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Douglas Kennedy : la librairie indépendante est “une question de civilisation” !

Christine Barros - 04.02.2020

Interview - Douglas Kennedy - Handicap autisme - librairies indépendantes


Parrain de l’opération « Mots pour maux » qui se déroulera fin février dans l’ensemble des librairies du groupement Libraires ensemble en faveur de l’association Valentin Haüy, Douglas Kennedy est revenu sur les motifs qui l’ont poussé à accepter ce rôle. L’occasion aussi de parler de son tout dernier titre, second volet des aventures d’Aurore, et de lancer un fervent plaidoyer pour les librairies indépendantes. Morceaux choisis.
 

 
 

Pourquoi avoir accepté d’être le parrain de l’opération “Mots pour maux” ?

 
Vingt-deux ans après que le diagnostic a été posé, mon fils Max, autiste, est autonome, vit seul, est photographe, diplômé d’un master. Je suis très fier de lui, c’est le plus grand travail de ma vie. Peut-être les écrivains sont-ils tous un peu autistes…
 
Si vous n’avez pas un enfant autiste, vous n’êtes pas un expert de la question. Le fait est que tout le monde a ses idées préconçues sur l’autisme, sur le handicap en général. La vérité est que chaque enfant est complètement atypique et différent.
 
Mais au-delà de tout cela, se posent des questions bien plus existentielles : qu’est-ce que la normalité ? Et si l’on est exclu, si l’on n’est pas « normal », peut-être est-on aussi plus intéressant ?

 

On ne vous attendait pas forcément dans le segment de la littérature jeunesse : pourquoi ce choix ?

 
Quand j’écris un roman, j’écris toujours à la première personne, et la chose la plus importante c’est la voix, la voix, la voix. Si on a la voix, on a le personnage principal et on a le début du trajet. J’ai commencé à réfléchir à l’écriture d’Aurore juste après La symphonie du hasard. Souvenez-vous : l’histoire commence quand Alice Burns a quinze ans, c’était donc déjà la voix d’une adolescente…
 
Aurore est une fille qui ne parle pas, communique avec une tablette ; j’ai choisi de lui donner 11 ans, parce que c’est après l’enfance, mais avant l’adolescence, avant la découverte de la sexualité. Comme tout le monde, elle fait face à des problèmes, et pour moi c’était très important. Mais elle se trouve à cet âge charnière, à la fois innocente et très perspicace. Les enfants voient tout et comprennent tout.
 

Mais pourquoi ce pouvoir magique de lire dans le regard des gens ?


Mais c’est exactement comme moi ! C’est mon truc, quand je regarde quelqu’un, j’essaye de deviner son histoire !
Est-ce un pouvoir magique ou une empathie, une écoute, une concentration plus grandes ? 

 

La série va-t-elle se poursuivre, Aurore va-t-elle grandir ?

 

 
Le troisième tome va suivre, oui. J’espère une série, car c’est un grand plaisir et un honneur de travailler avec Joann Sfar. Quant à la faire grandir, pas pour l’instant, si elle grandissait, le ton forcément changerait…
 
Ce qui me paraît important est de tenter de montrer et d’expliquer pourquoi la vie est si difficile, et même si c’est un polar, avec de l’optimisme. On peut écrire un polar pour enfant en transmettant un message très positif. 
 

Vous êtes le parrain d’une opération par un groupement de libraires indépendants, vous avez une relation privilégiée avec les libraires ? C’est important pour vous ? 

 
C’est essentiel, essentiel ! Je suis né à New York, à Manhattan. J’expliquais l’autre jour à un ami que dans la 57e rue, il y avait pendant mon enfance et mon adolescence 14 cinémas, et deux librairies immenses, dont le Coliseum Books qui était ouvert tous les jours jusqu’à minuit. On y trouvait tous les rayons, de la philo, de la poésie, tout… Tout a disparu.
 
Ce sont maintenant des banques, des pharmacies, la mondialisation est passée par là. New York était une grande ville littéraire ; il reste 5 librairies indépendantes à Manhattan, c’est une catastrophe.  Et c’est très révélateur de notre époque, alors que les librairies indépendantes pour moi sont essentielles. Je suis obsédé par un mot : l’éducation, et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai écrit Aurore. L’éducation est la clé de tout. 
 
C’est le prix unique en France qui a sauvé les libraires. En Angleterre, ce sont les éditeurs qui ont lancé une campagne contre le prix unique, le résultat a été désastreux. 
 
Je racontais cette histoire à quelqu’un, parce que je refuse de prendre un café chez Starbucks, parce que d’une part le café a un goût horrible, et d’autre part c’est Starbucks, le MacDo du café. Imaginez : une famille de 4 personnes arrive, 2 capucinos pour les adultes, 2 chocolats pour les enfants, 2 muffins. Résultat ? 25-26 euros. Un livre c’est 17 euros, sans même parler du prix d’un poche ! Franchement, les livres ne coutent pas très cher ! Pourquoi a-t-on dévalué le livre ? C’est une catastrophe !
 
Et puis, comme tout le monde, j’ai un portable, mais créer une nouvelle génération de lecteurs et lectrices qui ne sont pas en face de leurs écrans me paraît essentiel. 
 
Au final, c’est une question de civilisation, fondamentalement !

 
Entretien mené par Jean-Michel Blanc,
Président du réseau Libraires ensemble.



Commentaires
"Pourquoi a-t-on dévalué le livre ? C’est une catastrophe !"



C'est pas le livre qui souffre le plus, c'est le support DVD/BR (entre gratuit/illégal sur Internet et entre 15-35€ le film ou la saison ; la VOD marche pas non plus en France - ne rien payer et tout avoir le pied sauf pour toute la filière)
Un ménage français dépense 327 € en boissons alcoolisées sur un an (en 2013) contre 116€ pour le livre downer



pitoyable race humaine
très tenté par Les Fleurs de la Mer Égée (Komikku) ; 3 tomes dans la même veine (espérons) qu'Arte, Isabella Bird ou Reine d'Egypte.
La comparaison "dépenses en boissons alcoolisées/dépenses en livres" est fallacieuse.On boit, et/ou on partage la boisson, tout comme on peut prêter un livre. Mais on peut emprunter un livre sans l'acquérir, ou l'acquérir d'occasion. Bref, le prix d'une boisson alcoolisée banale excède largement le prix du livre d'occasion (2 euros sur ebay). Et le prix d'un "poche" est environ de 6 euros, celui d'une "bordelaise"de table. Boire d'occasion?
Ah! l'alcool et la sociabilisation mes 2 trucs préférés sick (manque l'emoji qui vomis).

Mes dépenses d'alcoolique = 0€ depuis 20 ans, mes dépenses culturelles = depuis 20 ans le prix d'une très belle voiture... pour moi cette comparaison est tout à fait pertinente vous concernant (vous "les humains").
Revenons donc à nos moutons (et ceux de Madame Barros): l'ENSEMBLE de l'article qui traite de Douglas Kennedy, son oeuvre, sa vision du monde et son parrainage de l'opération "Mots pour maux".



Je vous présente, cher Douglas Kennedy, toutes mes félicitations et bien du courage et d'énergie pour poursuivre avec succès vos tâches de père, d'écrivain et "d'empêcheur des maux à tourner en rond". Quels qu'ils soient.
Pour revenir au sujet ; la librairie peut être utile pour sa formation de lecteur.
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