Interview de Noémie Rivet, du SLF

Clément Solym - 06.12.2007

Interview - Syndicat - Librairie - francaise


Actualitté.com : Pourriez-vous tout d'abord présenter votre place au sein du Syndicat, je vous prie, pour les lecteurs ?
Noémie Rivet : Chargée de mission au SLF, je m'occupe notamment des dossiers juridiques. Représentant 500 librairies, de toute tailles, spécialisées ou non, le SLF s'est en effet constitué autour d'une charte dont le point central est le respect de la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre.

Actualitté.com : L’action intentée contre Amazon qui fait suite à celle lancée contre Alapage trahit-elle « les inquiétudes du commerce en magasin » comme cela a pu être dit ?
Noémie Rivet : Il ne s’agit pas « d’inquiétudes » mais de « vigilance » ; vigilance des libraires quant au respect par les sites de vente en ligne des dispositifs légaux, à commencer par la loi du 10 août 1981 sur le prix unique du livre. Par ailleurs, les libraires ont tout à fait conscience que se pose également la question de l’accessibilité via l’outil Internet et certains d’entre eux ont mis en place depuis plusieurs années des sites de vente en ligne. Et ils se regroupent afin de travailler sur l’offre d’un « portail » de la librairie indépendante qui proposera ce service de vente en ligne ou de mise à disposition dans les librairies, dans le respect de la loi.

Actualitté.com : Un arrangement à l’amiable a-t-il été envisagé avec Amazon ?
Noémie Rivet : Tout contentieux peut donner lieu à discussion entre les parties, mais en l’occurrence aucune discussion n’a été possible avec les dirigeants d’Amazon qui ont une position de principe sur la gratuité des frais de port. Ils ne veulent rien entendre sur cette question, car le livre ne peut faire l’objet d’aucun discount.

Actualitté.com : La campagne menée par Amazon contre votre boîte mail a débouché sur 7000 courriels. Les uns parlent de prise d’otage, les autres d’action légitime. Qu’en pensez-vous ?
Noémie Rivet : De tels procédés sont évidemment discutables : en appeler à la « vox populi » de cette manière, par le biais d’un message présentant le dossier de façon très simpliste ne plaide pas en faveur d’Amazon. D'ailleurs, nous avons reçu des courriels de clients d’Amazon outrés par la démarche de Xavier Garambois, d'autres en ont directement fait part à leur libraire ; preuve qu’il se trompe en pensant diviser le lectorat en deux catégories étanches : acheteur en ligne, acheteur en librairie.

  Par ailleurs, pour l’anecdote, Amazon a encore manqué à l'application de la loi en mentionnant dans ce courrier la remise qu’il consent à ses clients. En l’occurrence, il s’agit d’une publicité illégale, car hors des lieux de vente.

Actualitté.com : Le 4 décembre prochain sera rendu le jugement contre Amazon, quelles sont vos attentes et avec vous celles des libraires ?
Noémie Rivet : Notre attente est très simple et tient en peu de mots : le respect de la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre. Faire en sorte que tous les opérateurs agissent dans le cadre légal. Amazon contourne la loi dont les objectifs sont de contrôler les prix et de préserver la diversité des livres ; c’est la raison pour laquelle la loi sur le prix du livre et ses compléments a systématiquement été votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale et que des dizaines de procès ont donné raison aux libraires.