L'Afrique du Sud selon Michiel Heyns

Clément Solym - 12.07.2010

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Michiel Heyns est romancier, enseignant et traducteur d'Afrique du Sud. Il publiera le 19 août prochain Jours d'enfance chez Philippe Rey. Entretien.


L’Afrique du Sud porte en elle une double identité, c’est égalemennt votre cas.

Oui, comme tous les Blancs en Afrique du Sud. Ma grand-mère paternelle était anglaise et les autres membres de ma famille sont Afrikaners (néerlandophone). Et des origines françaises, parce qu’ici tout le monde a des ancêtres Huguenots.

Comment expliqueriez-vous la situation en Afrique du Sud à ceux qui ne la connaissent pas?
Michiel Heyns, © Bastien Morel pour ActuaLitté
Il y a un réel changement de nos jours. Les blancs sont pessimistes puisque c’est une période où ils perdent beaucoup de leurs privilèges. Pour moi et pour beaucoup d’autres Sud-Africains, nous assistons au temps de l’espoir. On espère que ces changements vont se faire pour le mieux. On a l’impression que l’intérieur du pays n’est que crimes et violences, mais je crois que ça peut changer.

Ce n’est pas étrange qu’il y ait une période transitoire. Ce changement est rapide et très court dans l’histoire du pays. Je suis du genre optimiste. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde là-bas.

Donc la nation arc-en-ciel existe toujours selon vous ?

C’est l’enjeu actuel. Celui d’une révolution, une lente révolution. Nous avons eu de la chance parce que le changement de régime s’est fait dans la non-violence. J’ai grandi avec cette idée d’une révolution car elle semblait inévitable. Au train où vont les choses, la redistribution entre blancs et noirs peut parfois être violente, mais c’est un faible prix à payer.

Quelle sorte de livre verriez-vous sur la vie privée du président Jacob Zuma ?
*rires* Ce devrait être une comédie, je pense. D’une certaine façon, je le respecte, mais d’une autre, il n’a pas beaucoup de dignité. Ce n’est pas si différent de Berlusconi, dans un contexte africain. Berlusconi a ses maîtresses, Zuma a ses femmes. On pourrait avoir un livre amusant sur le sujet.

Mais ce livre devrait être sérieux car il ya vraiment beaucoup de gens qui souffrent en Afrique du Sud. Le gouvernement n’a pas fait son boulot. Il y a bien trop de corruption. C’est désolant, il n’y a plus de personne avec une stature morale comme Mandela. Il y a de l’espoir mais aussi du cynisme.

Pourriez-vous écrire un livre sur les Blancs, vus à travers les yeux de Noirs ?

C’est une bonne question. Certaines personnes disent « tu ne peux pas te mettre à la place de ces personnes ». Certains Sud-Africains l’ont fait et ils ont été critiqués pour cela. Des gens disent « on ne peut pas comprendre ». Moi je ne sais pas, je ne peux pas me mettre à la place de quelqu’un car il y a encore beaucoup de différences sur la façon de vivre encore aujourd’hui. Je ne suis pas en train de dire que vous ne pouvez pas, je respecte ceux qui essayent, mais je trouve ça difficile. Les gens qui le font généralisent très largement en ayant vécu dans un environnement très différent.

Quel bilan tirez-vous de la Coupe du monde ?
C’est une chose positive, beaucoup de Blancs pensaient que ça ne se passerait pas bien, parce qu’ils se disaient que les Noirs ne pouvaient rien organiser et d’autres stéréotypes du genre. Et ça été plutôt un succès. Ça a fait énormément pour l’unité du pays. Tout le monde était derrière Bafana Bafana, l’équipe nationale. Alors que c’est un sport de Noirs là-bas.

Donc c’est une euphorie nationale très encourageante. On a assisté à la même chose que pour la coupe du monde de rugby en 1995. Excepté que le résultat est peut-être meilleur parce que ça inclut plus de monde. Le rugby est un sport de blancs, alors il y avait un sentiment de soutien mais limité. Aujourd’hui, le sentiment est plus large, et donc j’espère que ça aura un impact qui durera sur le long terme, parce que nous en avons besoin.