L'édition au Cameroun : “On devient lecteur tôt ou on ne le devient jamais”

Nicolas Gary - 10.04.2017

Interview - editions Proximité Cameroun - François Nkémé Proximité - livre lecture Cameroun


ENTRETIEN – Sa maison d’édition, Proximité, a été créée en 2002 à Yaoundé au Cameroun. Elle a un statut d’association qui renforce la démarche militante en offrant aux jeunes plumes locales la possibilité de se faire connaître ici et ailleurs d’une part. Et d’autre part, tente d’apporter à la population locale des ouvrages édités ailleurs pour combler un vide souvent dû au coût élevé de ces ouvrages.
 

 

 

On le sent donc, une double mission qui se résume à rendre le livre d’ici ou d’ailleurs disponible à Proximité. François Nkémé nous raconte son métier d'éditeur, au Cameroun.

 

ActuaLitté : Quelle est la ligne éditoriale de Proximité ?


François Nkémé : Il faut le dire, surtout en ce qui est de la publication des auteurs locaux, une ségrégation, qui ne disait pas son nom, existait. La possibilité de se faire publier était réservée à une certaine élite administrative et intellectuelle, qui voyait mal, comme un crime de lèse-majesté, la volonté que nous avions d’offrir la visibilité à des jeunes voix n’appartenant point à la haute sphère.

N’était-ce pas là désacraliser le livre ? Nous pouvons affirmer que nous fûmes parmi les premiers à mener ce combat, pour que le défi de la parution se joue sur la qualité de l’écriture et non pas sur le statut social de l’écrivain.

 

Nous avons mené ce combat pendant six ans, publiant chaque année six ou sept romans, le genre majeur de notre catalogue. En 2007, nous avons créé, avec deux autres petites maisons, Ifrikiya. Nous sommes restés 9 ans dans cette association d’éditeurs, publiant au total plus de 140 livres, à raison de 12 à 15 chaque année. Depuis 2015, nous avons repris notre autonomie. Et Proximité est redevenue une maison autonome, membre de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants.

 

Comment vous inscrivez-vous dans le marché national ?
 

François Nkémé : Notre expérience nous a permis de constater que notre démarche militante ne serait pas efficiente si elle se résumait à la publication de romancier uniquement. Il était devenu urgent de toucher des publics un peu plus jeunes. C’est à ce niveau que la diversification de notre activité à travers des ouvrages pour enfants s’est rendue nécessaire. On devient lecteur tôt ou on ne le devient jamais. Nous travaillons depuis un certain temps à présenter des collections dans ce sens, sans, bien sûr, oublier notre passion de toujours, le roman.

 

Quelles sont les spécificités de l’industrie du livre sur votre territoire ?
 

François Nkémé : Si les auteurs existent, et que des imprimeries de bonne facture sont localisées sur le territoire avec un coût du papier souvent élevé, le marché du livre est essentiellement scolaire. Le livre scolaire occupe environ 90 % du marché local, et la rentrée scolaire est le point focal des activités. Mais depuis une année ou deux, des efforts sont faits pour des autres catégories de livre avec un salon du livre qui se tient tous les deux ans, sans périodicité fixe malheureusement. Très peu de véritables librairies sur l’étendue du territoire. Une politique globale du livre à repenser qui gagnerait à baisser le prix de livre, souvent victime de la cherté des intrants.

 

Quelles approches avez-vous développé concernant le format numérique ?
 

François Nkémé : Nous essayons de travailler avec des opérateurs de téléphonie mobile pour la vente des livres en ligne. Le système PayPal ne fonctionne pas encore chez nous. Nous espérons que les accords pour la mise en place des applications de vente du livre numérique seront vite mis sur pied. Soit par nos propres efforts, soit avec l’aide de l’Alliance qui a formé ses éditeurs à la fabrication des livres numériques.

 

Comment abordez-vous le marketing pour sensibiliser les lecteurs à vos ouvrages ?
 

François Nkémé : Par le site qui existe (www.editionsproximite.cm) et aussi par les réseaux sociaux. Plusieurs ateliers organisés par l’Alliance ont servi à cet effet.



 

Que représente la contrefaçon – numérique – pour vous à ce jour ?
 

François Nkémé : Beaucoup de peur, car l’on sait bien que l’un des problèmes de cette commercialisation avec les opérateurs de téléphonie, c’est la sécurité du fichier d’un côté, et aussi la sécurité même de la transaction financière.

 

Quelles sont les manifestations primordiales pour votre activité – nationales ou internationales ? Que vous apportent-elles ?
 

François Nkémé : La participation à de nombreux salons locaux ou à l’étranger qui nous apporte une grande visibilité. Nous pouvons citer, Paris, Genève, Alger, Abidjan, pour les plus réguliers. Francfort, Québec, Lagos, pour les moins réguliers.

 

Comment travaillez-vous avec les pays francophones ? Quels sont vos partenaires privilégiés ?
 

François Nkémé : Nous sommes membres de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants. Nous participons ainsi à la collection « Terres solidaires » initiée et coordonnée par l’Alliance, et soutenue par l’Organisation internationale de la Francophonie. Le principe est d’acquérir des droits de certains ouvrages publiés par des auteurs connus dans des maisons d’édition du Nord. Ces ouvrages sont coédités par plusieurs membres du réseau et vendus en Afrique à un prix de 3 ou 4 euros. Nous avons participé à 7 ouvrages dans cette collection.

 

Le Bureau International de l’Édition Française (BIEF), un autre de nos partenaires privilégiés nous a permis de suivre plusieurs séminaires sur les métiers du livre. En dehors de ce cadre, nous avons fait plusieurs coéditions avec des éditeurs francophones du continent africain.

 

réalisé en partenariat avec

l’Alliance internationale des éditeurs indépendants