“Il faut réfléchir à une carrière littéraire comme on construit une entreprise”

Nicolas Gary - 08.10.2018

Interview - Adrien Gygax roman - écriture promotion programme - Salon livre Geneve


Il reconnaît sans peine n’avoir « pas encore fait grand-chose de sa vie », aimer le vieux Paris, l’absinthe et Barbara. Adrien Gygax a publié son premier roman au Cherche Midi, Aux noces de nos petites vertus. Il fait partie des dix auteurs retenus pour le programme De l’écriture à la promotion, qu’organise la Fondation pour l’Ecrit, en partenariat avec ActuaLitté. Il revient avec nous sur son parcours. 

 

Adrien Gygax
Adrien Gygax DR
 

 

ActuaLitté : Que représente l’écriture pour vous, à ce jour ? 
 

Adrien Gygax : Dans un monde qui nous propose souvent de prendre la place du consommateur passif et docile, je trouve intéressant de résister par l’écriture. Construire une histoire, façonner des phrases, évoquer ce qui nous est accessible du monde, voilà une forme d’éducation qui me convient.

J’ai quelques difficultés à imaginer une vie sans commentaire ni témoignage, elle me semblerait tristement subie.

Pour autant, toute écriture n’est pas de qualité. Pour devenir littérature et avoir un sens, elle doit se faire rare et attentive, discrète et humble. Sinon elle se transforme en soupe informe, dégouline sur le monde pour l’embrouiller, et finit par se retourner contre son auteur. 

 

Quels auteurs vous ont construit, qu’ils soient source d’inspiration ou de rejet ?


Adrien Gygax : Je considère qu’il est faux de dire qu’existe « la littérature ». Je crois que plusieurs littératures co — existent, qu’elles ne se valent pas toutes et que chacun doit trouver « sa littérature ». La mienne n’est ni celle qui m’a été enseignée en milieu scolaire (Sarte, De Beauvoir, Voltaire, Sagan) ni celle qui régnait dans ma famille (Coelho, Bussi, Lévy, Nothomb, Voltenauer...) ni celle qui défile sur les plateaux télé (Moix, Angot, Alonso, Azzeddine...).

Je sais ce qu’elle n’est pas, mais peine à savoir ce qu’elle est. Elle s’apparente à un vitrail étrange dont je n’ai pas encore tout à fait saisi les formes et les couleurs. Elle est celle d’un piètre lecteur, d’un procrastinateur acharné capable de relire dix fois la même page, mais de ne jamais terminer le livre. Elle se compose de Segalen, Bloch-Michel, Céline, Baudelaire, Bobin, Lucrèce, Kerouac, Valéry ou Maupassant.

J’ignore pourquoi, tous ces auteurs ont coloré mon univers, leurs textes laissent passer la lumière, ils l’embellissent, la portent, la réchauffent. À l’inverse, les polars, les romans à suspens, la science — fiction, l’autofiction, tout ceci, pour moi, ne laisse pas passer la lumière. 

 

Qu’attendez-vous de ce programme d’accompagnement et de soutien qu’offre la Fondation pour l’Écrit ?


Adrien Gygax : « Il faut aller voir » disait Jacques Brel à Jacques Chancel. J’essaie d’appliquer cette précieuse recommandation. Alors quand la possibilité de participer à ce programme s’est présentée, je ne l’ai évidemment pas refusée. Je n’ai pas d’autre attente que celle d’aller voir. C’est en allant voir que l’on s’invente une trajectoire, en allant à la rencontre des gens et des choses. 
 

Sur un plan plus concret et moins naïf, je suis bien conscient que la littérature est également un business et qu’il est aujourd’hui nécessaire d’en connaître les acteurs et leurs intérêts. La publication de mon premier roman au Cherche-Midi éditeur m’a permis d’expérimenter la chaîne du livre et de réaliser combien l’auteur doit être impliqué quotidiennement dans la promotion de son ouvrage.

Sans le déplorer ni m’en réjouir, je crois qu’il faut réfléchir à une carrière littéraire comme on construit une entreprise. Et l’entreprise n’est jamais une aventure solitaire. 



Retrouver l'ensemble de notre dossier De l'écriture à la promotion, les auteurs se professionnalisent 


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