Festivals : le CNL introduit un contrôle strict de la rémunération des auteurs

Nicolas Gary - 05.06.2018

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On croyait la réforme du CNL appliquée consciencieusement par les manifestations. Et la rémunération des auteurs un point désormais incontestable. Pourtant, le Conseil Permanent des Écrivains s’est fendu d’un courrier au Président du Centre, appelant des réponses. Interrogé par ActuaLitté, Vincent Monadé clarifie les choses « une fois pour toutes ».

 

Imaginales 2018
Imaginales 2018 - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Tout dossier présenté au CNL par un festival, pour l’obtention d’une subvention, est conditionné à la rémunération des auteurs pour tous les débats auxquels ils participent. « C’est la règle, elle vaut pour tous : la réforme est passée en 2015, nous avons laissé à chacun assez de temps pour se mettre en conformité. Cette réforme était une question de justice et de bon sens : nous ne reviendrons pas en arrière. »

 

Alors, quand les auteurs pointent le forfait mis en place par les Imaginales ou encore des manquements constatés du côté d'Étonnants voyageurs, que penser ? 

 

Une modification du règlement imminente
 

« En ce qui concerne Étonnants Voyageurs, Michel Le Bris et Emmanuel Braconnier [directeur délégué d’Étonnants voyageurs, NdR] ont donné l’assurance au CNL que l’ensemble des auteurs intervenant dans tous les lieux de débats et de rencontres étaient rémunérés. Donc, pour moi, la question est réglée. Si des oublis sont constatés, que les auteurs concernés se rapprochent des organisateurs et du CNL. Nous veillerons à ce que tous soient dûment rémunérés pour cette édition 2018. »

 

Concernant les Imaginales, « la rémunération proposée en 2018 ne correspond pas aux exigences du Centre. J’ai personnellement écrit au maire d’Épinal, ce lundi 4 juin, pour l’assurer que la commission qui examinera le dossier pour 2019 sera informée de cette anomalie et exigera un respect à l’euro prêt des rémunérations prévues par le CNL. Sans ce respect, la ville ne pourra pas prétendre à un soutien du CNL. Ce serait dommage, car il s’agit d’un festival important. Mais la règle est la même pour tous ».

 

Les auteurs réclament des sanctions
contre les festivals mauvais payeurs

 

Mais pour l’avenir, il faut surtout penser à sécuriser ce point, et engager une politique de contrôle qui ne permettra plus ces débordements. 

 

« Ce 19 juin, je vais proposer au CA du CNL de modifier le règlement des aides de façon à spécifier que la grille tarifaire du Centre est strictement applicable pour toute rencontre. Cela nous permettra de demander un remboursement à toute structure qui ne respecterait pas cette condition. Nous contrôlerons l’exécution des budgets de rémunération des auteurs. »

 

Si en amont des manifestations les contrôles restent difficiles, le Centre fera tout de même signer aux organisateurs une attestation par laquelle ils s’engageront à respecter à la lettre les tarifs demandés par le CNL. « Pas d’engagement, pas de subvention. » Lapidaire. « À l’issue des manifestations, nous demanderons des comptes détaillés pour obtenir les budgets engagés, et nous assurer que tout a été respecté. Nous demanderons une liste nominative des rémunérations, par auteur et par débat. »

 

Livre sur la Place 2014
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Quant au risque pour les jeunes auteurs que les salons par souci de rentabilité – il faut les payer... – et d’attractivité des visiteurs – il faut que les invités attirent les lecteurs ! – ne les invitent plus, l’argument est écarté par le président du CNL. 

 

« La commission vie littéraire a toujours été très vigilante à ce que les dossiers répartissent les invitations et accordent aux jeunes créateurs une place significative. On demande un équilibre entre jeunes auteurs et confirmés : sans ce critère, le soutien n’est pas octroyé ou la subvention baisse. »

 

Qui trop embrasse mal étreint
 

Pourtant, « on a assisté à une course à l’échalote dans le nombre d’auteurs invités. 300 ou 400 écrivains peuvent être décemment reçus, je n’ai aucun doute. Cependant, ils ne sauraient tous, sur le temps d’un week-end, être défendus ou s’exprimer dans des débats. Cela implique que certains ne peuvent pas défendre leurs œuvres et sont assis derrière des tables de signature. Il faut réfléchir à cette situation. Et, peut-être, inviter moins d’auteurs. » 

 

Vincent Monadé : “L’auteur est la matière première
d’un salon ou d’un festival”

 

De même, arguer que l’auteur, pendant les festivals, est rémunéré en droit d’auteur sur les livres qu’il vend ne tient pas la route. « Durant un festival, un auteur qui vend 10 livres à 20 € touchera... 20 €. Pour un week-end de présence et de travail. Tout le monde ne peut pas vendre 1000 exemplaires au cours d’une manifestation. Donc prétendre que l’auteur est rémunéré par la vente de ses livres ne tient pas la route. » Et dans ce cas, la rémunération se justifie pleinement.

« Le moindre orchestre de bal du 14 juillet dans la moindre ville de France est payé pour se produire, et c’est normal. On a demandé aux auteurs de se produire, de devenir acteurs de leur œuvre, mais il faudrait que, pour eux, cela soit gratuit. Cela n’a pas de sens. »


Festival Le Livre à Metz
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Le problème vient aussi de ce que cette fameuse circulaire de 2011 établit une distinction dans les droits connexes. « Pour un auteur affilié à l’Agessa, toute prise de parole peut être rémunérée en droits d’auteur : c’est donc qu’il s’agit bien de droits d’auteur. Or, la nuance pour les assujettis impose qu’on les rémunère, eux, en salaire pour tout ce qui ne relève pas d’une lecture. » 
 

Rendez-vous en septembre 2018...

 

La perspective est donc simple, « il faut sans doute, comme les organisations d’auteurs le demandent, que la directive soit corrigée pour que toute prise de parole sur l’œuvre implique une rémunération qui soit assimilée au droit d’auteur. Je constate d’ailleurs que Madame Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a accepté d’ouvrir une réflexion sur ce sujet. »
 

Payer les auteurs, “un danger pour la manifestation”,
estiment les salons

 

Une rencontre le 21 juin prochain entre les services du ministère des Affaires sociales et les auteurs est prévue, notamment pour évoquer ce sujet. Et une mission est en cours pour faire évoluer la directive en question. Le lendemain, le CNL accueillera organisations d’auteurs et représentants de festival pour leur présenter les évolutions prévues par l’établissement afin de faire appliquer la rémunération des auteurs dans les festivals et en discuter avec eux. 

 

« Dès la prochaine session de commission, en septembre 2018, les festivals qui n’appliqueront pas les tarifs du CNL en assumeront les conséquences sur le montant de leur subvention. »


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