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Kunio Katô : J'ai couru le 100 mètres, alors je peux faire le marathon

Clément Solym - 27.03.2012

Interview - Kunio Katô - La maison en petits cubes - création


Les éditions Nobi-nobi, « c'est un peu comme une aventure familiale », nous explique Sarah Marcadé. « Pierre-Alain Dufour et Olivier Pacciani, deux graphistes et amis, ont décidé de monter cette maison d'édition par passion pour le Japon. Pour constituer le catalogue jeunesse de la maison d'édition, ils se sont tournés vers la tradition des contes japonais, traduits par des auteurs français ou francophones et illustrés par des auteurs asiatiques : japonais, mais aussi taïwanais, ou encore chinois. »

 

Et dernièrement, c'est le livre de Kunio Katô, La maison en petits cubes, qui vient d'être publié. L'occasion de découvrir l'auteur. Petit entretien.


Quel a été le processus pour adapter votre court-métrage oscarisé La Maison en petits cubes en album illustré ? Était-ce votre intention dès le début du projet ?

 

C'est vrai que normalement, on fait le contraire : on adapte un livre en film d'animation. En fait, je n'avais pas du tout de projet d'adaptation. Un producteur a vu le court-métrage et a suggéré d'en faire un livre jeunesse. Au début, j'ai été plutôt réticent à me replonger dans l'histoire, avec le même décor et le même personnage… C'était plutôt difficile, après avoir déjà travaillé un an sur le court-métrage. Puis j'ai finalement été attiré par le fait de transmettre le même message, en utilisant un autre mode d'expression.

 

Comment s'est passée la collaboration avec Kenya Hirata, l'auteur, pour changer de mode d'expression, justement ?

 

Nous avions fait l'animation, donc nous étions rodés pour travailler en équipe. En fait, les textes ont été écrits très rapidement : Kenya Hirata est un très bon papa, il fait la lecture à son enfant chaque soir. Et il voulait absolument lui raconter un conte signé de sa propre plume, alors tout s'est très vite enchaîné.

 

En tant qu'auteur, votre situation a-t-elle changé depuis l'Oscar du meilleur court-métrage d'animation pour La Maison en petits cubes ?

 

Recevoir l'Oscar m'a fait voyager aux États-Unis, et m'a permis de découvrir un monde totalement différent de mon quotidien, ce fut une très bonne expérience. Sinon, l'Oscar n'a finalement pas changé grand-chose pour moi, mais ça a été un très bon moyen d'élargir le public sur mes autres activités.

 

 

 

Aujourd'hui, vous seriez intéressé par un long-métrage ?

 

Je n'y ai pas vraiment réfléchi, si je tombe sur un bon sujet, je le ferai. C'est un peu comme si je me disais : « J'ai couru le 100 mètres, alors je peux faire le marathon ». Je ne suis pas encore prêt pour le marathon. Et puis il y a encore tellement de choses à expérimenter pour moi dans le court-métrage… 

 

Hier, au Salon du Livre, Kenzaburo Oe et Satoshi Kamata ont parlé de l'écriture après la catastrophe. Est-ce que vous classez vous-même La Maison en petits cubes dans cette catégorie ?

 

L'histoire de La Maison en petits cubes a été créée bien avant le tsunami. Finalement, la fiction rejoint la réalité, et il y a quelques thèmes en commun. Je n'ai pas volontairement dessiné un vieux monsieur qui continue d'habiter dans une maison qui devient de plus en plus petite, et où l'élément naturel joue un rôle important. Ce genre d'évènement se produit, ce n'est pas le destin, ça arrive comme ça. Cette fiction rejoint la réalité, ce qui ne devrait pas être le cas. Cela m'interpelle sur la création des œuvres à partir de la réalité, ça m'a beaucoup perturbé vis-à-vis de La Maison en petits cubes. On m'a beaucoup posé la question et, en tant que créateur, je me sens un peu responsable de participer à cette littérature de la catastrophe.

 

Comment percevez-vous cet élément naturel ?

 

Il y a bien d'autres moyens pour arrêter l'eau qui monte chaque année, en construisant une digue par exemple. On voit dans l'album que l'endroit était autrefois plein de vie, et puis les gens sont partis petit à petit et le vieux monsieur a choisi d'y rester seul. C'est son choix de héros, sa réponse à cette catastrophe devant laquelle il est impuissant. Je voulais vraiment montrer l'acceptation, mais en même temps la résignation, face à la situation. On peut vivre ainsi, c'est ce que je voulais exprimer. Par rapport au Japon, c'est un peu ce qui se passe.

 

Vous avez pensé à un public plus jeune pour l'album illustré que pour le court-métrage ?

 

Bien sûr, déjà parce que ce format leur est plus accessible. Le but, ce n'est pas qu'ils comprennent la vie passée du vieil homme, plutôt de leur faire expérimenter juste un instant le fait d'être vieux, ils n'ont pas besoin de vraiment comprendre.

 

Avez-vous apprécié la contrainte propre à l'image dessinée ? Seriez-vous intéressé par un livre numérique pour une nouvelle adaptation ?

 

Je n'y avais pas du tout pensé, à l'époque de l'adaptation en album. L'année dernière, j'ai reçu une proposition d'adaptation du livre sur un format numérique. Nous avons directement transposé les illustrations de l'ouvrage, et cela a donné un résultat mitigé, tout simplement parce que les illustrations n'étaient pas faites pour ça. Si je dois à nouveau travailler sur un format numérique, il faut que je l'aborde en amont. Je n'exclus pas l'idée, pour La Maison en petits cubes, mais pas pour le moment.

 

Pouvez-vous nous parler de votre prochain album illustré, Épilogue ?

 

Jusqu'à présent, je travaillais tout le temps dans le domaine du conte, sans prendre vraiment en compte mes propres sentiments. Pour Épilogue, j'ai décidé de travailler à partir de moi-même. Il s'agit toujours de fiction, mais elle est beaucoup plus basée sur ma vie en tant qu'individu. Les textes sont plus longs, à destination des adultes, et l'histoire s'écarte souvent de son fil directeur.

 

Aya Fukuzumi : traduction



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