“Écrire aujourd’hui sur l’Union soviétique, c’est composer un roman historique”

Partenaire - 27.01.2020

Interview - Olga Slavnikova - Union soviétique écriture - Russie littérature auteurs


Écrivain et critique littéraire originaire d’Ekateringourg. Olga Slavnikova est lauréate de nombreux prix littéraires, dont le prestigieux Booker russe. Elle est également coordinatrice littéraire du prix Debut, pour les jeunes de moins de 25 ans puis de moins de 35 ans. Ses livres sont publiés en France par les éditions Gallimard (L’immortel, 2017 [Prix Booker russe]...). En 2019, ils publient son dernier livre La locomotive des sœurs Tcherepanov


Dmitry Rozhkov, CC BY SA 4.0
 

L'entretien a été menée dans le cadre des Journées du livre russe et difffusé en partenariat avec ActuaLitté.


L’accès accru des lecteurs russes à la littérature étrangère, qu’elle soit ou non traduite en russe, vous paraît-il se faire au détriment de la place occupée par la production littéraire russe/nationale ?

Olga Slavnikova : Comme partout ailleurs, le lecteur est devenu une denrée rare. Admettons qu’un bon lecteur achète trois ou quatre livres par mois. Si les librairies proposent un large choix de livres étrangers en traduction, cela diminue d’autant notre « part de marché ». S’y ajoute le mythe du « provincialisme » de notre littérature qui pousse le lecteur à préférer les traductions de livres étrangers.

En même temps, c’est là aussi un stimulant pour nous. Car, pour écrire, il faut beaucoup lire. Imaginer qu’un jour la littérature russe se recroqueville sur elle-même serait l’horreur. Et cela vaut pour tous. Mais le lecteur intelligent saura faire la part des choses. 

Vingt-huit ans après sa disparition, l’Union soviétique est-elle un objet de fiction ? 

Olga Slavnikova : Je pense que oui. À la chute de l’Union soviétique, nous étions trop politisés, trop impliqués. Avec le recul, nous pouvons maintenant étudier cette époque en profondeur et de façon plus large. Écrire aujourd’hui sur l’Union soviétique, c’est composer un roman historique : genre qui a la faveur et de l’écrivain et du lecteur. 

Les lois du marché imposent-elles, ici comme ailleurs, leurs diktats, y compris en littérature ? Est-il devenu plus difficile de se faire éditer ?

Olga Slavnikova : Il est incontestable que tout écrivain est confronté au marché du livre. Chez nous, ce marché est sans pitié en raison de sa petite taille qui ne cesse de se contracter. Les maisons d’édition sont de plus en plus à l’écoute des attentes des clients : de ce fait, la qualité littéraire d’un livre n’est pas sa préoccupation majeure. L’important est d’assurer de bons tirages. Seuls les livres qui se vendent bien disposent d’un budget affecté à leur promotion.

Ceci est bien entendu décourageant pour des auteurs d’œuvres sérieuses et moins accessibles. Mais nous nous adaptons, nous trouvons notre récompense dans le plaisir même de l’écriture. En fait, il est assez facile d’éditer un livre. Évidemment, il n’est pas donné à tout le monde d’atteindre les sommets d’Elena Choubina. Mais il est possible d’éditer à son compte et cela ne coûte même pas trop cher.

Mais cela restera du niveau d’un manuscrit. Les critiques littéraires ne le remarqueront pas et un tel livre n’arrivera pas jusqu’au lecteur, quelle qu’en soit la qualité littéraire. Les médias, qui sont supposés faire le lien entre l’écrivain et le lecteur, sont terriblement encombrés de tas de choses inutiles, mais commandées par le marché. 

Les Journées du Livre russe 2020 se tiendront les 8 et 9 février 2020 à la mairie du 5e arrondissement de Paris.


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