La chronique de bande desssinée se réinvente sur la toile avec les BDtubeurs

Nicolas Gary - 14.07.2016

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Depuis quelques années, leurs chroniques vidéo envahissent la plateforme de Google : les Booktubeurs se font une place dans le monde de la critique littéraire. Des chaînes s’ouvrent, de nouveaux visages apparaissent et les médias se perdent en conjectures. Quoi de plus naturel alors que les internautes passionnés s’emparent également de la bande dessinée de la même manière. Profession, BDtubeur ? C’est avec Thibault Lasfargues que l’on découvre l'enfance de cet art.

 

 

 

La chaîne Funenbulles a été ouverte voilà quelque cinq mois, et depuis, Thibaut s’est lancé dans la production de vidéos critiques de bandes dessinées. Sa toute première intervention portait sur Tyler Cross, le premier tome de Fabien Nury et Brüno paru chez Dargaud. Une étape intéressante, qui a attiré l’attention de nos copains du BDZMag. Depuis, les vidéos de Thibaut sont partagées avec allégresse et bonheur. 

 

 

 

ActuaLitté : Comment est-ce que tu abordes cette manière de présenter les titres que tu chroniques ?

 

Thibaut Lasfargues : Je l’aborde avant tout comme un plaisir : je choisis des BDs qui me plaisent, et j’essaie d’en extraire tout le sens, de la même manière que pour les analyses littéraires que je faisais lorsque j’étais en prépa lettre (Khâgne). Ça fait des critiques assez poussées, et c’est bien le but ! Il ne s’agit pas de seulement présenter l’album – dans l’idéal la présentation devrait même être réduite au maximum – mais surtout de le « décortiquer », d’où la punchline d’entrée : « Funenbulles, l’émission qui décortique la BD ». 

 

 

ActuaLitté : Quel regard portes-tu sur la mouvance booktubeur ? Cela t’a stimulé pour la BD ?

 

Thibaut Lasfargues : Je ne connais qu’une infime partie des booktubeurs français, qui sont, je crois, très nombreux ! En revanche, ceux que je connais mieux, ce sont les autres BDtubeurs, qui sont en plus petit nombre, 10 maximum, et qui se spécialisent dans des domaines plus spécifiques, tels que le manga ou le comics, assez rarement sur la Franco-belge. Leur intention est plus souvent de présenter les albums ou les séries, plutôt que de les analyser, avec une bonne dose d’humour. 

 

Ce contexte me laissait donc le créneau du BDtubeur plus sérieux et plus analytique dans ses critiques, ce qui me convient tout à fait. Effectivement, je souhaite me forcer aussi peu que possible vers un public particulier : la priorité, c’est quand même de s’amuser et faire ce qu’on aime !   

 

 

ActuaLitté : Au départ, quels sont tes liens avec la bande dessinée ?

 

Thibaut Lasfargues : Je m’intéresse à la BD depuis vraiment tout petit et je suis naturellement passé par la case « quand je serai grand, je serai auteur de BD ». Finalement, je vais peut-être effectivement travailler dans la BD, mais pas en tant qu’auteur, ou en tout cas pas de tout de suite, mais plutôt côté éditeur ! C’est un art qui me parle plus que les autres. 

 

 

ActuaLitté : Revenons aux BDtubeurs. As-tu des contacts avec d’autres internautes ? L’idée de former une communauté ?

 

Thibaut Lasfargues : Non, pour l’instant, je n’ai aucun contact avec d’autres BDtubeurs ou même YouTubeurs. C’est que nourrir Funenbulles me prend beaucoup de temps et d’énergie, et j’avoue délaisser un peu le côté communication, pour me consacrer plus au contenu. 

 

Mais il est certain que le partage avec d’autres Youtubeurs serait une excellente manière de faire connaître Funenbulles ! Je crois qu’il n’y a pas de raison de voir les autres BDtubeurs comme des concurrents, et que nous aurions au contraire tout intérêt à nous réunir pour quelques épisodes de temps en temps.  

 

 

 

 

ActuaLitté : Quel avantage la BD tire de la vidéo pour les chroniques ? 

 

Thibaut Lasfargues : Le grand avantage de la BD, et un des arguments pour moi lorsque j’ai commencé Funenbulles, c’est qu’elle fonctionne par image, et permet de superposer harmonieusement l’œuvre et le commentaire qui en est fait. Je m’explique. Ce n’est pas comme pour une critique de film, par exemple, où on ne peut pas commenter une séquence à moins d’en couper le son et les dialogues. Ce n’est pas non plus comme une critique de livre, pour laquelle il n’y aurait aucun intérêt à montrer le texte à l’écran, puisque tout le contenu du livre est par définition imaginaire. 

 

Avec une critique de BD, on résout ces problèmes : je superpose sans problème ma voix, mon analyse, ma critique, à des planches de BD, parce que celles-ci sont immobiles et silencieuses. D’accord, des fois il y a un peu de texte, mais je fais toujours en sorte de montrer des cases avec le minimum de bulles, justement pour ne pas court-circuiter l’attention du spectateur. 

 

 

ActuaLitté : Un dernier point, quand on travaille en vidéo, autour de la bande dessinée, que pense-t-on des bandes-annonces, cette nouvelle vague qui a fleuri pour la promotion sur la toile des œuvres ?

 

Thibaut Lasfargues : Je suis très favorable à tout ce qui peut aider à la reconnaissance de la BD. Avec les bandes-annonces, la BD existe sur YouTube, Dailymotion, grâce au média de la vidéo, et selon moi c’est une très bonne chose ! Ensuite, bien sûr, le côté un peu négatif, c’est que la BD, par définition, ne devrait pas être un art narratif dont l’écoulement s’impose au spectateur : c’est le lecteur qui, au fur et à mesure de sa lecture, définit la vitesse de cet écoulement, comme je l’explique dans cet épisode : 

 

 

 

Avec une vidéo, pour le coup, cette logique n’est pas respectée vu que c’est bien sûr la vidéo elle-même qui définit sa propre vitesse de déroulement. Bref, c’est un peu compliqué, mais pour résumer, je dirais que les bandes-annonces, ce n’est peut-être pas l’idéal, mais que la BD en a tout de même bien besoin, car c’est encore un moyen d’exister !