'J'ai multiplié les références aux 7 pêchés capitaux et aux 10 plaies d'Egyptes'

Clément Solym - 01.03.2011

Interview - yann - suty - champs


Comment vous est venue l'idée de cet ouvrage ?
C'est un livre qui est parti de son titre, en hommage à London Fields de Martin Amis, roman que j'aime beaucoup et dont j'ai voulu faire une version parisienne. Il y a ainsi plusieurs personnages liés les uns aux autres dans un comportement un peu apocalyptique, complètement détraqué, avec de la neige en été et une tornade sur Paris.

On sent les personnages comme figés dans une routine dont ils sont pourtant malheureux, comme un huis clos intérieur qui les dépasse ?

Ils sont un peu empêtrés dans leur quotidien et il leur reste difficile d'en sortir malgré leurs rêves. Il y a un confort à être dans une situation que l'on connaît. Je suis parti de l'idée d'un couple qui allait mal, puis j'ai laissé les choses apparaître au fur et à mesure de l'histoire. Il y a également des références aux 7 pêchés capitaux, avec Anna incarnant la paresse, Vanessa l'orgueil, Freddy la luxure. Le côté météo temps détraqué renvoie aux 10 plaies d'Egypte.

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Où puisez-vous votre inspiration ?
Un peu partout. Certaines scènes me viennent de ma vie quotidienne ou de mon entourage. Je les ais vécues ou on me les a racontées et j'extrapole à partir d'elles. L'inspiration littéraire peut aussi me venir du cinéma ou de séries. Ainsi pour la pratique du body building, pour le personnage de Vanessa, j'avais ce préjugé que les femmes qui pratiquent ce sport essayent de devenir homme. Mais il n'en est rien. Ce sont souvent des mères de famille qui veulent devenir ultra féminines par la musculation. Cette passion du personnage vient également, de façon indirecte, de Technosmose de Mathieu Terence, où une femme fait du culturisme pour se déguiser en homme afin de s'échapper d'une prison.

On dit l'auteur conducteur de ses personnages. L'inverse est-il vrai pour vous ?
Je connais certaines choses de l'histoire que je développe, mais pas tout. Il advient que certains aspects envisagés à l'origine se révèlent illogiques par rapport à un personnage. Du coup je me sens obligé de coller à lui. J'essaie de me mettre dans sa peau, en regardant comment la personne peut réagir, en regardant ce qu'elle est. Pour Vanessa par exemple, ce sont beaucoup de recherches et des rencontres avec des championnes de body bulding.

Comment est née votre vocation d'écrivain ?

Je savais vouloir faire ça depuis tout petit, mais je suis vraiment devenu écrivain en me faisant éditer. Pour Cube, mon premier roman, cela a été très vite, du jour au lendemain. Mais c'est un métier comme un autre où l'on doit apprendre à croquer des personnages, à se plonger dans un univers. L'avantage est qu'il s'agit d'une profession pour les vieux, qui peut durer longtemps, et je n'en suis qu'au début. A l'origine, J'ai dû envoyer 3 manuscrits avant d'être accepté chez Stock. Le premier envoi date de 2001 et le dernier, accepté, de 2008. Pour Cube, j'ai eu beaucoup de chance suite au coup de coeur de Jean-Marc Robert. J'avais envoyé mon manuscrit un mercredi, il m'a appelé le jeudi matin. Je n'ai même pas eu le temps de recevoir les 45 lettres de refus habituelles.

Avez-vous été confronté à un travail de réécriture avant l'édition ?
Pour mon premier roman, la politique de Jean-Marc Robert, chez Stock, a été de prendre le manuscrit tel quel. Il m'a juste demandé de reprendre certains dialogues en style indirect pour les rendre plus narratifs. Pour ce deuxième roman, il n'a s'agit que de courtes remarques de 30 secondes, comme couper un peu certains passages ou, parfois, me faire moins plaisir en coupant ce qui était trop référencé sans rien apporter à l'intrigue. La trame n'a pas du tout changé, pas plus que les chapitres.