Interview : Jean-Luc Bizien

Fred Ricou - 17.03.2010

Interview - Jean-Luc Bizien - Cambodge - Wendy


Né en 1963, à Phnom-Penh, Jean-Luc Bizien a grandi au Cambodge et vécu aux Comores avant de s'installer en Normandie, où il a étudié l'anglais et intégré l'École normale de Caen. Pendant quinze ans, il a enseigné auprès de l'enfance en difficulté, dans les ZEP et les instituts spécialisés, avant de se consacrer entièrement à l'écriture en 1999. Son premier album pour la jeunesse, La Forêt aux cent sortilèges, paraît en 1995 aux éditions Gründ, où il a depuis lors publié une vingtaine de livres.En octobre 2006, il sort chez Plon Jeunesse le premier tome de Wendy et les mutant : Sommeil de feu, et quelques mois plus tard, en Février le deuxième tome : Le territoire monstrueux.Interview...du 16/03/07

 

Les Histoires Sans Fin : Bonjour Jean-Luc, pourquoi un jour t'es tu décidé à écrire ?
Jean-Luc Bizien : En fait, je suis un dessinateur frustré. Quand j'avais 7-8 ans, je n'avais ni la télé ni la radio et mon père me ramenait tous les jeudis Pilote, Spirou et Tintin. En plus, avec mon frère, on allait voir beaucoup de séances de cinéma. L'image c'était pour moi important et je rêvais de devenir illustrateur de BD et de raconter des histoires. L'âge venant, je me suis aperçu que je n'avais pas le courage de passer ma vie devant une table à dessins et surtout j'ai rencontré des copains qui étaient beaucoup plus doués que moi… et je me suis alors décidé à leur raconter des histoires, à faire des scénar' de BD qui n'ont jamais vu le jour.
Et puis, plus tard, j'ai laissé tomber mon job (j'ai été instituteur pendant 15 ans), pour me lancer dans l'écriture, j'avais envie d'écrire, il fallait vraiment que je raconte des histoires.

L.H.S.F : Quelles ont été et quelles sont tes influences littéraires ?
J.L.B : Au départ, essentiellement anglo-saxonnes. J'ai grandi avec Moorcock, Zelazny, Leiber… j'ai découvert la littérature classique française très tard et puis le déclencheur c'est Serge Brussolo. Un jour, je suis tombé sur Le carnaval de fer et de là je me suis dit qu'en fait je m'interdisais d'écrire parce que je pensais que c'était réservé aux anglo-saxons. Je me suis aperçu que des Français avaient ce génie-là et qu'ils ouvraient la voie. J'ai lu énormément les bouquins de Serge et puis sur un salon, je l'ai croisé et c'est lui qui m'a donné l'envie et la possibilité d'écrire. Il m'a fait signer mon premier contrat chez Denoël, puis au Masque et il est mon directeur littéraire chez Plon. C'est lui qui m'a appris le métier.


L.H.S.F : Autre que toi, qui apprécies-tu dans la littérature jeunesse actuelle ?
J.L.B : En littérature jeunesse, il y a plein de gens bien… Pour les tout petits je pense à Ephémère. Je pense aussi à Erik L'Homme, à Romuald Giulivo, mais bon je triche un peu, ce sont des amis… J'apprécie aussi beaucoup Gudule, c'est quelqu'un de formidable.

L.H.S.F : Être « roliste », est-ce que ça apporte quelque chose à ton écriture ?
J.L.B : J'ai été « roliste » dans une vie antérieure… J'ai fait du jeu de rôle pendant 10 ans et j'en ai écrit deux. Ça m'a apporté de me « faire les dents » sur l'écriture, ça m'a permis de savoir réellement ce qu'est l'écriture et de produire quelque chose, j'ai appris beaucoup de choses sur les techniques narratives… Quand on écrit un scénario, on essaye toujours de se projeter et de savoir ce que les gens vont en tirer, vont en faire… et on se plante toujours, les joueurs vont forcément ouvrir des portes dont tu ignorais même l'existence, mais ça t'apprend la notion de suspens, de découpage et à tenir le lecteur en haleine.

L.H.S.F : Wendy et les mutants c'est une partie de ton actualité, nous en sommes au Tome 2 - Le territoire monstrueux - , quel a été le déclencheur de cette série ?
J.L.B : Encore une fois, c'est Serge Brussolo. Il avait envie de développer le secteur jeunesse chez Plon. C'est un excellent directeur littéraire, il a donc pris contact avec quelques auteurs et il m'a demandé de réfléchir à une série. Pour moi, ça tombait bien, j'avais envie de sortir de mes histoires de fantazy et de dragons dans lesquels j'étais un peu immergé et je lui ai proposé Wendy. C'était vraiment quelque chose que j'avais envie de faire au moment où il est venu me chercher.
J'ai eu envie de développer un univers un peu différent et puis d'essayer, pour la première fois, de glisser des choses dans le texte et de m'adresser directement aux ados.


L.H.S.F : Justement, tu décris un futur très sombre où les machines sont partout, où les humains sont surveillés, où la société est totalement aseptisée, où la différence est synonyme d'exclusion au sens propre… Quelle est ta part de croyance dans tout ça ?
J.L.B : Je crois qu'il faut arrêter de raconter la mélodie du bonheur ou la petite maison dans la prairie. Les jeunes lecteurs détestent ça, je crois qu'ils sont beaucoup plus au fait de l'actualité qu'on veut bien le croire, ils sont beaucoup plus conscients de leur quotidien.
Les lecteurs n'ont pas envie qu'on les prenne pour des crétins, qu'on leur raconte des choses « bébêtes », formatées… Ils ont envie qu'on leur parle de choses sérieuses, mais avant tout, ils veulent qu'on les emmène ailleurs.
Je ne pense pas que Wendy les angoisse, je crois que cela fait écho chez eux, ils sentent bien que cela ressemble à quelque chose, que c'est un peu exagéré. Ils savent bien que ce n'est pas de la science-fiction, Wendy c'est plus de l'anticipation. Je n'ai pas inventé grand chose, je pense hélas que nous y sommes déjà. Il suffit de se balader dans les rues pour retrouver beaucoup de comportement que l'on a dans Wendy. N'importe quel banquier te dira où tu étais juste en suivant ta carte bleue, il sait ce que tu as fait avec, etc. Il y a plein de chose comme ça, c'est notre monde…
Je voulais juste faire quelque chose qui n'était pas dépressif, quelque chose où l'humour était présent, quelque chose où la violence était présente également.
Et mettre le tout entre les mains des ados, avec en arrière plan, une petite idée pour les faire réfléchir… Mais avant tout le but de cette série-là, c'est de leur faire passer un bon moment, de les faire s'évader et si, en plus ils réfléchissent, c'est la cerise sur le gâteau.

L.H.S.F : Dans le tome 1 « Sommeil de feu », à plusieurs reprises tu fais exploser les colliers électroniques des caniches ? Tu as une dent contre ces chiens ou quoi ?
J.L.B : Non ! (Rires) non j'ai quelque chose contre leurs maîtres. Mais quand j'ai écrit le premier tome, j'étais dans un quartier avec beaucoup de « chienchiens » et leurs « mémères » et donc beaucoup de déjections… c'est vrai que c'était une basse vengeance, j'ai eu besoin de ça.
J'avais envie de rigoler. Plus sérieusement, je pense qu'il n'y a pas de tabous avec les ados, on peut aller très loin, mais il faut que cela serve à chaque fois l'histoire… je fais confiance à leur sens de l'humour.

 


L.H.S.F : Pour le moment, tous les exclus, « les mutants », sont les gentils de l'histoire, premièrement, pourquoi ? et deuxièmement, est-ce que tu veux nous dire qu'en fait l'invasion des mutants a commencé pour nous et que tu en fais partie ?
J.L.B : Non, non je veux simplement dire que quand on est un ado, on est un mutant. On est entre deux mondes, on appartient ni aux adultes, ni aux enfants. Moi j'ai des souvenirs un peu angoissés de cette période-là, on ne sait pas trop où se placer. Je faisais semblant d'être un enfant avec mon petit frère et avec les plus jeunes, mais j'essayais de jouer aux adultes avec mes parents quand on sortait… À l'intérieur, ça bouillonnait, je n'avais pas de véritables repères. Quand on est ado, on est isolé et ce sont les autres qui sont différents, c'est ce qui fait que l'on a besoin de codes. S'il y a une morale dans la série, c'est que les mutants sont tous différents mais sont très proches les uns des autres et qu'il suffit pour qu'ils s'en sortent, d'ouvrir les yeux et d'échanger avec l'autre. Ils ne veulent que se faire accepter et c'est ce que l'on veut quand on est ado.

L.H.S.F : Est-ce que tu peux nous dire une partie de ce qui nous attend dans le troisième et dernier tome de « Wendy » ?
J.L.B : Oui. Wendy et Keith sont donc partis de la citée bulle. Ils vont découvrir une sorte de pays des merveilles, où tout va bien, où les animaux parlent, où tout le monde est gentil et où l'endroit est uniquement peuplé d'enfants de 4 à 5 ans. Et petit à petit, ces enfants vont « tomber le masque » et se montrer sous un jour totalement différent. Pour le coup, les mutants ne sont pas forcément ceux qu'on croit.
J'ai essayé à nouveau de pousser cette réflexion sur les apparences, sur ce qu'on est vraiment, sur ce que l'on pense vraiment…

L.H.S.F : À la fin de chaque tome, tu as laissé un mail, wendy.okito@gmail.com , est-ce que communiquer avec tes lecteurs est si important pour toi ?
J.L.B : C'est très important. C'est surtout toujours touchant parce qu'il y a l'effort d'écrire et de communiquer. Il y a beaucoup d'ados qui préfèrent la rencontre directe et d'autres qui passent derrière le clavier. Ils se permettent des critiques, ils disent pourquoi ils ont aimé ou pourquoi ils n'ont pas aimé. Moi ça m'aide énormément et j'accorde beaucoup d'importance à ça.

L.H.S.F : Je te laisse la phrase de fin, tu peux dire ce que tu veux…
J.L.B : J'espère vraiment que cette série va trouver son public et lui faire passer un bon moment. Ça fait longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir à écrire, autant de bonheur à créer un personnage, je pense que je suis un peu tombé amoureux de Wendy et j'aimerais bien qu'elle séduise un maximum de monde. J'aimerais aussi, parce que c'est une héroïne, qu'elle touche aussi les garçons… Ils sont quand même très compliqués à aller chercher dans leurs retranchements...

 

 




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