Fabcaro : "L'absurde me permet de traiter des sujets de société indirectement"

Bouder Robin - 22.06.2017

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En 2015, la renommée de l'auteur Fabcaro, adepte de l'absurde et de la satire, prenait une envolée fulgurante avec la parution de Zaï zaï zaï zaï chez 6 pieds sous terre. En avril 2017, c'est La Cafetière qui publiait son nouvel album, Pause, au parti pris original : raconter son manque d'inspiration, ce n'est pas banal. Nous nous sommes entretenus avec Fabcaro à propos de son succès et de ses thèmes d'inspiration.

 

Fabcaro au Festival Le Livre à Metz.jpg

Fabcaro, 2016 — ActuaLitté (CC BY-SA 2.0)
 

 

ActuaLitté : Quand avez-vous commencé à dessiner ? Quelles sont vos inspirations ?

 

Fabcaro : J'ai toujours dessiné, depuis que je suis petit. Mais ça ne fait qu'un peu plus d'une dizaine d'années que j'ai décidé d'en vivre : j'ai vraiment débuté en 2005, un peu par chance. La Cafetière m'a repéré alors que je me baladais au festival d'Angoulême avec mes pages sous le bras, et tout est parti de là.

 

Pour mes histoires, je m'inspire énormément de ce que j'observe. Dès que je me balade, je regarde autour de moi et j'absorbe ce que je vois, je prends des détails dans la société qui m'entoure.

 

Et l'idée d'utiliser l'absurde, c'est venu comment ?

 

Fabcaro : L'absurde, c'est un type d'humour que j'aime bien, très anglo-saxon. Ce n'est pas beaucoup développé en France, parce que ce n'est pas dans notre culture. J'adore le nonsense, c'est quelque chose qui me permet de traiter des sujets sociétaux de manière indirecte, pas frontalement. J'aime particulièrement représenter les rapports humains ; l'hypocondrie aussi, ou encore le processus créatif, comme dans Pause.
 

 


Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro, 6 pieds sous terre (2015)

 

L'absurde est donc un moyen pour vous de dénoncer certains travers de la société ?

 

Fabcaro : Oui, ça permet une seconde, voire une troisième lecture. Dans Zaï zaï zaï zaï, ça m'a permis de traiter la figure de l'auteur de BD en tant qu'étranger, et celle de l'étranger au sens large, celui qui est rejeté par la société. La carte de fidélité du personnage peut représenter ses papiers d'identité.

 

Et puis ça permet de parler de politique, ou des médias et de la façon dont ils peuvent s'emparer d'une affaire. Pour moi, c'est d'ailleurs le côté critique sociale qui a fait le succès de l'album. Ce qui est effrayant en revanche, c'est quand on se rend compte que le réel est parfois bien plus absurde que ce que je peux faire !

 

Une adaptation de Zaï zaï zaï zaï est prévue. Comment ça s'est fait ?

 

Fabcaro : Les droits ont effectivement été vendus pour une adaptation, j'ai dit oui tout de suite ! Le scénario est actuellement en cours d'écriture et 3 réalisateurs sont en lice pour porter le film à l'écran. Je dois dire que c'est très excitant de voir son bouquin adapté.
 

 


Pause, Fabcaro, La Cafetière (2017)

 

Et dans votre dernier album, Pause, vous avez choisi de représenter votre manque d'inspiration. Pour quelle raison ?

 

Fabcaro : C'était l'après Zaï zaï zaï zaï, qui avait fait un carton. Je suis devenu super sollicité, les ventes ont dépassé les 95 000 exemplaires, alors que d'habitude ça tourne plutôt autour de 3 000 ou 4 000.  Je me suis vite retrouvé débordé, ce dont je n'ai pas l'habitude, étant plutôt un homme de l'ombre. J'ai dû m'adapter, changer mon rythme et ma façon de travailler... J'ai connu une certaine période de flottement, et je me suis senti le besoin d'en parler. Pause a été comme une thérapie pour moi, une manière de raconter mon état d'esprit après Zaï zaï zaï zaï.

 

Et ensuite ? Vous avez retrouvé l'inspiration pour votre prochain album ?

 

Fabcaro : Ça y est, c'est reparti ! J'avais effectivement besoin de passer par Pause. En ce moment, je suis en train de boucler un livre pour 6 pieds sous terre, pour le mois de novembre. Et l'an prochain, je serai chez Glénat pour un nouveau projet...

 

Et peut-être souhaiterez-vous explorer d'autres genres que l'humour ?

 

Fabcaro : J'aimerais bien ! Il y a quelques années, j'avais déjà écrit un roman chez Gallimard, Figurec (2006). Pour ce qui est d'un potentiel travail dans un autre genre, pourquoi pas, mais ce ne serait pas sous le pseudonyme de Fabcaro, qui lui est associé à l'humour. Je signerais sous mon nom d'état civil ou bien un autre pseudonyme, parce qu'il est important pour moi de faire la différence, pour ne pas « tromper » le lecteur sur ce qu'il va lire.

Pause - Fabcaro - La Cafetière - 9782847740257 - 13 €


Pour approfondir

Editeur : La Cafetiere
Genre :
Total pages : 64
Traducteur :
ISBN : 9782847740257

Pause

de Fabcaro(Auteur)

Comment un auteur vit son succès, non sans subir les affres de la création et la peur de voir fuir les muses. Le tout avec une sacrée tendance à la somatisation et l'hypocondrie...De cette période "un peu flottante", Fabcaro réalise un album dans la logique de continuité de thèmes qui lui sont chers.

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