Ecriture de scénario à quatre mains : première étape remportée

Association Effervescence - 04.02.2014

Interview - écriture d'un scénar - quatre mains - master audiovisuel


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association.

 

Cette semaine, rencontre avec deux apprentis scénaristes du master de la Sorbonne : Jeanne et Nicolas.

 

Chaque année, les élèves de l'option Audiovisuel du master 2 sont réunis autour d'un projet : la réalisation d'un court métrage. Au cours du premier semestre, ils travaillent par binôme sur l'écriture d'un scénario – processus pour le moins exigeant, aux contraintes spécifiques.

Cette année, un thème leur a été imposé, celui de l'uchronie. Il leur fallait donc choisir un point de l'histoire et l'altérer, pour en modifier les conséquences dans la suite des événements. À partir de ce thème, plusieurs scénarios ont donc été créés mais un seul a été choisi par les enseignants encadrant l'option.

 

Nous avons interrogé Jeanne et Nicolas, auteurs du scénario L'État d'urgence qui a été sélectionné et prendra bientôt la forme d'un véritable court métrage. 

 

Pourriez-vous nous présenter votre scénario ?

 

Notre histoire se déroule à la Sorbonne, suite aux émeutes urbaines de novembre 2005. Les émeutiers et les casseurs, ainsi que tous les autres jeunes qui étaient dans la rue lors de ces événements, ont été livrés aux mains de la police nationale et aussitôt jugés. À la rentrée 2006, le gouvernement a décidé d'instaurer un dispositif de réinsertion intitulé « Seconde chance » : tous les jeunes qui ont à répondre de leurs actes devant la justice sont inscrits d'office dans un cycle de formation, et cela s'applique également dans l'enseignement supérieur.

 

Dans ces nouvelles conditions, les classes se divisent donc entre les jeunes du dispositif d'un côté et les étudiants ordinaires de l'autre. Pour assurer le bon déroulement des cours, l'administration impose en plus de nouvelles mesures de sécurité : les gardiens de l'établissement renforcent leurs contrôles à l'entrée, tandis que des militaires mandatés par l'État veillent au maintien de l'ordre. Les jeunes du dispositif reçoivent un bracelet électronique signalant à distance leurs moindres déplacements. Les entorses au règlement sont susceptibles de peines plus ou moins graves, allant d'une nuit de garde-à-vue dans les sous-sols de la Sorbonne jusqu'au conseil de discipline, voire une peine de prison.

 

 

François Trazzi | Wikimedia Commons

 

 

Notre protagoniste, Hakim Benatma, 25 ans, fait partie de ces jeunes désœuvrés qui, lors des émeutes, se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. Notre histoire débute à la rentrée 2006, lorsque Hakim se voit convoqué à la Sorbonne pour son premier jour de cours. En classe de musicologie, Hakim repère Ava, une belle étudiante, et tombe immédiatement sous son charme. L'intrigue de L'État d'urgence tourne autour des difficultés d'intégration de Hakim à l'université, de la répression systématique de la part des militaires et de l'évolution de la relation entre Hakim et Ava.

 

Y a-t-il une raison spécifique qui vous a poussés à choisir la Sorbonne comme lieu principal de votre court métrage ?

 

Nous avions dès le départ l'idée de tourner dans l'enceinte de la Sorbonne, ce labyrinthe cinégénique qui attire la curiosité, qui captive l'œil… D'un point de vue pratique, cela facilite grandement le tournage. Cette histoire est également un bon prétexte pour explorer les lieux cachés de la Sorbonne, et particulièrement les sous-sols, dans lesquels nous souhaiterions tourner quelques scènes.

 

C'est votre scénario qui a été choisi, parmi tous ceux proposés. Comment s'est effectuée la sélection ?

 

Le jury était composé de quatre professionnels intervenants au sein du master : l'auteur-réalisateur Angelo Cianci, qui dirige notre atelier de scénario et a suivi nos projets depuis le début de l'année ; la chef monteuse Sarah Turoche ; le premier assistant réalisateur, scénariste et réalisateur Franck Heslon, qui nous épaulera tout au long du tournage ; enfin, Nadim Cheikhrouha, producteur chez Screen Runner. 

Angelo Cianci nous a rapporté que les délibérations avaient été longues, houleuses et animées. Le jury a su apprécier la construction de notre histoire, mais c'est surtout la faisabilité de notre scénario qui semble avoir été le critère décisif dans sa sélection.

 

Vous avez dû construire vos scénarios par binômes. Comment s'est déroulé ce processus d'écriture à deux ?

 

Avant d'entamer l'écriture du scénario de L'État d'urgence, nous avons dû apprendre à nous connaître mutuellement. Nos univers et nos tempéraments sont assez différents, mais nous nous retrouvions dans certaines références cinématographiques et tendions tous deux à écrire un drame plutôt qu'une comédie. Lors des premières séances d'écriture, nous avons d'abord essayé de trouver des idées d'uchronie chacun de notre côté. Nicolas a eu d'emblée particulièrement à cœur d'aborder les sujets ayant trait à la mixité sociale, aux discriminations, aux inégalités dans l'éducation. Jeanne, quant à elle, était partie sur une uchronie autour de Serge Gainsbourg : et s'il était devenu peintre plutôt que musicien ? 

 

 

Écrire à quatre mains, une modalité du projet audiovisuel qui prête à de nombreux débats scénaristiques

(Jérôme Dessommes - ÉCRIVAINS CONSULT®)

 

 

Le compromis entre les deux sujets n'étant pas vraiment envisageable, nous avons décidé de raconter l'histoire de Hakim et Ava, deux jeunes issus de milieux sociaux différents. Les raisons qui amenaient Hakim à entrer à la Sorbonne n'ont eu de cesse de changer au cours du processus d'écriture. Même si l'entente a rapidement été bonne entre nous, le chemin jusqu'à la version finale du scénario a été tortueux. Nous partions parfois sur des pistes totalement divergentes, et se convaincre l'un l'autre n'était pas toujours chose facile. C'est surtout le dernier mois, au moment de la rédaction du séquencier et de la continuité dialoguée, que nous nous sommes vraiment retrouvés sur la même longueur d'onde et que l'écriture à deux a été facilitée.

 

Il nous reste à présent à organiser avec l'ensemble de la classe la préparation du tournage, qui aura lieu du 3 au 7 mars.

 

Merci, Jeanne et Nicolas, d'avoir répondu à nos questions. Nous attendons avec impatience la réalisation de votre projet. 

 

 

À vos agendas ! L'association Effervescence vous invite le mardi 11 février à 19h, en amphithéâtre Guizot (à la Sorbonne), pour une rencontre exceptionnelle avec Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur des éditions P.O.L.

 

 

 

 

Pendant ce temps, le petit jeu amorcé par la promotion Édition se poursuit. Mardi dernier, les Uchroniques vous avaient proposé de deviner le titre de leur ouvrage à paraître en mars 2014. Cette semaine, de nouveaux indices sont disponibles : parmi sept noms potentiels se trouve le titre de leur recueil. À vous de trouver lequel. Les trois premières personnes à donner la bonne réponse auront droit à un exemplaire numérique du livre. Rendez-vous vite sur la page Facebook des Uchroniques et sur celle de l'association pour tenter votre chance !

 

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