“J'aimerais publier moins de livres, pour privilégier l'artisanat et le soin“

Antoine Oury - 17.12.2015

Interview - Guido Indij éditeur - Alliance éditeurs indépendants - argentine édition


L'Alliance des éditeurs indépendants fédère depuis 2002 plus de 400 maisons d'édition indépendantes, qui mutualisent leurs expériences ou coéditent des titres pour affirmer leur particularité au sein de l'industrie de l'édition. Pour organiser les actions à travers la quarantaine de pays représentés, l'association à but non lucratif s'est organisée en réseaux lingustiques : Guido Indij, éditeur depuis 1992 au sein de la maison La marca editoria, est coordinateur du réseau hispanophone de l'Alliance.

 

Guido Indij, Argentine (la marca editora) - Alliance Internationale des Éditeurs Indépendants

Guido Indij, Argentine (la marca editora) - Alliance Internationale des Éditeurs Indépendants

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Comment s'organisent les réseaux linguistiques au sein de l'Alliance?

 

Guido Indij : Dans l'Alliance, nous avons au moins deux niveaux d'expression à travers les réseaux linguistiques : le premier est collectif et politique, avec des actions de lobby, et le second est plus personnel, tourné vers les questions sociales ou la mise en place de projets entre maisons, comme des coéditions. Au-delà de ces réseaux, nous nous réunissons au sein du Comité international des éditeurs indépendants (CIEI), qui permet d'ajuster la communication et les projets de l'Alliance. Au sein du réseau hispanophone, un des plus grands, des plus actifs et parmi les protagonistes dans la fondation de l'Alliance, nous portons haut le drapeau de la bibliodiversité.

 

Le marché hispanophone est l'un des plus importants au monde : comment les éditeurs indépendants peuvent-ils s'emparer de cette opportunité?

 

Guido Indij : Nous sommes un peu plus de 400 millions d'hispanophones dans le monde, mais nous sommes répartis sur de vastes territoires, avec beaucoup de frontières. Nous avons besoin que notre production culturelle voyage largement, mais il s'agit d'un discours particulièrement mis en avant par l'industrie de l'édition, notamment en Espagne.

 

Pour vous donner une idée de la situation commerciale en ce moment, nous importons 50 livres d'Espagne, contre quelques titres qui partent de l'Amérique latine vers l'Espagne. Avec notre réseau, l'idée est donc de renforcer la circulation transversale entre les pays hispanophones : en Argentine, nous connaissons ainsi peu d'écrivains équatoriens, ou péruviens. L'objectif est donc d'améliorer la circulation entre le Mexique, l'Amérique centrale, l'Amérique du Sud, l'Espagne et sa périphérie...

 

Quelle est la situation actuelle de l'édition en Argentine, son organisation, sa dynamique?

 

Guido Indij : En Argentine, nous avons deux Chambres du livre : la première rassemble les grands éditeurs, présents à l'international, et l'autre, la Chambre argentine du livre, réunit 500 petits et moyens éditeurs. Avec 30 maisons d'édition indépendantes, nous avons aussi créé l'Alliance des éditeurs indépendants d’Argentine pour la Bibliodiversité (EDINAR), parce que nous estimons que notre activité n’est pas convenablement protégée et représentée par les institutions en place. Cela nous permet également de partager des expériences avec de nouveaux éditeurs, qui sont 20, 30 ou 40 par an.

 

La concurrence semble donc assurée...

 

Guido Indij : Je n'ai jamais considéré les nouveaux éditeurs comme de la concurrence, parce que je pense que l'édition de livres est l'industrie culturelle pour laquelle les barrières d'entrée sont les moins importantes : il est plus facile de faire une maison d'édition qu'une boîte de production de films. Mais pérenniser une maison d'édition au-delà des 5 ou 6 années d'existence est plus difficile : je pense qu'une discussion sur la concurrence doit démarrer. En Argentine, l'édition est très concentrée : il y a 3 groupes éditoriaux [Bertelsmann-Random House-Mondadori, Planeta et Santillana, NdR] qui possèdent au moins 40 ou 45 % du marché. Nous sommes 600 ou 700 éditeurs à occuper les autres 50 %. Il s'agit d'un équilibre précaire, certes, mais qui n'a pas tellement évolué en 10 ans. À l'inverse, l'uniformisation de l'information, elle, a progressé.

 

De quels outils disposez-vous pour lutter contre cette uniformisation?

 

Guido Indij : La déclaration pour la bibliodiversité de l'Alliance des éditeurs indépendants, à Cape Town, ainsi que les 80 propositions pour soutenir la bibliodiversité sont des documents très importants pour que les pouvoirs publics de certains pays prennent conscience de l'importance d'un soutien à l'édition indépendante. Si j'évoque ma propre expérience, ma maison a été créée en 1990, et je publie des essais, des livres de photographie et de la littérature. Avec mon épouse, nous possédons diverses maisons d'édition, qui publient au total une trentaine de livres par an. Je sais que le nombre d'ouvrages publiés par an est important dans l'industrie, mais croyez bien que j'aimerais faire moins de livres par an, en réalité, et privilégier l'artisanat et le soin apportés à la fabrication de ces ouvrages.