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François Avril : “Je pars toujours du réel que je recompose pour créer des utopies”

Victor De Sepausy - 15.02.2017

Interview - François Avril exposition - expositions dessins peintures - Hubert Breyne Gallery


ENTRETIEN – Du 17 février au 18 mars, François Avril exposera à la Huberty & Breyne Gallery de Paris une série d’œuvres. Peintures, dessins, mais également des recherches inédites, que le public n’avait encore jamais découvertes, seront présentées. L’auteur revient avec nous sur son parcours artistique.

 

© Courtesy Huberty & Breyne Gallery

 

 

Après un bref passage par la Bande dessinée dans les années 80, on vous reconnaît désormais en tant qu’artiste contemporain. Quel héritage conservez-vous de vos débuts ?

 

François Avril : La Bande dessinée a été capitale dans l’influence de mon graphisme. Je pense qu’il y a dans cette discipline l’idée d’une stylisation : la stylisation de la pensée et du trait. Ce trait noir dont j’ai hérité se retrouve encore aujourd’hui dans mes dessins et mes tableaux.

 

Est-ce ce trait noir, fil conducteur de vos œuvres, qui guide votre écriture ?

 

François Avril : Le dessin est la concrétisation de la pensée sur le support. Tout commence avec un trait. C’est là où tout se pose. Même s’il est très peu défini, il y a une magie dans les esquisses. Ma peinture est une peinture que je qualifierais de dessinateur. On y retrouve mon trait noir présent dans mes dessins. Il structure tout et fait partie de mon écriture, de mon style.

 

Les villes et les paysages demeurent vos sujets de prédilection. Pensez-vous qu’ils puissent continuellement vous inspirer ?

 

François Avril : La ville est pour moi viscérale, elle m’a toujours entouré. Je représente l’espace urbain naturellement, parce que c’est ce que je connais le mieux. Son organisation, sa structure, ses axes et volumes sont bien définis.

 

C’est un motif en constante mutation. En l’observant, on voit des choses naître, sortir de terre alors que d’autres se transforment ou disparaissent. Les paysages sont à l’image des villes, il n’y a pas deux identiques : la houle n’est jamais la même, l’érosion travaille chaque jour.

 

Ne craignez-vous pas la répétition ?

 

François Avril : Le monde change sous nos yeux, en toute discrétion. En ce qui concerne mon travail c’est pareil. Chaque exposition est l’occasion de me remettre en question, de voir dans quelle direction évoluer. Chaque artiste a son univers. À lui de savoir évoluer dedans.

 

Si le dessin demeure votre médium de prédilection, on constate que la peinture occupe une place importante dans vos recherches. Que vous apporte-t-elle ?

 

François Avril : En tant que dessinateur, j’adore le papier. Mais la feuille est un support qui connaît ses limites. Le geste est enfermé dans un format et cela peut devenir un frein à certaines ambitions artistiques. La toile me permet d’explorer d’autres dimensions, de me tenir debout et de travailler avec tout mon corps. Le fait de travailler en plus grand n’est pas la même démarche. J’investis la surface. Le regard posé dessus n’est pas le même. J’exploite ainsi d’autres points de vue.

 

Basil Sedbuk, CC BY SA 3.0

 

 

Au regard de ces onze dernières années, vos représentations se sont progressivement épurées. Pourquoi ne jamais avoir complètement basculé dans l’abstraction ?

 

François Avril : Qu’il s’agisse de ville ou de paysage, je pars toujours de quelque chose de réaliste que je recompose pour créer des utopies. J’observe et c’est la mémoire qui fait son travail de sélection. De retour à mon atelier, je ne dispose plus que d’un résidu de ce que j’ai vu. Je ne garde qu’une composition forte aux lignes puissantes et tous les détails disparaissent. C’est pour toutes ces prises de liberté avec mon sujet, réaliste, qu’on peut penser que je suis à la limite de l’abstraction.

 

Cette nouvelle exposition s’intitule « Onze ». En observant votre travail, on remarque que ce chiffre se glisse fréquemment dans vos œuvres. Que représente-t-il pour vous ?

 

François Avril : C’est une valeur très personnelle. Nous avons tous un numéro fétiche. Très rapidement le 11 s’est imposé à moi. Tout d’abord parce qu’il est lié à ma rencontre avec Dominique Corbasson, avec qui je partage ma vie depuis plus de trente ans. Lorsque nous nous sommes rencontrés nous habitions tous les deux au n° 11. J’aime également la symbolique qu’évoque ce chiffre. Cette juxtaposition de deux « 1 » formant le couple « 11 ».

 

Chaque « 1 » représentant un individu de valeur égale. Au fur et à mesure, j’ai observé que le 11 apparaissait dans ma vie à des moments clés et qu’il était lié à des événements positifs.

 

Onze, une exposition autour des oeuvres et dessins de François Avril 

 

J’ai débuté ma carrière au groupe Marie Claire dont les bureaux étaient situés 11, rue Boissy d’Anglas, la rédaction de Libération avec qui j’ai collaboré de nombreuses années se trouvait au numéro 11 de la rue Béranger, j’ai réalisé mes premières gravures dans l’atelier Lacourière-Frélaut au 11 de la rue Foyatier, mon atelier à Paris porte le numéro 11,… Lorsque j’ai préparé cette exposition, je me suis aperçu que les dessins que j’avais sélectionnés allaient de 2005 à 2016, soit le travail de ces onze dernières années.

 

Votre exigence sert sans doute à votre évolution. Quelle image avez-vous sur celle-ci, et quel regard portez-vous sur ces onze années parcourues ?

 

François Avril : Au-delà des thématiques que j’ai développées, je trouve qu’il y a une véritable cohérence dans l’écriture des œuvres aujourd’hui exposées. J’ai mis un certain temps à trouver mon identité artistique, à me singulariser. Je suis content de cette lente évolution, et je n’envie pas ceux qui ont eu un style identifiable dès le début. Il y a tellement de choses qui vous nourrissent au cours d’une vie. 

 

Qu’envisagez-vous pour l’avenir ?

 

François Avril : Lorsque je regarde ce que j’ai accompli, je me dis qu’il va falloir que je continue à faire des choses encore plus pertinentes. L’exposition « Onze » vient clore une période et annonce le début d’un nouveau cycle. J’ai une vision à très long terme de ce que je souhaite encore faire. Il n’y a pas de secret pour sans cesse évoluer. Il faut travailler, le plus dur étant de rester cohérent.