Interview : Lorris Murail

Fred Ricou - 17.03.2010

Interview - Lorris Murail - la machine à tout - théâtre


Chacun d'entre nous à tenu un livre de Lorris Murrail. Auteur jeunesse depuis une vingtaine d'année, créateur avec ses soeurs, Marie-Aude et Elvire, de la série à succés "Golem" et de bien d'autres romans, Lorris nous parle de science-fiction, d'écologie, de la libération de Paris pendant la guerre, de bande dessinée et d'une machine qui fait tout...

 

Bonjour Lorris. C'est amusant, je viens de regarder ta bibliographie et l'on dirait qu'aucun thème ne t'échappe : l'histoire, le fantastique, la bande dessinée. J'ai même vu un roman qui parle de cuisine, et pour les adultes tu as traduit des textes de Stephen King… Tu es un vrai touche-à-tout ou aucun thème ne t'effraie ?
Il y a plusieurs raisons à ça. Il y a le fait que l'on doit premièrement gagner sa vie, on ne peut rien refuser. Il y a aussi le fait que je m'ennuie très vite dans la vie et, j'ai beaucoup de mal à faire deux fois la même chose. Quand j'ai fait un livre dans un style, j'essaie de faire le suivant dans un autre. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'unité. Des fois, il y a des thèmes qui reviennent d'un livre à l'autre et qui peuvent être traités de façons différentes. Il y a aussi des choses de hasard, la bande dessinée je n'ai pas choisi, on est venu me demander. En revanche les liens entre l'Histoire et la science-fiction sont très classiques. Beaucoup d'auteurs de SF en viennent à écrire des livres historiques…


Après le futur vient le passé ?
Oui, c'est peut-être la « dépression » après le rêve. L'un permet de comprendre l'autre et inversement.

Souvent les auteurs disent qu'ils écrivent de la SF pour « dénoncer » un peu le présent…
Il n'y a même pas d'autres raisons. Il y a un malentendu sur ce qu'est la science-fiction. Il y a des gens qui croient que c'est deviner ce qu'il va se passer. Non, il y a des instituts spécialisés dans la prospective, mais en général ils se trompent toujours. Le but de la science-fiction, c'est un peu de dénoncer ce qu'il y a devant pour justement ne pas y aller. Il y a trente ans, j'étais déjà en alerte à propos de la planète, de la dégradation du climat, de tout ce qui va faire l'actualité d'aujourd'hui et de demain… c'était des choses que je lisais dans les romans du début des années 70, où le mot « Ecologie » n'était employé par personne.

Justement, en librairie, il y a de plus en plus de livres « jeunesse » qui abordent ce thème-là. As-tu écrit, toi, sur l'écologie ?
C'est ce que j'essaie de faire. Par moments, je me demande si aujourd'hui on a le droit de parler d'autre chose. Mais j'ai surtout des enfants, qui auront certainement des enfants. Ce que je vois, c'est que nous n'avons pas beaucoup d'autonomie devant nous. A l'horizon 2100, je ne suis pas sûr qu'il y aura encore une espèce humaine à la surface de la terre, sans vouloir être alarmiste…

On t'a certainement déjà posé la question, mais penses-tu que le don de l'écriture soit génétique ? Pour les lecteurs, je rappelle que tes deux sœurs Marie-Aude et Elvire sont également auteurs jeunesse à succès, et j'ai même vu que tes parents également avaient ce don…
J'ai aussi écrit sur l'inné et l'acquis dans certains romans et ça a toujours été pour dénoncer un peu le « Nous sommes tous programmés ». Je pourrais ajouter que j'ai une fille qui écrit, une femme qui écrit,… mais c'est une chose qui arrive chez les footballeurs, les médecins, les enseignants, on ne s'en étonne plus.

Oui, mais, dans l'artistique, c'est toujours surprenant non ?
Il y a une part de génétique dans tout. Mais il y a aussi l'environnement, les circonstances, etc. On n'est pas dans les mêmes conditions quand on est dans une maison où il y a des livres partout sur les murs. Moi j'ai entendu ma mère, toute mon enfance, dire qu'elle n'était pas tombée amoureuse d'un homme mais d'un poète. La part de génétique est absolument impossible à situer et à quantifier.

Tu as écrit quelques romans pour adultes, mais tes préférences vont vers la jeunesse, pourquoi ?
Il y a eu un basculement à un moment, dans mon existence, où je devais gagner ma vie et j'ai réussi à la gagner plus facilement par ce biais-là. Mais ça me manque de ne pas écrire pour les adultes. Au moment où nous parlons, j'espère que l'on va me donner l'occasion de réécrire dans ce secteur. J'ai vécu cette explosion de la littérature jeunesse. C'est le secteur qui se développe le plus vite après la bande dessinée. Il y a un retour immédiat dans la jeunesse, pendant une signature, on voit affluer à soi des lecteurs et pendant une signature adulte, on peut passer une journée entière sans que personne ne s'intéresse à toi, c'est très dur de s'en passer…

Tu écris pour la jeunesse par dépit ?
Non, c'est intéressant aussi…

Est-ce que ça te touche que tes écrits ne soient pas lus par plus d'adultes ?
J'écris pour être lu, quoi que je fasse. Si, à un moment donné, tu te dis que tu n'es pas lu, c'est qu'il y a un problème. J'ai fait des livres pour adultes qui sont à mon avis ce que j'ai fait de mieux dans ma vie et qui n'ont pas dépassé 3 000 exemplaires, ce qui est à la fois peu et beaucoup. Tu te demandes toujours pourquoi les gens achètent tes livres, c'est toujours un mystère…
Non, mais les deux sont intéressants. Ce qui m'ennuie, c'est que j'ai du lâcher prise avec les adultes.

Est-ce que la section que l'on appelle « Youngs adults » (ndlr : « Jeunes adultes ») ne pourrait pas te permettre de réécrire un peu pour les adultes ? La limite dans ces livres est extrêmement mince…
Un bon livre pour la jeunesse peut être lu sans problème par des adultes. Un livre comme « Golem » n'aurait pas eu ce succès si les adultes ne s'y étaient pas intéressés. C'est vraiment un niveau d'expression. Pour les « young adults », je me contrôle aussi sur des problèmes littéraires : la chronologie, le temps, le flash-back, le flou… La littérature jeunesse ne supporte pas le non-dit. Alors que la vie, ce n'est pas comme ça, c'est toujours un entre-deux, et mon terrain de prédilection en tant qu'auteur adulte a toujours été l'ambiguïté.

Il y a quelques mois, chez Grasset Jeunesse, tu nous as offert « Les Semelles de bois », un roman sur la Libération de Paris. Pourquoi as-tu eu envie d'écrire sur le sujet ?
Grasset est arrivé tardivement, le livre était déjà fini. Quand on a célébré le 60e anniversaire de la Libération de Paris, je me suis intéressé à l'événement. J'ai été fasciné, à cette époque, par des documents radiophoniques sur la période. J'ai voulu tout savoir sur le sujet, jour par jour, heure par heure. Par ailleurs, j'ai voulu faire plaquer là-dessus une histoire non conventionnelle, à savoir que je ne voulais pas faire l'histoire d'une pauvre jeune fille juive etc. Je voulais être plus proche de la réalité en faisant de mon héroïne un personnage que l'on ne rencontre pas dans la fiction pour la jeunesse d'habitude, c'est-à-dire une fanatique stalinienne et ça, quand on fait un livre dans ce genre, on va l'éluder à tous les coups… moi, c'est ça qui m'intéressait.

C'est un roman où l'on voit surtout que les apparences sont parfois et souvent trompeuses, qu'il y a eu quantité de résistants de la dernière heure. Pour un livre jeunesse historique c'est assez rare non ?
Ce qui est intéressant dans la littérature jeunesse, c'est de tester les limites des genres. Et c'est souvent un problème avec les éditeurs. Pour avoir du succès en jeunesse, il faut appeler son livre « Meurtre au CM2 » ou « Le Retour de la malédiction du Pharaon »… (sourire)

Chose rare également – enfin de moins en moins – tu as tout récemment été le scénariste d'une bande dessinée, "Le Journal de Carmilla ", avec la jeune dessinatrice Laurel. Comment s'est passée cette rencontre et qu'en as-tu pensé ?
C'est l'éditeur qui m'a contacté pour savoir si je n'avais pas une idée de série pour filles. Il trouvait que ça manquait de bandes dessinées pour les filles. J'ai fourni un projet qui s'appelle donc Le Journal de Carmilla et c'est eux qui, à partir de là, m'ont proposé les dessins de Laurel. J'ai trouvé tout de suite que ça pouvait coller. On sent chez Laurel ce côté « goût du jour », petite gamine à moitié gosse à moitié femme… Ça m'a paru coller exactement à l'esprit de « Carmilla ».

En général, dans la BD, le scénariste fait des croquis. Toi, non. Comment se passe l'écriture du scénario ?
Je ne savais pas au départ comment « il fallait faire » et comment font les autres. Moi je mets : Case 1, il se passe ceci, Case 2 etc, et les dialogues. Il ne vaut mieux pas que je fasse de croquis…

A priori, le personnage de Carmilla est assez éloigné de toi. Comment fait-on pour tomber juste et pas dans un cliché ?
Ça fait des années que j'écris pour la jeunesse et j'ai toujours eu une préférence pour les histoires qui s'adressent aux filles. D'abord l'auteur jeunesse sait que son lectorat est composé à 80 % de filles, et l'on prend cette habitude de s'adresser à elles. J'ai aussi quatre filles à la maison. C'est peut-être aussi dû à ma formation d'auteur de science-fiction. Comment est-ce que l'on écrit en ce mettant à la place d'un extraterrestre ? C'est ce qui m'intéresse dans le métier d'écrivain. Raconter qui l'on est dans la vie d'autres écrivains le font… Moi, j'aime bien devenir une fille ou un martien.

Dans ta vie d'auteur, tu as beaucoup travaillé avec des maisons d'édition différentes. Fin mars est annoncé ton premier album pour les petits, « La machine à tout » aux Editions Mic_Mac , un petit éditeur. Comment le projet s'est-il concrétisé ?
C'est un texte que j'ai donné à une amie illustratrice, Caterina Zandonella, qui vit à Paris et qui cherche à démarrer. C'est elle qui a rencontré ce tout jeune éditeur de 27 ans qui débute également. Je n'avais jamais fait d'album grand format avec très peu de textes et de beaux dessins.

Est-ce qu'il y a encore des domaines auxquels tu n'as pas encore touché et qui te plairaient ?
Euh… un précis de trigonométrie, mais je pense que je ne vais pas le faire maintenant… Non, mais sinon du théâtre. J'ai été une fois adapté, mais ce n'était pas un texte de théâtre à la base. J'aimerais donc essayer d'en écrire. Tout est intéressant. Faire des chansons aussi, pourquoi pas. Tout m'intéresse sauf ce que j'ai déjà fais.

Merci Lorris.
Merci.




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