecla


Hervé Le Corre – Après la guerre – Rivages Noir – 9782743631550 – 8,50 €