"Formula Bula essaye toujours d'inventer de nouvelle façon de présenter la BD"

Julie Torterolo - 28.09.2015

Interview - Formula Bula - Raphael Barban - Thomas Bernard


Ce week-end, la bande dessinée était à l’honneur dans la capitale. En même temps que le festival de BD Coochie Circus, se déroulait Formula Bula. Pour sa troisième édition, le festival s’était installé au point éphémère, un bar au bord de l’eau dans le 10e arrondissement de Paris. De quoi permettre aux fans de BD de buller le long du canal Saint-Martin en toute quiétude. Dédicaces en péniches, concerts, exposition autour de la bande dessinée ont occupé les visiteurs sur trois jours. Les festivités ont commencé dès le vendredi où une exposition intitulée « Enfin masse » a envahi les lieux. Rencontre avec des deux organisateurs, Raphael Barban, l’organisateur et directeur et Thomas Bernard, le directeur artistique de l’événement. 

 

Raphael Barban (gauche) et Thomas Bernard (droite) au Point éphémère, Paris

 

 

Formula BD a déjà eu deux autres éditions à Saint Ouen, pourquoi déménager au coeur de la capitale cette année ? 

 

Raphael Barban : On a créé le festival en 2011. À l’époque, il était au format biennal donc il y a eu une première édition en 2011 et deuxième en 2013. On est partis de Saint-Ouen, il y a un an. Au départ, ce n’est pas de notre volonté, c’est un classique changement de municipalité. Alors, on s’est dit pourquoi ne pas tenter l’aventure parisienne. On a pris les contacts qui fallait et on a imaginé le festival ici, au point éphémère. 

 

Thomas Bernard : Il a fallu repenser le festival par rapport aux lieux. Avant, l’exposition était dans plein de lieux différents. Ici, on est dans un seul lieu. On ne pouvait pas pousser les murs, donc on a imaginé une nouvelle façon de penser le festival, plus minimaliste, plus intime.

 

 

Comment avez-vous choisi la programmation de cette édition 2015 ? 

 

Thomas Bernard : On est arrivés à une conclusion en voyant les différentes pratiques et les personnes qu’on voulait inviter. Il y a une conférence qui s’appelle « Ne dite pas de mal du passé, c’est le seul futur qu’il nous reste ». Ainsi,  formula BD contient beaucoup de travaux qui revisitent des pratiques anciennes, comme un flipper hyper moderne, mais fait de papier (le flippapper). Revisiter des pratiques contemporaines avec la technologie. C’est ce qui a dessiné le fond du festival. Après, on a également vite eu l’idée de s’approprier le canal : prendre une péniche (la dédicroisière) et faire des dédicaces à l’intérieur, le tout ambiancé par de la musique. 

 

Raphael Barban : Toutes nos idées en amènent d’autres. On avait envie de présenter plein d’auteurs de bande dessinée, mais on trouvait compliqué d'exoser une quantité de planches à plein de gens, donc on a fait l’inverse. On a créé une planche pour l’apéro. Il s’agit d’un lecteur tiré au hasard dans une tombola, qui va rencontrer un dessinateur avec un verre de vin et une planche que le dessinateur aura choisie. À chaque fois, on essaye toujours d'inventer de nouvelle façon de présenter la bande dessinée. 

 

On a la chance qu’en faisant des choses hasardeuses, une cuisine, on se rend compte qu’à la fin, il y a notre identité. Du coup il y a une pertinence dans les auteurs aussi bien ceux des années 70 et les plus contemporains. Ça fonctionne, il y a un fil conducteur. 

 

 

Et comment des novices en bande dessinée s'y retrouvent ? 

 

Raphael Barban : Notre festival, c’est la bande dessinée et plus si affinité. On se revendique véritablement festival de BD, mais on convie à notre table des gens qui évoluent dans d’autres milieux que la BD. On aime souvent leur boulot et on a envie de mélanger les différents milieux et disciplines. Il y a plein de portes d’entrée dans ce festival et quelqu’un qui n’y connaît rien à la BD ou a priori n’est pas forcément très attiré, pourra s’y retrouver. 

 

Au mois de juillet, nous avons fait un atelier à la médiathèque Françoise Sagan avec une auteure de bande dessinée Nine Antico. Elle n’a pas fait un simple atelier de BD. Elle a travaillé avec des jeunes du quartier, elle n’a pas reçu de formation académique, elle est allée elle-même chercher des outils artistiques, et s’est forgée un monde artistique en puissant dans le cinéma, photographie, littérature. Elle a essayé de transmettre ses outils aux enfants.

 

Et leur dire que, s’ils avaient envie de raconter des histoires, ils le pouvaient. De son côté, elle le fait avec la BD, mais ce n’est pas une obligation. Je trouve que ça illustre assez bien l’esprit de formula BD. On veut montrer que la BD est un moyen d’expression pour un artiste, mais que beaucoup d’artistes et auteurs de BD, aujourd’hui, n’utilisent pas exclusivement la BD. Ils aiment expérimenter, il y a beaucoup d’autodidactes dans ce milieu.

 

 

Plus personnellement, comment êtes-vous arrivés dans le monde de la bande dessinée ? 

 

Thomas Bernard : J’ai fait les beaux-Arts à Poitiers. Un jour, on m’a demandé de superviser un festival de BD et j’ai commencé à fréquenter des auteurs de bande dessinée et ce milieu. Et voilà.

 

Raphael Barban : Je suis tombé dans la BD un peu par accident. Je suis un lecteur de bande dessinée, et il se trouve que j’ai été à l’école avec des personnes qui sont devenues auteurs de bande dessinée. Puis, je suis allée habiter à l’étranger. J’ai eu l’idée de lancer un festival de bandé dessinée en Bolivie. J’ai appelé mes connaissances et je leur ai proposé de venir à la première édition et c’est un festival qui existe toujours.

 

 

Question bonus : Si vous deviez choisir une bande dessinée pour cette année 2015, ce serait ? 

 

Thomas Bernard : Ça serait une de Simon Hanselmann, publié chez Misma. 

 

Raphael Barban : La planète impossible de Joseph Callioni, qui est sortie l’année dernière qu’on a invité. C’est un jeune auteur d’Angoulême. Et aussi le dernier bouquin de Delphine Panique.