Interview : Pef

Fred Ricou - 17.03.2010

Interview - Pef - Gallimard jeunesse - encycloPEFdie


Il n'y a pas un seul d'entre nous qui n'ai tenu un album de Pef. Depuis bientôt 30 ans, il est un incontournable de la littérature et de l'illustration jeunesse. Du Prince de Motordu au Monstre Poilu, ses lecteurs se font passer ses calembours, s'esclaffent sur ses dessins et inventent à leur tour pleins de motordus. Rencontre avec un Maître-mot, pas si tordu que ça...finalement !

 

Les Histoires Sans Fin : Bonjour Pef, l'année prochaine vous fêterez vos 30 ans de carrière (dessinateur et auteur), comment voyez vous ses 30 ans ?
Pef : C'est un parcours déjà bien long, fait de réussites et d'échecs, de bagarres pour faire venir la lecture là où elle n'entrait pas. Songez qu'en 1979 nous n'avions que le droit de présenter des livres dans les écoles. Il n'était pas question de rétribution de nos rencontres. L'avis général était que nous devions nous satisfaire que ça nous faisait de la publicité. Nous avons eu la chance qu'en 1981 se sont ouvertes de nombreuses bibliothèques jeunesse et des librairies spécialisées jeunesse dont le nombre est hélas depuis resté stable. Côté échec le plus flagrant est le manque de considération médiatique de notre littérature. Nous formons les lecteurs de la littérature adulte et nous n'en avons aucune reconnaissance même s'il existe autant de livres médiocres dans nos rayons que chez les adultes. Mais le problème n'est pas là. Il est dans la place de l'enfant dans notre société.

L.H.S.F : Qu'est ce qui à changé en 30 ans dans le domaine de la jeunesse et des mots?
Pef : La littérature jeunesse est plus ouverte graphiquement et sur les thèmes abordés. C'est un bond en avant énorme. Je pense évidemment à la maison d'édition Rue du Monde pour son travail sur les thèmes et sur la poésie qui est la niche de toutes les musiques des mots, ce matériau inépuisable.

L.H.S.F : Vous allez, depuis longtemps, dans beaucoup d'écoles, de collèges, est-ce que vous, vous trouvez que le jeune public à changé ?
Pef : Les enfants rient et pleurent comme avant et comme demain. Leur curiosité est constante. Je note un progrès culturel certainement dû à l'expansion de leur littérature et le travail des enseignants et bibliothécaires. Je remarque aussi qu'ils sont par endroits plus électriques mais c'était déjà le cas il y a vingt ans.

L.H.S.F : On vous a souvent posé la question, sur comment était né le Prince de Motordu, est -ce que vous pourriez nous raconter à nouveau cette « belle lisse poire» ?
Pef : Ma maman était institutrice. Nous habitions dans une école et j'étais chargé d'ouvrir la grille à mes petits copains. Qui me posaient chaque jour la même question : Alors c'est ouvert ? Et je répondais invariablement : voilà, voilà, j'arrive. .. Un matin à cette question j'ai répondu, non c'est tout bleu ... C'est le premier jeu de mots dont je me souvienne. Il a fait rire, j'étais devenu le roi du monde et j'avais sept ans. Ce souvenir m'est revenu un jour, trente-trois ans plus tard.

L.H.S.F : Pensiez-vous que le Prince allait devenir si connu et devenir une telle référence dans les cours de récré ?
Pef : Non. Je me suis mis à dessiner des râteaux à voile et des poules de neige, à parler de ma mère, princesse des écoles, qui avait 52 gosses dans son cours préparatoire et ne laissait personne en route. Ce mélange d'humour et d'affection a fait le succès de ce livre.

L.H.S.F : Vous avez beaucoup travaillé en tant qu'illustrateur pour des écrivains comme Daniel Picouly, Didier Daeninck, Susie Morgenstern ... Comment se font ces rencontres et êtes-vous à l'initiative de quelques-unes?
Pef : Il n'y a pas de rencontres auteur dessinateur, comme dans la BD. Quand je reçois un texte, je l'aime ou je ne l'aime pas. Si j'accepte, pas question d'en discuter avec l'auteur, je le digère puis le régurgite sous forme de dessins. Les auteurs me laissent libre d'en faire ce que je veux et c'est bien ainsi. D'ailleurs chaque lecteur procède ainsi, avec son propre imaginaire.
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L.H.S.F : On va reparler un peu de votre écriture et de tout ce qui concerne l'univers de Motordu. Vous triturez les mots de tous les côtés pour créer de la poésie ou nous faire rire, quel est votre point de départ ?
Pef : Le point de départ, c'est l'amour de la langue, cet outil inusable, inépuisable et surtout gratuit. Cela débouche sur la poésie qui est un peu la propriété des enfants. Et puis le dessin de ce qui existe m'intéresse moyennement, je préfère et de loin, comme de près, dessiner un rateau à voile plus qu'un bateau à voiles. La page blanche est vierge, c'est une mer inconnue sur laquelle je lance mon bateau crayon. Il me mène chaque fois vers une terre inconnue que je découvre pour la faire partager. L'incendie que cela provoque dans le regard des enfants est le meilleur des feux auprès duquel je me sens bien.


L.H.S.F : Vous avez souvent abordé, aussi, des sujets plus graves : la mort, les affres du passé, les droits de l'homme... Comment aborde t'on ces sujets avec le jeune public?
Pef : Il m'arrive bien sûr de retirer mon nez rouge, de parler de ma vie d'homme qui n'est pas toujours passé entre les gouttes. Cela n'est pas venu tout de suite. Il m'a fallu de longues années avant d'oser parler. J'ai attendu que mon public m'ait donné la main pour avancer dans la complicité citoyenne.

L.H.S.F : Gallimard Jeunesse nous a offert la re-sortie de l'EncycIoPEFdie (1997) il y a quelques semaines, vous en pensez quoi ?
Pef : Cette encyclo est un de mes livres les plus chers. J'y ai mis toutes les facettes de mon imaginaire. Gallimard en avait un peu raté la sortie et a décidé de relancer l'ouvrage, renouvelé et complété. C'est une bonne chose et je suis très heureux de cette renaissance.

L.H.S.F : Question « 4éme dimension » : Imaginez un monde où personne ne vous connaît, vous débutez dans le métier aujourd'hui, qu'est-ce qui peux nous inciter à vous suivre dans votre univers ?
Pef : Si c'était à refaire, je referais ce chemin. Je démarrerais plus jeune, mais je ne suis pas sûr que ce serait mieux. Ma formation a duré très longtemps, dans des domaines très divers. Ce capital est mon berceau. Il est vrai aussi que ce serait mieux encadré qu' il y a trente ans , quand la littérature de jeunesse n'était pas encore déployée comme de nos jours. Mais le petit pierrot serait le même et j'inviterais mes lecteurs à lui faire confiance.




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