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“L’enjeu principal de celui qui écrit est de ne pas tricher”

Nicolas Gary - 11.10.2018

Interview - Alexandra Cinter auteure - auteurs programme professionnel - édition chaine livre


« Le chant et l’écriture sont pour moi le moyen d’explorer et de dire ce qu’il y a derrière le monde, dans le secret des pensées, du corps et des émotions. » Partie à la recherche de l’inexprimable, Alexandra Cinter compte parmi les 10 auteurs du programme De l’écriture à la promotion, mené en partenariat avec ActuaLitté. Entretien.

 

Alexandra Cinter
Alexandra Cinter
 

 

ActuaLitté : Que représente l’écriture pour vous, à ce jour ? 

 

Alexandra Cinter : L’écriture m’intéresse en priorité en tant qu’accès privilégié à nos intimités, à nos pensées et à nos sentiments qui sont souvent bien plus complexes et subtils qu’il n’y paraît dans les interactions. Pour moi, l’enjeu principal de celui qui écrit est de ne pas tricher, de ne pas censurer ce qui l’habite, ce qui à mon sens a vite fait d’arriver.

La langue, par exemple, avec ses formules toutes faites et ses élégances, est truffée de pièges qui nous détournent de ce qu’on aurait à dire de plus précieux. S’il est à peu près sincère, celui qui écrit a le privilège de mettre à nu un bout de soi et d’offrir aux autres un petit morceau d’humanité. En ce sens, il a entre ses mains le pouvoir de faire avancer les idées et le sens commun vers une vision plus nuancée, plus aimante et plus libre de soi et des autres. 

 

Quels auteurs vous ont construit, qu’ils soient source d’inspiration ou de rejet ?

 

Alexandra Cinter : Je ne sais pas si des écrivains m’ont inspirée ou m’ont donné envie d’écrire. J’ai peu conscience de ce que je dois aux auteurs que j’ai lus en matière de style, mais je peux dire que j’ai aimé lire Flaubert, Camus, Queneau et Pérec, certains romantiques comme Villiers de L’Isle-Adam, Musset ou Théophile Gauthier.

Et que j’ai fini par haïr Zola, dont le projet romanesque a toute mon admiration, mais dont l’issue littéraire m’agace. Il est pour moi l’emblème d’une écriture dogmatique et pleine de son importance, qui s’arroge le droit de dire aux gens ce qu’il faut penser. Je vois ces œuvres comme des prisons où l’on vous juge, vous condamne, et vous prépare à rentrer dans le rang. 
 

Le type de narration adoptée dans mon roman ambitionne de ne pas souscrire à ce moralisme outrancier. La tentation est parfois grande d’expliquer la vie, plutôt que de simplement donner à voir des situations et de les laisser parler. Cela dit je suis un peu de mauvaise foi, car il est sans doute impossible et peu intéressant de se départir d’un point de vue. Disons que je préfère donner le mien discrètement, à la faveur d’une parole elliptique qui affectionne le mélange des voix. 
 

Sinon, de manière générale, ce sont plutôt des essais sociologiques sur des thématiques contemporaines qui me donnent envie d’écrire, comme La Société du spectacle, La culture du narcissisme, les Mythologies de Roland Barthes.

Et c’est peut-être du côté du cinéma que je situe le plus clairement les influences de mon premier roman : je suis très sensible aux films de François Ozon, d’Eric Rohmer, d’Alain Resnais, de Roman Polansky et de Michael Hanecke. Je me reconnais complètement dans leur goût de l’absurde, de l’étrange, leur amour pour un certain kitsch, et dans leur façon de mêler la plus grande légèreté et la plus grande gravité. 

 

Qu’attendez-vous de ce programme d’accompagnement et de soutien qu’offre la Fondation pour l’Écrit ?

 

Alexandra Cinter : Dans le cadre de ce programme, je souhaiterais bien sûr apprendre à mieux connaître les différents acteurs la chaîne du livre et les usages ayant cours dans ce milieu. Il me serait également bien utile de recevoir des conseils sur les différentes stratégies en matière de publication et de diffusion.

Ceci dans l’idée de pouvoir mieux choisir et d’éviter de procéder au hasard dans ces différentes démarches, ce qui était le cas jusqu’ici. 

Je me réjouis également de pouvoir échanger avec d’autres auteur-e-s et de partager nos expériences respectives, notamment en ce qui concerne le travail d’écriture. Pour le moment, je n’ai pas de vision du futur si ce n’est à court terme : je me concentre sur le développement de l’histoire que j’ai envie d’écrire actuellement. 



Retrouver l'ensemble de notre dossier De l'écriture à la promotion, les auteurs se professionnalisent  


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