Être indépendant, c'est une vraie relation de confiance

Clément Solym - 03.08.2010

Interview - BD - bande - bulle


À Levallois Perret, la librairie spécialisée BD, Bulles de Salon est pilotée par Marie. Elle nous présente le réseau et les spécificités de sa boutique...


Bulles de Salon est à la fois un réseau de spécialistes BD mais aussi un groupe de librairies indépendantes, n’est pas contradictoire ?

Absolument pas. Ça nous aide dans les opérations pour avoir un vrai poids et une vraie crédibilité auprès des éditeurs. En même temps, ce regroupement n’a pas d’impact sur mes achats, sur mes choix et sur mes coups de cœur. Si j’ai envie de faire des opérations de mon côté, je fais mes propres opérations. Non ce n’est pas contradictoire.


Quel est votre parcours jusqu’à cette boutique ?
J'ai travaillé quatre ans chez Virgin, avant de pouvoir intégrer une librairie indépendante, donc cela inclut de gros changements. Cela dit, c’était très formateur de bosser chez eux. J’ai eu la chance d’avoir une vraie indépendance sur mon rayon. Mais c’est vrai que ça fait une vraie différence de ne presque pas avoir de hiérarchie. Mes deux patrons sont là mais je les vois relativement rarement. C’est une vraie relation de confiance. Voilà, je me débrouille toute seule et c’est vraiment très plaisant.

 
Où en est le marché de la BD en France et qu’est-ce qu’il représente par rapport à d’autres années ?
Je n’ai pas encore énormément de recul, je ne suis là que depuis un an. Le mois de juillet est un peu meilleur que l’année passée, mais globalement le marché de la BD se porte très bien, de ce que j’en vois en tout cas.


Est-ce que le manga peut-être considéré comme un concurrent médiatique ou en terme d’investissement de lecteur ?
Disons que c’est une réponse qui appartient à chaque libraire, moi je ne suis pas très manga, et de fait ça se ressent dans les ventes automatiquement, comme je suis fan de comics, je pense que les chiffres du comics ont augmenté. Non, je pense que ce sont des publics ciblés très différents quoi qu’il en soit.


Aujourd’hui, la nouvelle BD francophone c’est quoi ?
Je dirais que la nouvelle BD française maintenant ça va être Sfar ou Larcenet. Mais ça fait déjà quelques années que ça dure. La BD change aussi dans le sens où elle emprunte beaucoup au format séries télé et inversement.


Plus d’assistance par ordinateur en terme de colorisation ?
Oui, aussi. Surtout si l’on va voir des productions comme celles de chez Soleil. Il y a même de très bonnes BD qui ne sont faites que par ordinateur maintenant avec les palettes graphiques. Moi ça ne me dérange pas du tout, je viens du milieu du graphisme, je ne suis pas choquéé par ça.


Comment expliquez-vous la tendance actuelle qui veut qu’il y ait autant d’adaptation de BD en long métrage ?
C’est relativement simple, Je pense que les cinéastes français se sont rendus compte que les adaptations de comics marchaient énormément. (rires) Et ils se sont dit « tiens nous aussi on fait de la BD peut-être qu’il y a quelques choses à faire avec ça ». (rires, encore) Voilà tout simplement. Il y a de très bons scénars, en BD, donc pourquoi pas.


La BD reste-t-elle une spécificité franco-belge ou bien d‘autres pays se sont emparés de ce phénomène ?
Je pense qu’il y a une identité propre à chaque continent, après il y a quelques passerelles, des passerelles compliquées entre la France et l’Amérique comme des auteurs français qui vont travailler là bas. Je pense à un que j’ai reçu récemment, Dzialovski qui travaille en ce moment sur une série qui s’appelle Groom Lake. Il a aussi fait un Batman et d’autres choses pour DC Comics. Et je pense aussi à Taniguchi qui a fait une collaboration toute récente avec Morvan chez Dargaud. Un auteur asiatique certes, mais hyper européen dans l’approche de ses sujets.


Peut-on encore parler aujourd’hui de 8e art ou c’est une expression datée ?
Je pense que la bande dessinée s’est beaucoup démocratisée même si y a toujours des gens qui rentrent en se demandant « Ah ! Non, on voudrait une vraie librairie ». Comme si on ne proposait pas de vrais livres avec de vrais artistes qui produisent des choses. Le marché montre qu’il ya énormément de gens qui y sont venus, et en même temps, on peut toujours parler de 8e art car vous avez de la BD pour tout le monde, des choses très pointues, plus artistiques. Donc oui à partir du moment où y a création, je ne vois pas pourquoi un art serait désuet.


Le format de la BD en série sans fin est-il vraiment nécessaire ? En tant qu’indépendant, quel éclairage apportez-vous sur des formats différents ?
Le principe de base du libraire est d’être à l’écoute de la demande du client et pareil pour les éditeurs. Et je crois que les éditeurs ont très bien entendu ça. Je pense justement que les séries à rallonges sur 20 tomes, où il faut attendre 20 ans pour avoir le dénouement final de l’histoire se font de moins en moins. Il y a de plus en plus de « one shot » (histoire en un volume), de diptyque ou triptyque comme Largo Winch ou IR$. Les éditeurs ont pris conscience que les gens ont envie de consommer vite et qu’ils n’ont plus envie d’être « pris en otage » sur 20 ans.


Pour finir, un coup de cœur ou un artiste à faire découvrir à ActuaLitté ?
Mon coup de cœur de tous les temps c’est Transmetropolitan de Warren Ellis, du comics anglais. Sinon quelque chose de plus récent et de français, jetez un coup d’œil sur les travaux de Mezzo et Pirus. Le roi des mouches, ou encore Les désarmés qui sont sortis il n’y a pas très longtemps en intégrales, et puis ils ont d’autres choses à venir.



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