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En Inde, Women Unlimited : “Notre ligne éditoriale, c'est la cause des femmes”

Nicolas Gary - 30.05.2017

Interview - Inde Women Unlimited - Ritu Menon Women Unlimited - Inde industrie édition


ENTRETIEN – Première maison d’édition d’Asie du Sud dédiée au mouvement féministe, Women Unlimited s’est créée en 2003. Elle découle de la structure Kali for Women, une start-up consacrée à l’édition, qu’Urvashi Butalia et Ritu Menon avaient fondée en 1984. Aujourd’hui, Ritu Menon porte la voix de femmes indiennes, à travers les ouvrages qu’elle édite.



Ritu Menon
 

 

Au commencement, il n’y avait que peu de fonds, mais les deux femmes ont rapidement senti l’urgence de faire parler les femmes d’Inde. Avec Kali for Women, référence à la déesse de la préservation dans l’hindouisme, elles sont passées par des projets éditoriaux universitaires, la traduction, des fictions et des documents d’activistes. 

 

ActuaLitté : Comment s’articule la politique éditoriale de Women Unlimited ?


Ritu Menon : Dès les premiers temps, notre politique fut de tout commander et publier, depuis les documents venant d’activistes jusqu’aux livres rigoureux de chercheurs universitaires. Nous avons eu une approche générale pour la non-fiction, les autobiographies et mémoires, puis la littérature en langue anglaise et les traductions d’autres langues. 

 

Tout devait afficher un point de vue progressiste, laïque et une certaine perspective. Cette politique est restée constante depuis plus de 30 ans [avec Kali for Women]. Nous publions essentiellement en anglais.

 

Aujourd’hui, nous sommes un éditeur militant : notre politique est orientée vers le socialisme et la laïcité, et nous sommes membres de mouvements féministes, au niveau national et international. Nous travaillons conjointement avec d’autres mouvements progressistes d’Inde et d’Asie du Sud. Et bien sûr, avec des éditeurs indépendants du monde entier. Notre ligne éditoriale, c’est tout cela.

 

Quelle est votre place dans le marché national indien ?

 

Ritu Menon : Disons-le, en termes de chiffre d’affaires, elle reste marginale. Mais pour ce qui est de l’impact, de la réputation, de statut et de prise de position, elle est très importante. En reconnaissance de notre contribution pour l’éducation et la culture en Inde, le gouvernement nous a décorées du Padma Shri, quatrième décoration civile la plus importante du pays, en 2011.

 

De même, notre contribution pour les recherches féministes dans l’ensemble de l’Asie du Sud a introduit une véritable rupture. À ce titre, nous sommes une avant-garde dans l’industrie de l’édition indienne. 

 

Que représente le marché du livre en Inde ?

 

Ritu Menon : C’est une question énorme. Voici quelques données que vous puissiez mieux mesurer cela. D’abord, le marché du livre imprimé est estimé à 26.060 crores, selon les données Nielsen 2015. Il a connu à ce titre une croissance de 20,4 % chaque année entre 2012 et 2015. Nous représentons donc le 6e marché au monde, et le second pour les ouvrages de langue anglaise, après les États-Unis.

 


 

Le taux d’alphabétisation est autour de 74 %, et le secteur de l’éducation représente 70 % du marché du livre. Avec 9037 éditeurs actifs en Inde, seuls 930 ne relèvent pas du secteur éducatif. Dans le même temps, le pays ne compte que 6000 librairies (d’après les données du British Council, étude réalisée... voilà 10 ans). 

 

Le livre en Inde, un des plus grands marchés de langue anglaise


En 2004, on apprenait que, sur l’ensemble des livres parus dans les 18 langues que compte le pays, près d’un livre sur deux était publié en hindi (26 %) ou en anglais (23 %). Les autres langues sont le tamoul, 9 %, le bengali et le marathe à 7 % et le malayalam à 4 %.

 

Dans les ventes, 55 % du marché relève d’ouvrages en anglais, 35 % en hindi.

 

À ce titre, comment organisez vous la commercialisation de titres en numérique ?

 

Ritu Menon : Nous externalisons toute la production auprès d’un prestataire. De même pour les ventes, notre distributeur prend tout en charge. Nous nous occupons simplement des ventes via notre site et notre page Facebook, pour le marketing. Nous étendons actuellement notre activité à l’ensemble des réseaux sociaux.

 

Nous avons, à ce titre, a mis en place une large liste de diffusion, où nous communiquons sur nos futures sorties. À travers Facebook ou dans les revues, avec des lancements organisés ou des événements propres, nous structurons tout le marketing possible. 

 

Women Unlimited a également recours à des expositions spécifiques, ou des foires. Et bien entendu, nous travaillons en coédition avec des éditeurs à travers le monde entier. Cela aide le bouche-à-oreille. 
 


 

Les foires, qu’elles soient nationales ou internationales, nous permettent d’alimenter notre réseau, et de poursuivre des collaborations spécifiques, tout en trouvant de nouveaux partenaires. Nous cherchons avant tout à valoriser nos auteurs, et préserver notre réputation d’exigence et d’engagement

 

Quelles collaborations avez-vous avec les pays francophones ?

 

Ritu Menon : Jusqu’à présent, nous n’avons jamais travaillé qu’avec des éditeurs français, par l’intermédiaire de notre agent, Lora Fountain. Et plus spécifiquement, avec les éditions Des Femmes et Philippe Picquier. 

 

Aujourd'hui, avec l'Alliance internationale des éditeurs indépendants, nous sommes en contact avec beaucoup d'autres maisons d'édition francophones, mais nous n'avons pas encore collaboré avec elles pour l'instant.
 

réalisé en partenariat avec
l’Alliance internationale des éditeurs indépendants