medias

“L’appellation littérature "de l’imaginaire" me semble problématique”

Nicolas Gary - 27.08.2018

Interview - prix science fiction - Suisse romande littérature - anthologie science fiction


ENTRETIEN – C’est une première, dans le paysage éditorial suisse romand, qu’incarne cette anthologie. Découlant d’un appel à texte avec pour thématique « Et si... », elle découle d’un Prix de l’ailleurs, première récompense de science-fiction 100% romande, remise ce 26 août. Mettre la science-fiction à l’honneur, et interroger notre quotidien : « Et si l’humanité devenait numérique ? ». 



Image : Coll. Maison d’Ailleurs

 

Colin Pahlisch, Assistant diplômé en Section de français de l’Université de Lausanne et coordinateur du Prix de l’Ailleurs, répond à nos questions.

 

ActuaLitté : Comment s’est organisée la création de ce prix ; et d’où vient cette idée ?

 

Colin Pahlisch : L’idée du Prix de l’Ailleurs est née d’un constat : la science-fiction est un registre poétique à part entière, qui irrigue toutes les formes de créations artistiques, de la littérature au cinéma, en passant par le théâtre et la bande dessinée. Pourquoi, dès lors, ne pas créer un prix littéraire qui encourage de jeunes auteur.e.s à prendre la plume et à s’approprier cet imaginaire foisonnant et complexe, qui nous émerveille autant qu’il nous fait réfléchir ? 

 

Nous avons ainsi créé l’Association romande de science-fiction, qui a pour but d’encourager la culture de la science-fiction et d’organiser le prix chaque année.

Nous avons ensuite établi divers partenariats et parrainages institutionnels et artistiques, avec entre autres, la Maison d’Ailleurs d’Yverdon-les-Bains, la Section de français de l’Université de Lausanne, ou les éditions Hélice Hélas. 

 

Nous avons ensuite recruté un jury, composé d’écrivain.e.s, de chercheurs, de journalistes spécialisés. Nous avons lancé l’appel au mois de décembre, et, pour notre plus grand plaisir, nous avons reçu plus d’une centaine de propositions ! Ce qui montre qu’une vraie pépinière de talents "SF" existe, en Suisse romande et au-delà ! 

 

Une dizaine de textes ont été sélectionnés, qui constituent aujourd’hui le premier volume, assorti de contributions critiques et d’une préface de Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs et chercheur à l’Unil. 

 

Quelle place occupe les littératures de l’imaginaire en Suisse ?

 

Colin Pahlisch : À mon sens, l’appellation littérature "de l’imaginaire" me semble problématique : toute littérature ne fait-elle pas appel à l’imaginaire ? Par contre, on remarque que la Suisse romande regorge d’écrivains et d’artistes qui puisent leur inspiration dans le registre de la science-fiction, des dessinateurs comme Krum, aux auteurs tels François Rouiller, Bernard Fischli, Alain Freudiger... 
 

Célébrer la science-fiction en Suisse romande

 

Les éditions Hélice Hélas, au travers de leur collection Cavorite et Calabi-Yau contribuent à la considération de tels auteur.e.s. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la science-fiction bénéficie en Suisse romande d’une reconnaissance grandissante, tant au niveau de la recherche spécialisée en littérature qu’auprès d'un large public.

 

Pourquoi ce besoin de mettre spécifiquement la science-fiction en valeur ?

 

Colin Pahlisch : Le genre de la science-fiction appartient à une longue tradition littéraire et intellectuelle. Depuis l’Utopie de Thomas More (1516), l’une de ses sources textuelles fondamentales, le genre a toujours comporté une dimension critique à l’égard de la société.

Les mondes futuristes, le post-apocalypse ou les voyages interplanétaires stimulent notre capacité à interroger le monde dans lequel nous vivons, nous poussent à utiliser la fiction pour étendre notre connaissance du monde, en envisager d’autres facettes, nous positionner par rapport à celui-ci. 

 

À l’ère des technologies numériques, de l’Anthropocène et de la virtualisation des rapports sociaux, le recours à la science-fiction comme espace de réflexion anthropologique me semble essentiel. 

 

Quel accueil avez-vous reçu, avec la création de ce prix, tant du côté du public qui y a pris part, que des professionnels libraires et bibliothécaires ?

 

Colin Pahlisch : Un accueil très enthousiaste : comme je l’ai dit, le nombre de textes reçu a dépassé nos attentes ! Le volume, comme le prix, doivent à présent tracer leur propre chemin, auprès du public comme des milieux du livre, et nous sommes confiants. 

 

Nous allons très probablement proposer d’ici début 2019 des ateliers d’écriture de science-fiction en compagnie d’auteur.e.s confirmés, dans les bibliothèques romandes, à la demande des bibliothécaires justement. Le thème de l’année prochaine est par ailleurs déjà fixé. Il s’agit de Swiss/Wars
 

“La France a un problème avec l'imaginaire”
(Stéphane Marsan, Bragelonne)

 

Nous invitons les auteur.e.s en herbe à s’interroger sur la métaphore de la guerre sous toutes ses formes (écologique, domestique, militaire...) en rapport avec la Suisse, pays traditionnellement neutre ! Un sujet polémique qui promet un très bon deuxième crû. À vos plumes ! 

 

Avec la thématique choisie, et les textes retenus, comme ceux envoyés, que conclure de l’actuelle écriture de SF en Suisse romande ?

 

Colin Pahlisch : Qu’elle se porte bien et ne demande qu’à s’épanouir, explorer de nouveaux territoires poétiques et formels. L’un des buts de notre association consiste à sensibiliser le public aux vertus et au plaisir que représentent l’écriture et la lecture d’œuvres de science-fiction. 

 

Le succès de cette première édition du Prix de l’Ailleurs montre que ce plaisir ne demande qu’à être communiqué ! 

On pourra également revenir sur la cérémonie, à cette adresse




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.