Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Impression à la demande, romans, numérique : les perspectives du groupe Eyrolles

Antoine Oury - 14.03.2017

Interview - Eyrolles librairie édition - Marie Pic-Pâris Allavena - Eyrolles Marie Allavena


ENTRETIEN – La mise en place d'une offre d'impression à la demande proposée aux éditeurs que le groupe Eyrolles diffuse a donné à l'entreprise de Serge Eyrolles un nouvel élan. Mais ce n'est pas tout : l'entrée dans le domaine du roman, l'année dernière, contribue aussi à former une nouvelle identité pour le groupe historiquement lié aux domaines techniques et pratiques. Bilans et perspectives avec Marie Pic-Pâris Allavena, directrice générale du groupe Eyrolles.

 

Librairie Eyrolles - Paris

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

ActuaLitté : Eyrolles a récemment lancé une offre d'impression à la demande : quel est l'opérateur de cette offre et son fonctionnement ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : L'opérateur de cette offre est Book on Demand, basé à Hambourg, et Eyrolles n'a pas acheté de machines. Les premiers clients de cette offre d'impression à la demande ont été livrés, les livres sont de très bonne qualité.

 

Le fonctionnement est simple. Le libraire transmet sa commande au distributeur, l’information est immédiatement répercutée sur la plateforme BoD et déclenche l’impression de l’ouvrage. Celui-ci est expédié chez le libraire, dans la grande majorité des cas via un flux PRISME ou SPEED.

 

L'offre est disponible pour tous les libraires. Elle est en cours de présentation à l’ensemble des libraires par notre équipe de représentants.

 

Quels titres sont concernés ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Sont concernés tous les titres noir & blanc au catalogue, et donc notamment les ouvrages des secteurs « entreprise » et « informatique ». L’offre est appelée à s’étendre à terme à tous les titres numérisés. Elle contribue par ailleurs à la seconde vie commerciale des livres.

 

Ce service d'impression à la demande est-il proposé aux éditeurs que Eyrolles diffuse ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Absolument. D'ailleurs, un nouveau diffusé, qui a fait le tour des autres diffuseurs, nous signale que nous sommes les seuls à lui proposer ce service d'impression à la demande dans des conditions intéressantes. Cela dit, c'est aux éditeurs partenaires de numériser et d'envoyer les fichiers à BoD.

 

Quel est l'intérêt, pour Eyrolles, de disposer d'une telle offre ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : L’impression à l’unité permet de répondre à une demande trop faible pour justifier réimpression et stockage, mais non négligeable, concernant des titres épuisés.

 

Quelle est la place d'Eyrolles sur ces marchés anglo-saxons ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Nous publions chaque année quelques ouvrages qui paraissent presque simultanément en français ou en anglais. La part des éditeurs du domaine anglophone est en revanche moindre sur le total de la vente de droits, les Américains acquérant peu la production hexagonale.

 

Quelle est la situation économique d'Eyrolles ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : L’effectif du groupe Eyrolles est d’environ 250 collaborateurs, pour l’essentiel basés à Paris. Le chiffre d'affaires demeure stable, autour de 50 millions d’euros, également réparti entre les trois activités que sont la diffusion, l'édition et la librairie.

 

Le pôle édition a connu en 2016 une forte croissance due au succès de Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une, vendu à plus de 500.000 exemplaires. La diffusion a également été en hausse et la tendance à la baisse enregistrée par l’activité librairie est plus généralement à rapporter à la situation difficile des librairies de 1er niveau.

 

Où en est la diffusion par Eyrolles ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : La filialisation de l'activité diffusion, effective depuis 2016, correspond à une mise en conformité avec les standards de gestion de la profession. Geodif diffuse ainsi une centaine d'éditeurs, dont LexisNexis et Les éditions de Saxe. Nous sommes dotés d’une force de vente propre, pour une présence dans un grand nombre de points de vente libraires mais également sur des sites de e-commerce, des réseaux spécialisés, et à l'export dans l’ensemble de la francophonie.

 

D'autres investissements au sein de la librairie La Procure ou d'autres librairies sont-ils prévus ? 

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Le groupe Eyrolles figure toujours au capital de la librairie La Procure mais n'envisage pas pour l’instant d’augmenter sa participation.

 

Librairie Eyrolles - Paris

La librairie Eyrolles, Paris (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Le site web a-t-il pris le relai de la librairie comme principal canal de vente ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Non, la librairie physique demeure le plus important canal de vente, la librairie en ligne est à l’équilibre sur 2016.

 

Et quelle est la tendance du livre numérique chez Eyrolles ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Le chiffre d’affaires e-book représente de 5 à 8 % du chiffre d'affaires selon les secteurs, avec pour thématiques principales l’informatique et le management. Nous avons par ailleurs développé des applications qui permettent de donner une bonne visibilité à notre catalogue numérique.

 

Certains auteurs interpellent sur des soucis de versement des droits au sein du groupe Eyrolles : une amélioration du système est-elle envisagée ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : À ma connaissance nous payons régulièrement tous nos auteurs conformément aux contrats signés avec eux. Mais compte tenu de la complexité du sujet puisque les livres se vendent maintenant via un nombre croissant de canaux, nous sommes en pleine refonte de notre système de gestion des droits d'auteurs afin d’être plus efficaces.

 

Vous évoquiez précédemment le roman de Raphaëlle Giordano : comment s’est opérée l’entrée d’Eyrolles sur ce créneau ? Et pourquoi vous être positionnés sur ce marché ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Ta deuxième vie… n’a pas quitté le top des palmarès des meilleures ventes depuis l’automne. Eyrolles n’avait auparavant jamais publié d’œuvre de fiction ! En tant qu’éditeur de savoirs professionnels et pratiques, nous avions depuis une dizaine d’années investi avec succès le créneau du développement personnel, enrichissant notre catalogue de collections de référence à destination du plus large public. Ta deuxième vie…, qui emprunte la veine du « feel-good book » [des livres qui invitent à se réinventer pour le meilleur, à porter un autre regard, plus positif, sur la vie, NdR], est venu prolonger dans le champ de la fiction cette orientation vers une offre « mieux-être ».

 

Pour l’anecdote, au point de départ, il y a le « coup de cœur » unanime pour le texte proposé par l’auteur, primo-romancière. Question de rencontre, donc. Quant au développement d’un catalogue, à la suite de ce volume inaugural, on ne peut rêver plus efficace déclencheur qu’une telle success story ! Un comité de lecture informel composé de collaborateurs des divers services — et auquel je prends moi-même part — a été mis sur pied dans la foulée. Tu verras, les âmes se retrouvent toujours quelque part et La librairie de la place aux herbes viennent de paraître, en attendant notamment le nouveau « Giordano ». Le « coup d’essai, coup de maître » en termes de rentabilité, de visibilité à tous égards, que continue de représenter cette publication initiale rejaillit sur l’ensemble du groupe auquel il procure une nouvelle dynamique.

 

Les romans publiés par Eyrolles sont qualifiés de « romans de DP », à quoi cela correspond-il ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Il s’agit de récits « qui nous font du bien », mettant en scène des personnages -femmes et hommes- auxquels s’identifier, et dont les lectrices suivent les tribulations, le parcours initiatique ou résilient, au fil d’histoires qui fonctionnent comme autant de prétextes pour distiller éléments de la culture « psy » à s’approprier et méthodes « DP » à transposer dans sa propre expérience.

 

Librairie Eyrolles - Paris

 

 

Quelle est l'offre en bibliothèque d'Eyrolles ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Eyrolles est partenaire de Cyberlibris qui propose nos publications au prêt sur abonnement. Des projets communs tournés vers les entreprises et instituts de formation sont à l’étude.

 

Eyrolles compte-t-il investir le marché des offres de formation ? 

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Un système de e-learning — avec Coorp Academy —, « démantèlement » d'un ouvrage rendu accessible en ligne, est en test. Le modèle est à l’étude. Mais il n’y a pas d'offre groupée qui rassemblerait livre papier et cours en ligne en perspective, dans la mesure où l'adhésion à un cours suscitera éventuellement l'achat du livre. Nous travaillons à de la coproduction de contenu avec Coorp Academy.

 

Nous avons produit des vidéos, mais nous avons arrêté aujourd'hui, car ce n'est pas forcément générateur de ventes, même si cela contribue à la promotion des auteurs. De plus, investir beaucoup d'argent dans des contenus gratuits n'est pas évident à justifier en matière de chiffre d'affaires.

 

Comment s'organise la lutte contre le piratage ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Cette question est importante aux yeux de nos auteurs. Nous y consacrons d’ailleurs un budget conséquent. Nous sommes abonnés à Hologram, comme tous les éditeurs, mais cette solution ne fait que signaler les contenus contrefaits. Ensuite, nous envoyons des courriers et des mails pour réclamer le retrait des contenus, mais, parfois, les plateformes ne réagissent pas ou s'y opposent, les hébergeurs de contenus ne s'estimant pas responsables de la diffusion de ces contenus sous droits.

 

Groupe Eyrolles : "On n'empêche pas le piratage avec des DRM" 

 

Nous venons par exemple de remporter une victoire sur un pirate qui avait scanné des livres de loisirs créatifs pour les vendre au prix de 2 € le chapitre sur un site de loisirs créatifs, de manière totalement illégale. La plateforme s'était dédouanée, affirmant ne pas connaître la véritable identité du vendeur.

 

Comment expliquez-vous la pérennité de l'indépendance du groupe Eyrolles ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Eyrolles est un groupe familial depuis ses débuts, il y a plus de cent ans, et son P-DG, Serge Eyrolles, se pose en garant de cette indépendance. Le business model diversifié en termes d’activités y contribue également dans la mesure où les rentabilités se compensent et s’équilibrent. Cette précieuse autonomie financière procure au groupe la capacité d’investir.

 

Vous avez travaillé dans le secteur bancaire avant de vous tourner vers l'édition : quel regard avez-vous sur le milieu de l'édition ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : Je suis une des nièces de Serge Eyrolles, proche de lui depuis très longtemps. Je lui suis très reconnaissante de m’avoir appelée à le rejoindre, il y a dix ans, à la direction de cette maison au sein de laquelle j'apprécie énormément d’œuvrer à ses côtés. Je mets à profit mes expériences professionnelles précédentes, des plus formatrices, dans les missions relevant de la gestion de l’entreprise proprement dite.

 

Le livre est vraiment une composante de la famille, et donc du groupe Eyrolles ?

 

Marie Pic-Pâris Allavena : La maison d’édition Eyrolles est, à l’origine, une émanation de l'École des Travaux Publics longtemps dirigée par Serge Eyrolles, qui a également présidé le Syndicat national de l'édition (SNE) pendant près de deux décennies, en même temps que le groupe Eyrolles. Alors oui, c'est une tradition familiale d'évoluer dans un milieu de savoir et de connaissances, au-delà de la culture.