Julie Heger : “Interroger nos habitudes sociales, nos codes moraux”

Nicolas Gary - 18.10.2018

Interview - Julie Heger auteure - écriture promotion Suisse - Fondation pour l'écrit


« Les ruptures me préoccupent. Ce que l’on s’inflige, je trouve cela extrêmement violent. Le concept m’échappe. Ça, cette virulence, je veux l’écrire. » À vingt ans, Julie Heger figure parmi les auteurs du projet De l’écriture à la promotion. Cadette de cette année, elle se présente, avec une certaine assurance, déjà, dans son projet littéraire. Rencontre.


Julie Heger
Julie Heger - CC BY SA 2.0
 
 

ActuaLitté : Que représente l’écriture pour vous, à ce jour ?

 

Julie Heger : J’ai commencé à écrire sérieusement il y a quatre ans. Ce n’est pas beaucoup, il faut l’admettre. Pourtant, j’ai tout de suite senti que l’écriture me permettait d’exprimer un monde que je ne pouvais réaliser autrement. Au début, ce sont les mots qui m’enchantaient, la mélodie des phrases, cette couleur particulière qui glissait sur mes textes. J’ai ensuite intégré l’Université en Lettres, afin d’étudier la littérature.

Cela a complètement modifié mon rapport à l’écriture. Je me suis aperçue que raconter une histoire pour le simple plaisir de raconter une histoire ne m’intéressait pas. Les livres de divertissement sont agréables, mais je ne veux pas les écrire. Non, ce qui m’intéresse vraiment ce sont les livres qui, une fois terminés, on ne peut se dire « Tiens, j’ai passé un chouette moment », on ne peut réellement se dire quoi que ce soit tant on se trouve assailli de questions sur nous-mêmes, notre culture, notre morale, notre société.

En d’autres termes, je veux, par mes textes, interroger nos habitudes sociales, nos codes moraux. De plus, et dans un second temps, je souhaite étudier la place du narrateur, les logiques narratives classiques et les bouleverser. 

 

Je crois que, pour répondre à cette question bien plus simplement : l’écriture m’inspire et me donne envie de jouer avec elle et avec mes lecteurs.

 

Quels auteur-e-s vous ont construit, comme sources d’inspiration ou de rejet ?

 

Julie Heger : Me viennent à l’esprit trois auteurs qui m’ont véritablement marquée en tant qu’écrivain. Le premier est Juan Mayorga, un dramaturge espagnol et avant tout un professeur en philosophie. Ses pièces, qui reprennent le principe de la fable, amènent les spectateurs à se questionner sur la morale. De lui, j’en tire la volonté d’intégrer des sujets philosophiques à mes récits.

 

Le deuxième auteur que j’admire, cette fois pour son jeu de narration, est Victor Hugo. Dans Les Misérables, Victor Hugo crée un narrateur interventionniste qui a conscience d’être le narrateur d’un récit et qui en joue. Je trouve que ce jeu de manipulation entre le narrateur et le lecteur ouvre des possibilités infinies que j’avoue avoir envie d’explorer.

 

Finalement, il me semble nécessaire d’évoquer le roman Rose Bonbon de Nicolas Jones-Gorlin. Ce livre a fait scandale à sa sortie et a failli être censuré. En effet, il raconte l’histoire d’un pédophile et contient des scènes de pornographies infantiles. Pourtant, ce récit est pour moi considérable. Dans celui-ci, Nicolas Jones-Gorlin interroge les codes de la littérature classique ; peut-on éprouver de l’empathie pour un antihéros ? Est-il nécessaire de s’identifier au personnage principal pour apprécier l’histoire ?

Ces questions sont encore peu traitées en littérature. Cela va de soi : qui veut raconter l’histoire d’un antihéros ? Vous l’avez compris : je le veux. Ces sujets, en plus de jouer avec les codes de la littérature classique, tendent à montrer quelque chose de nous et de notre société.

 

Qu’attendez-vous de ce programme d’accompagnement et de soutien qu’offre la Fondation pour l’Écrit ?


Julie Heger : Je crois qu’à notre époque, la promotion d’un livre ne se fait plus complètement à travers les maisons d’édition. J’ai le sentiment que l’on tend vers une époque dans laquelle il faut se promouvoir soi-même. Ainsi, j’ai envie de prendre les rênes de ma promotion et de faire tout ce qu’il est en mon pouvoir pour faire parler de mes écrits.

Le monde littéraire est un jeu de hasard et je sais bien qu’aucune technique assurée n’existe. Malgré cela, je crois sincèrement que partager avec d’autres auteurs et connaître la chaîne du livre me permettra d’utiliser au mieux mes possibilités.


 

Retrouver l'ensemble de notre dossier De l'écriture à la promotion, les auteurs se professionnalisent   


Commentaires

Enfin, voilà une gamine de 20 ans qui dit les choses, qui apporte un bol d'oxygène : comme dirait Céline, les histoires c'est bon pour les journaux, j'en ai plein mes tiroirs, ce qui compte c'est de foutre sa peau sur la table. Merci Julie Heger.

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