La Bit-lit chez Bragelonne : quand la llittérature a du mordant

Clément Solym - 16.03.2011

Interview - mordre - canines - fantasy


A l'occasion du bit-lit Tour qui se déroule du 16 au 19 mars entre Paris, Lausanne et Charleroi, ActuaLitté a rencontré deux auteures spécialistes du genre : Kelley Armstrong et Patricia Briggs... Entretien.

Bien que son étymologie soit anglophone (to bite = mordre), le terme bit-lit est apparu en France, Connaissiez-vous cette expression ?
Kelley Armstrong : En Amérique du Nord il y a beaucoup d’expressions différentes pour désigner ce type de littérature. On peut parler de thriller supernaturel, de suspens paranormal ou de fantasy urbaine. C’est ce dernier terme qui est le plus utilisé mais je trouve qu’il ne correspond pas vraiment à la définition du genre, se rattachant trop à l’urbanité alors que mes histoires se déroulent souvent à la campagne ou dans des petites villes au contraire.


Patricia Briggs : Pour ma part, je trouve cette expression géniale, c’est bien plus spécifique que « fantasy urbaine ». Je l’utilise beaucoup quand je travaille avec mon éditeur, mais assez peu en public, lors d’interviews par exemple, car le terme est encore inconnu en Amérique.

Pourquoi écrivez-vous de la bit-lit ?
K. A. : Je m’intéresse au paranormal depuis l’enfance, il m’a donc paru naturel d’insérer des éléments fantastiques dans mes histoires. J’aime aussi beaucoup les animaux, c’est pourquoi j’ai choisi d’écrire sur les loups-garous qui satisfont mon attrait pour le surnaturel autant que celui pour les animaux.
P. B. : J’ai toujours lu énormément de bit-lit, un jour on m’a proposé d’en écrire et je me suis dit tout simplement : Pourquoi pas ? ça peut être amusant !

Pensez-vous qu’il s’agit d’un phénomène de mode ?
K. A. : Je pense que la bit-lit fonctionne par cycles. Elle est devenue très populaire avec Anne Rice (rendue célèbre par son roman, Entretien avec un Vampire, sorti en 1976), puis il y a eu un vide pendant quelques années et ça revient à la mode en ce moment. Mais je pense que nous sommes arrivés à un pic de popularité et que celle-ci va bientôt chuter de nouveau.
P. B. : Ce qui fait la popularité de la bit-lit, c’est sa recette infaillible : Les monstres sont intéressants, les femmes sont intéressantes, le mélange des deux crée d’énormes opportunités en termes de fiction.

Y-a-t-il des codes spécifiques au genre, qu’il vous faut respecter ?
K. A. : Tous les genres ont des règles qui leurs sont propres. La bit-lit est née des légendes folkloriques. La règle consiste donc à bien connaître ce folklore et ne pas prétendre le connaître après avoir regardé une fois le film Dracula.
P. B. : Il faut le connaître oui, mais dans le but de le contourner. Toutes les règles sont faites pour êtres transgressées. Par exemple, dans mes romans, les vampires peuvent voir leurs reflets dans les miroirs, ce qui est contraire à la légende. Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’à l’époque les miroirs étaient faits d’argent, qui est un métal sacré comme vous le savez (c’est pour cela que l’on utilise des balles en argent pour tirer sur les loups-garous). C’était donc à cause de cette matière que les vampires n’avaient pas de reflets.
Aujourd’hui les miroirs sont en aluminium, il aurait été absurde qu’ils ne puissent refléter des vampires. C’est pourquoi je prends ce qui me plait dans le folklore et rejette le reste, on peut tout faire du moment qu’il y a une raison à cela. L’important étant que le lecteur ne pense pas que nous avons supprimé tel aspect de la légende parce que nous l’ignorions, sinon il ne nous ferait plus confiance.



K. A. : Oui, il faut à la foi respecter le folklore et l’adapter au monde moderne, sinon ce n’est plus crédible. Par exemple, on dit que seules des balles en argent peuvent tuer un loup-garou, mais croyez moi, dans le monde moderne, si un loup-garou traverse une route et se fait écraser par un bus, il ne s’en relève pas ! (rires)

Pourquoi avoir choisis des héroïnes elles-mêmes paranormales ?
K. A. : Parce que c’est une idée qui est populaire. Il me semble qu’Anne Rice a été la première a créé un héros qui soit lui-même un vampire et pas un humain combattant les vampires ou tentant de leur échapper. En lisant ses romans j’ai réalisé que l’on pouvait faire ça et à quel point ce choix narratif ouvrait de nouvelles possibilités.
P. B. : D’autre part, si les héroïnes sont dotées de pouvoirs paranormaux, elles sont aussi intégrées dans la société. Sans appartenir vraiment à aucun des deux groupes elles font le lien entre les deux.

Patricia Briggs, j’ai remarquée que Mercy Thompson, l’héroïne de la série éponyme, était très croyante, n’est-il pas surprenant de croire en dieu dans un monde rempli de créatures infernales ?
P. B. : Il y a deux raisons à cela : la première, c’est que la foi est la meilleure arme contre les vampires qui sont les ennemis des loups-garous, dont elle fait partie (bien qu’elle ne soit pas un loup-garou elle-même). La deuxième raison vient de son éducation : Mercy a été adoptée par la meute des loups-garous. Ces derniers vivant extrêmement vieux, la plupart ont plus de 200 ans et ont grandi dans un monde profondément marqué par la religion. Il est donc logique que Mercy, éduquée dans le respect de leurs valeurs, le soit également.

Dans vos romans, Kelley Armstrong, loin de se confesser, les personnages préfèrent batifoler. Que signifie cette tension sexuelle omniprésente ? Vient-elle d’une fascination pour la sexualité animale ou au contraire, est-elle l’expression de notre propre animalité ?
K. A. : Oui, les gens sont fascinés par la part d’eux-mêmes qui n’est pas civilisée. Mais d’une manière générale, la vie des loups-garous se résume à trois choses : manger, se battre et s’accoupler. Je tenais donc à ce que le sexe soit autant représenté que les deux autres activités. D’autre part, quand je faisais mes recherches, j’ai lu une ligne d’un livre qui disait : « Les vampires sont sensuels, mais les loups-garous ne peuvent en aucun cas l’être. » C’était donc un défi de rendre mes loups-garous sexy.

Défi réussi ! Voilà de quoi rassurer les plus velu(e)s sur leur sex-appeal…