“L’idée balkanique retrouve une actualité après les bouleversements des années 90”

La rédaction - 23.02.2016

Interview - salon Balkans - livres édition


Pascal Hamon est le fondateur du Salon du livre des Balkans. Ce dernier se tiendra, pour sa sixième édition, les 27 et 28 mai prochain a Paris, au pôle universitaire des langues et civilisations 65 rue des Grands Moulins, dans le XIIIe aux locaux de la Bulac et de l’Inalco. Au programme, des Carnets de voyage, des frontières, physiques ou littéraires, et un portrait de la ville Thessalonique. Entretien. 

 

 

 

Comment est née l’idée du Salon ?

Très simplement à partir notamment de ces deux constats. Primo l’idée balkanique retrouve sur place une certaine actualité après les bouleversements, les déchirements des années 90. Elle peut d’ailleurs être perçue sous un angle très positif, car on observe une réelle volonté des différents pays de cette zone, qu’ils soient ex-yougoslaves, ex-Europe de l’Est, membres actuels de l’UE ou pays candidats, de coopérer à nouveau entre eux et avec leurs voisins.

 

Secundo en France il existe un certain nombre d’initiatives dédiées à cette zone géographique, je pense bien sûr à divers portails d’information, d’actualité en ligne votre « café des Roumains » en est la preuve vivante. Dans le domaine de la culture, cinéma, théâtre, musique, des festivals pluridisciplinaires ont vu le jour ; des maisons d’édition, des librairies spécialisées se sont créées, mais il n’existait pas d’événement fédérateur consacré spécifiquement au livre, à la littérature dans les Balkans.

 

D’où l’idée du Salon que j’ai initiée et que nous nous attachons à faire vivre grâce à l’association Albania et un groupe d’amis depuis sept ans. 

 

Quelle est la vocation première du Salon ?

Présenter « les Balkans autrement ». Le salon a pour ambition de montrer au public quels peuvent être les éléments culturels communs des pays balkaniques dans des domaines tels que l’histoire, les langues, les religions et bien sûr les littératures et écritures dans toute leur diversité.

 

Ainsi le salon veut susciter l’envie de découvrir les Balkans au-delà des clichés et des stéréotypes.

 

Soyons utopistes ! quels objectifs aimeriez vous que le Salon remplisse pleinement ?

Le salon a souhaité depuis sa création explorer des thèmes inattendus, la cuisine, écrire au féminin, l’imaginaire. Le salon se veut défricheur, ne craignant pas de surprendre les lecteurs, les visiteurs, avec une programmation qui s’ouvre aussi sur des formes d’écriture moins classiques telles que la BD, le roman policier ou les carnets de voyage.

 

L’utopie serait que ces thèmes trouvent un écho auprès d’un très très large public… qu’ils soient repris et amplifiés dans les années à venir par d’autres salons en France ou dans les pays balkaniques tout en se souvenant d’où est parti le mouvement...

 

 

 

Vous êtes en contact avec des partenaires publics et aussi sans doute privés, des institutions culturelles, est-il facile de les mobiliser, de les inviter à vous accompagner dans la mise en œuvre du Salon ?

Même s’il y a peu d’institutions qui se montrent accueillantes pour de telles initiatives, le Centre National du Livre nous a soutenus dès notre première édition, l’Inalco et la Bulac où sont enseignées les langues balkaniques sont devenus depuis trois ans notre point d’ancrage pour présenter notre Salon.

 

Nous avons également de bons contacts avec la société d’auteurs la Sofia et les instituts culturels et tout particulièrement l’institut culturel roumain ainsi qu’avec les ambassades des pays balkaniques.

 

Nous avons des partenaires fidèles comme le « Courrier des Balkans », la maison de l’Europe et de l’Orient « MOE » avec lesquels nous partageons un peu la même histoire, c’est-à-dire cette volonté d’aller à l’encontre des stéréotypes, de faire connaître l’histoire et la culture de ces pays.

 

Nous avons aussi un réseau d’enseignants, de traducteurs, d’éditeurs qui nous accompagne. Je pense à Michel Volkovitch pour le grec, Timour Muhidine pour le turc, Bernard Lory notamment pour la Macédoine ou Mme Vrinat — Nikolov pour le bulgare et Jérôme Carassou des éditions Non-Lieu qui nous conseillent dans notre programmation.

 

Notre souhait est bien sûr de développer nos ressources propres et de trouver quelques sponsors !

 

Peut-on qualifier la littérature des pays des Balkans à travers des écritures spécifiques, des genres spécifiques, des thématiques spécifiques ?

Je crois que la littérature balkanique ne peut se limiter à un genre particulier et pour cette raison nous n’avons pas rencontré jusqu’à présent de difficultés pour développer notre programmation.

 

En revanche il est exact que l’histoire, dans ses aspects tragiques, mais parfois aussi traitée avec humour, est très présente. Gabriela Adamesteanu de Roumanie, Ivan Colovic de Serbie, Vélibor Colic et Ozren Kebo de Bosnie, mais aussi des invités de cette année tels que Hakan Günday de Turquie, Gazmend Kapllani d’Albanie ou Drago Jancar de Slovénie en témoignent.

 

Il est également exact que des écritures spécifiques telles que la poésie sont très vivantes dans les Balkans… un autre thème à explorer… à l’avenir...

 

propos recueillis par Yves Rousselet

© editions poisson d’exil