Interview : Anaïs Goldemberg

Fred Ricou - 18.03.2010

Interview - Anaïs Goldemberg - livres numériques - éditions Toucan


Anaïs Goldemberg est une jeune illustratrice, joyeuse, qui ne se prend pas au sérieux pour un sou et qui nous offre depuis bientôt deux ans, une palette colorée, décalée et tendre. Il suffit de se pencher sur ses planches d'album pour voir à quel point la vie est belle ! Rencontre...

 

Présentation en quelques coups de formules magiques.
Je m'appelle Anaïs Goldemberg et je ne suis pas une sorcière mais une illustratrice.
Je viens de Bretagne et je vis maintenant à Paris, où je passe mon temps à faire des dessins.

Qu'est-ce qui symbolise le plus ton travail ?
J'ai remarqué, il n'y a pas longtemps, que mes illustrations ne se prennent pas au sérieux.
J'ai beau essayer de peindre des choses profondes et pleines de sens, j'en arrive toujours à un ours en bermuda ou à des sorcières aux robes bouffantes. Mais ça me convient : je préfère que mon travail fasse sourire !
Ah oui, j'accorde aussi beaucoup d'importance à la couleur. J'aime les contrastes, les touches de lumière, les ombres veloutées... Je fais très (trop) rarement un croquis coloré avant d'attaquer la couleur d'une illustration. Peindre devient alors une sorte de cuisine expérimentale : je place les couleurs au petit bonheur la chance, je touille et j'attends de voir le résultat. Parfois ça marche, parfois non.

Quelles sont tes sources d'inspiration ?

Elles sont innombrables... J'aime beaucoup les artbooks (des livres qui regroupent les travaux d'un ou plusieurs illustrateurs) et je passe pas mal de temps le nez dedans !
J'aime beaucoup les illustrateurs fantastiques, comme John Howe, Ted Nasmith ou Paul Bonner, ce qui ne se voit pas du tout (mais alors pas du tout!) dans mon travail. En fait, je rêve secrètement de savoir dessiner des gros barbares et des dragons terrifiants, mais mes dragons ne peuvent pas s'empêcher de rigoler.
Je farfouille régulièrement dans les rayons jeunesse et je passe beaucoup trop de temps à me balader de blogs en blogs afin de m'en mettre plein les yeux. J'adore découvrir le travail d'autres illustrateurs !
Cette somme d'images doit forcément se distiller quelque part dans mon imagination, et imprègne certainement mes dessins.
J'écoute aussi plein de musique quand je peins, et ça m'a souvent donné des idées...

 

Comment s'est passé ta rencontre avec les éditions Toucan ?
Une agence pour qui je réalise des jeux m'a fait rentrer en contact avec une toute nouvelle maison d'édition pour parler d'un projet. C'était les éditions du Toucan, qui préparaient un guide de l'aventurier basé sur l'émission « Koh-Lanta ». Ils avaient vu mes jeux (des illustrations coloriées à la tablette graphique) et ils recherchaient quelque chose dans le même genre.
Mais moi, je ne savais pas du tout ce qu'ils allaient me proposer, et j'ai amené mon porfolio rempli de gouache... Et en le feuilletant, ils ont vu des petites sorcières qui leur ont bien plu !
C'était il y a un an, et depuis j'ai travaillé sur 4 albums sortis aux éditions du Toucan, et quelque chose me dit que ce n'est pas fini...

Tu as déjà publié une petite dizaine de livres, raconte-nous ton parcours.

Je suis "officiellement" illustratrice depuis un peu moins de 2 ans, c'est donc un tout petit parcours que je peux vous décrire!
J'ai vu pour la première fois un de mes dessins publié dans la revue Pa-, éditée par l'association du même nom. Tout ça parce que le chef de Pa-, qui s'appelle Lapin, est tombé sur mes dessins de Lapin Blanc...
J'ai ensuite présenté un book sur un site Internet où on peut trouver environ 3 milliards de books, sans grand espoir. Coup de chance, c'est comme ça que Fleurus m'a repérée (mais je ne sais toujours pas comment ils m'ont trouvée.) et m'a fait travailler sur mon premier album.
Puis les jeux, puis une autre revue Pa-, puis la rencontre avec les éditions Toucan, puis d'autres projets chez Fleurus, et chez Toucan, puis Fleurus, puis Toucan... J'ai pu découvrir l'effet "boule de neige" : il est plus facile de se présenter en tant qu'illustratrice avec un album déjà édité sous le bras !

Quel ouvrage t'a procuré le plus de plaisir ? Le plus de difficultés ?
J'ai beaucoup de plaisir à commencer un nouveau projet : c'est un moment plein d'énergie, où je ne sais pas encore très bien ce que je vais faire du texte que je découvre.
Chaque album a sa particularité, et son histoire.
Cela dit, j'ai eu beaucoup de plaisir a travailler sur la Ribambelle d'Alice au pays des merveilles, chez Toucan. Tout d'abord parce que le format était rigolo à exploiter : une illustration qui se déplie, chouette ! Et surtout parce que c'est un univers qui me tient particulièrement à coeur. En effet, pour mon projet de fin d'études (j'étais dans une école d'arts appliqués, au fait), j'ai réalisé un jeu de société complètement « foutraque » basé sur les romans de Lewis Carroll (d'où les Lapins Blancs..). C'était impossible de comprendre les règles, mais c'était déjà une bonne excuse pour faire plein d'illustrations avec des Reines de coeur, du poivre et des flamants roses.
Et, évidemment, l'album « Sorcières ! » a été une étape importante. C'est jusque-là, l'album qui m'a demandé le plus de travail, mais c'est aussi celui dont les origines remontent le plus loin. Et oui, les premières sorcières, qui s'appelaient déjà Glagalachnovitchika ou Mam'nésie, ont commencé à remplir mes carnets de croquis et mes cartons à dessin il y a au moins 4 ans ! Si ça ne s'appelle pas un projet de longue haleine, ça...

Tu peux nous parler justement de « Sorcières ! » (Editions Toucan) dont la couverture et le sous-titre (Les abominables voisines de Monsieur Pébroc !) donnent à eux seuls une idée complètement loufoque et décalée de l'album en question.
Ben voilà, loufoque et décalé, cela résume assez bien ce qu'on a voulu faire ! J'ai donc dit que c'était un vieux projet qui trainait dans mes cartons, et qui y serait encore si les éditions du Toucan ne l'avaient pas repéré.
Fredérique Jannier est partie de mes vieux dessins pour inventer neuf petites histoires farfelues de sorcières. Les sorcières en question, vingt-six donzelles bruyantes, pénibles, fofolles, collantes, colériques et affreusement gentilles, habitent juste à côté du pauvre monsieur Pébroc, qu'elles font tourner en bourrique à longueur de journée. Il faut dire que leur approche très personnelle de la cuisine ou de la plomberie, leur animal de compagnie incendiaire (un dragounet...) ou leurs balais à réaction ne font rien pour plaire à leur voisinnage !
J'ai usé pas mal de pinceaux et vidé plusieurs tubes de gouache sur cet album... Je me suis amusée à attribuer une couleur à chaque chapitre, et à cacher des escargots dans certaines pages (j'attend toujours qu'on me dise leur nombre exact !). Et le dépliant qui termine l'album
à aussi été l'illustration finale de plusieurs mois de boulot intense.

Depuis 2004 tu coédites des cartes de vœux. Ce travail te procure-t-il davantage de liberté que l'édition ?
Ouhla, non non ! Les cartes de voeux, c'est plus une micro-auto-édition-en-dilettante, pour s'amuser... Je l'ai fait tant que j'avais le temps, mais je crois que c'est fini !
Ce sont les expos qui me permettent d'explorer des pistes que je n'ose pas trop méler aux projets d'albums. J'ai l'impression d'y montrer une autre facette de mon travail, peut-être
un chouilla plus "adulte". C'est une autre démarche que la réalisation d'un album, puisque les grandes notions de « Mise en Page » ou de « Délai », qui sont si importantes en édition, se volatilisent quand je fais des illustrations personnelles. Plus de liberté, oui. Plus de facilité, pas forcément : avoir quelques contraintes peut faire avancer le travail, curieusement !

Un livre référence qui te suit partout.
J'ai de la chance : mes 2 écrivains préférés ont co-écrit un roman ! Il s'agit de « Good omens » (ndlr : « De bons présages » Ed. Au Diable Vauvert), de Neil Gaiman et Terry Pratchett. C'est sans doute le livre le plus drôle du monde... et je le relie très très souvent. Côté jeunesse, un livre que j'ai besoin de feuilleter de temps en temps : « Noël chez Ernest et Célestine » (Ed. Casterman), de Gabrielle Vincent. Un régal de douceur...

Pour finir, ton « cri de guerre » !
Gouache Rocks !!!

Merci Anaïs.
Merci.

Pour découvrir son univers : http://www.anaisgoldemberg.com/




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