Interview : Gudule

Fred Ricou - 22.01.2008

Interview - Gudule - Plon - salon du livre


Scène habituelle dans une librairie : "Euh, vous avez le dernier Gudule ?" le libraire regarde son ordinateur, revient vers son client "C'est bien possible, mais lequel ?" Gudule fait partie de ces auteurs dont on a toujours beaucoup de mal à connaitre précisement son actualité, tellement sa bibliographie est foisonnante. C'est pour la sortie de Valentin Letendre, Frisson, amour et maléfice que nous avons décidé de rencontrer celle qui "dors le moins possible" pour pouvoir écrire.

 

Bonjour Gudule, la première question qui me vient à l'esprit quand on voit ta bibliographie c'est : Mais quand trouves-tu le temps de dormir ?
Ben… rarement. S'il n'y avait pas les rêves pour rendre le sommeil intéressant, dormir serait une vraie perte de temps ! C'est pour ça que je me lève, en général, vers quatre heures du matin. La nuit, c'est un moment si fabuleux pour écrire ! Personne, pas de bruit, pas de téléphone, juste mon écran et moi dans le silence et l'obscurité. Et aussi le chat, qui adore me tenir compagnie dans mes nuits d'écriture.
Donc, pour ce qui est de dormir, je dors le moins possible. Juste le temps de rêver, quoi !

Tu écris pour la jeunesse (albums et romans) et pour les adultes également est-ce que tu y prends autant de plaisir ?
Pour moi, il n'y a aucune différence. J'écris pour des lecteurs, point. Qu'ils soient filles, garçons, jeunes, vieux, ça m'est égal pourvu qu'ils prennent plaisir à mes histoires. Simplement, quand j'écris pour les jeunes, c'est l'adolescente que j'ai été (et qui est toujours vivace en moi) qui se met aux commandes. Quand j'écris pour les adultes, c'est une autre facette de moi-même qui s'investit à fond. Mais je le répète, dans un cas comme dans l'autre, je raconte les choses qui me hantent, et cela m'apporte le même bonheur.

Est-ce qu'un style te « repose » plus que l'autre ? et à partir de quand une histoire est-elle faite pour tel ou tel lectorat ?
Je ne dirais pas qu'il me repose, mais il m'évite de m'ennuyer. L'ennui est la chose qui me terrifie le plus au monde. Or, barboter sans arrêt dans les mêmes univers, répéter les mêmes choses, c'est ennuyeux. Alors, j'alterne les genres.
Lorsque je trouve une idée de livre, l'âge du lectorat s'impose de lui-même. Par le thème, bien sûr, mais surtout par l'angle sous lequel je décide de l'aborder. Ce n‘est pas par hasard si, la plupart du temps, dans les romans destinés aux adolescents, le héros est lui-même un adolescent. Le récit est présenté du point de vue de ce personnage, ce qui permet aux lecteurs s'identifier à lui, et de rentrer dans une intrigue « sur mesure ». Mais les mêmes événements, narrés d'un point de vue adulte, donneraient un livre foncièrement différent, auquel les jeunes ne trouveraient peut-être aucun intérêt. Ça a l'air un peu technique, dit comme ça, mais quand on a l'habitude, ces choix se font d'instinct, quasiment sans y réfléchir.
Ceci dit, la frontière entre littérature pour ados et littérature pour adultes est souvent floue. On trouve aujourd'hui dans les collections destinées à la jeunesse des romans classiques – Dumas, Zola, Jules Vernes, etc — qui, à l'origine, étaient destinés à un public adulte ! En ce qui me concerne, j'ai de nombreux livres à cheval sur les deux genres. « La petite fille aux araignées », entre autres, qui a pas mal circulé dans les classes de quatrième et de troisième, est paru chez Denoël dans un collection pour adultes. Et « La vie en Rose », sorti chez Grasset-jeunesse, a été repris par France-loisirs dans une collection pour adultes. À ce moment, ce n'est plus l'auteur qui se plie au lectorat, mais le lectorat qui s'adapte au livre — ce qui, à mon avis, est mille fois mieux !

J'ai lu que tu avais écrit ton premier roman quand tu étais en 6éme, tu te souviens du sujet ?
Je m'en souviens d'autant plus que je l'ai repris, trente ans plus tard, dans un livre intitulé « L'école qui n'existait pas » — avec des nuances, bien sûr, mais le fond est le même. Une pension pour jeunes filles (inspirée de celle dans laquelle on m'avait « enfermée » l'année de ma sixième) est envahie par des êtres atroces qui y fichent la pagaille. Dans la première version, il s'agissait de spectres. Dans la seconde… c'est nettement pire ! Mais ne compte pas sur moi pour te révéler le fin mot de l'histoire !

En début d'année 2008, est paru un deuxième tome des « aventures » de Valentin Letendre (Editions Plon Jeunesse), quasiment un an après le premier. C'était prévu au départ ou tu as simplement voulu lui créer de nouvelles péripéties ?
Au départ, je n'étais pas fixée. En fait, c'est le personnage qui a décidé pour moi. Il m'a harcelée pour que je continue à le faire exister. À chaque idée que je trouvais, presque malgré moi, je me disais : « C'est une aventure pour Valentin, ça ! » Alors, bon, j'ai fini par craquer : j'ai écrit un second tome. Et maintenant, je suis encore plus attachée à lui ! Je me demande bien au combientième tome ça s'arrêtera !

Tu as une préférence pour les univers « fantastiques ». Est-ce que c'est simplement pour une raison d'aide à l'imagination où tout est permis ?
Non, je pense que c'est culturel. Mon enfance a baigné dans une atmosphère de carnaval, de légendes, de contes de fées, de fantômes et de grenouilles-qui-se- transforment-en-princes-charmants. Ces univers-là, je m'y sentais bien. Je m'y sens toujours bien aujourd'hui. Je trouve le monde tellement plus séduisant, plus drôle, plus passionnant, vu à travers le philtre de l'irrationnel ! Mais tu as sûrement raison : le fait que « tout y soit permis » doit y être pour quelque chose !

Quels sont les thèmes que tu n'as jamais abordés et pourquoi ?
Je serais tentée de te répondre : ceux dont j'ignore tout. Le sport, par exemple. Si j'en parlais, j'en parlerais mal puisque je ne pratique aucun sport, et que je ne m'intéresse à aucune forme de compétition. Le jeu également, pour la même raison. Si j'essayais d'écrire quelque chose là-dessus, ça sonnerait faux, forcément !
Je déteste les livres « truqués », ceux qui ne sont pas l'expression de ce qu'on éprouve profondément, mais se contentent d'être des exercices de style. Je te donne un exemple : il y a quelques années, l'anorexie était à la mode. La littérature, les journaux féminins, les émissions télé s'étaient emparés du phénomène et le mettaient à toutes les sauces. Une éditrice m'a demandé d'écrire un livre sur ce sujet. J'ai refusé : n'ayant jamais été anorexique, et n'ayant jamais fréquenté de près une victime de cette maladie, je ne pouvais sortir que des lieux communs ridicules ou des propos bêtement moralisateurs. Même chose pour la drogue. Malgré des demandes réitérées des éditeurs, je n'ai jamais voulu aborder ce sujet que je ne connais que par ouï dire. J'aurais l'impression de me moquer de mes lecteurs ! Il y a d'admirables textes sur ces sujets, écrits pas des personnes qui ont vécu le problème de l'intérieur. Elles seules, à mon avis, peuvent en parler correctement, avec émotion, gravité et surtout sincérité.

Quand on fait quelques recherches, on voit que beaucoup de monde dans ta famille a un lien avec l'écriture ou le dessin. Alors même question que nous avions posé à Lorris Murail, est-ce que le talent artistique est-il génétique ?
Non, je ne le crois pas. Bien sûr, il y a une sensibilité, des aptitudes qui peuvent être héréditaires, mais à mon avis, c'est surtout une affaire de contagion. La passion se transmet. Des enfants qui grandissent dans une atmosphère de création constante, de désir de créer, de bonheur de créer, acquièrent tout naturellement ce goût. Et surtout, ils sont élevés dans l'idée que lâcher la bride à son imagination, c'est bien. Que rêver, c'est utile. Qu'écrire, dessiner, inventer des histoires, s'exprimer, c'est riche. Et que, plus tard, vivre de ça, c'est possible. Ils seraient bien bêtes de ne pas en profiter !

Pour finir, question piège, combien de tes livres sortent cette année ?
25 dont 6 rééditions et 2 compil'.

Merci.

Gudule sera présente au Salon du Livre de Paris le 16/03 à 11h sur la stand Plon

 

 

 




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