La lecture sur papier est plus efficace que la lecture sur écran

Clément Solym - 29.08.2009

Interview - lecture - papier - ecran


L'émission Tout s'explique diffusée sur France Inter hier de 14h à 14h30, se penchait sur le thème « la lecture change, nos cerveaux aussi ». Cette émission était en partenariat avec le magazine Science et vie qui consacre un gros dossier sur le même thème.

Pour discuter de cela, Fabienne Chauvière avait invité Thierry Baccino, professeur de Psychologie et directeur scientifique du laboratoire des usages en technologies de l'information numérique (ou LUTIN). Il y est question de déterminer si les nouveaux outils modifient ou pas les comportements de lecture.


Pour ce faire, Thierry Baccino et son équipe présentent à des lecteurs un contenu sur différents types de supports et enregistrent des mesures du comportement de lecture des sujets sur ces contenus. Les mesures peuvent être un taux de réponse à un questionnaire ou encore « l'enregistrement des mouvements oculaires, ou plus précisément la mesure des fixations oculaires que le lecteur fait lorsqu'il lit un texte ».

Il faut savoir qu'une bonne lecture c'est une bonne qualité de la prise d'information, en ce sens plus il y de fixations oculaires plus on peut dire que la lecture est difficile.

La lecture sur écran peut entraîner une désorientation cognitive

Baccino, indique tout d'abord que la lecture sur écran permet d'enrichir l'information au moyen d'hypertextes et d'hypermédias, ce qui est un bienfait mais il faut faire attention à ne pas trop l'enrichir.

Cela conduit à une « saturation de l'information » et le lecteur est perdu dans la masse d'information, on appelle ça la « désorientation cognitive ». En cherchant à enrichir son information, le lecteur navigue dans différends niveaux d'hypertextes et finalement perd de vue son but initial. Une trop grande multiplication des sources est aussi mauvaise pour la mémorisation d'une information.

Lecture sur papier plus rapide que sur écran


Les expérimentations de Baccino lui ont permis aussi de constater que la lecture sur papier et plus rapide que la lecture sur écran. Il indique deux raisons principales à cela.

La première qui est essentiellement valable pour les écrans d'ordinateur vient de la luminosité. En effet, la luminosité, le contraste, la fréquence de balayage réduisent la prise d'information. La fatigue visuelle accrue inhérente à ces paramètres détériore, elle aussi la prise d'information.

La deuxième raison se situe au niveau de la compréhension. Là, on retombe sur ce qui avait été dit précédemment sur la « désorientation cognitive » et la surcharge mnésique (plus la mémoire est chargée d'information, plus la lecture est lente et difficile).

Mémorisation et lecture sur écran

Un autre des gros problèmes de la lecture sur écran est la détérioration de la « mémoire spatiale du texte ». Avec un texte sur papier, il arrive parfois que l'on se souvienne de l'endroit du texte où l'on avait trouvé une information. Parfois même on ne souvient plus de l'information mais seulement de sa localisation (dans le texte ou dans le livre).

Les textes numériques peuvent défiler de haut en bas et de gauche à droite, c'est le scrolling. Ce défilement, perturbe notre vision de la position spatiale des mots, et détériore ainsi notre « mémoire spatiale du texte ».

Enfin, dernier point négatif, les fonds d'écran qui ne sont pas totalement blancs perturbent aussi la lecture. C'est le cas pour les écrans d'ordinateur mais aussi pour les écrans de lecteurs d'ebooks qui ne restituent que 40 à 45 % du blanc du papier.

De plus, le changement de page sur un lecteur d'ebook fait apparaître durant quelques secondes un écran noir. Cela agit « comme un flash entre deux pages » et ça perturbe complètement la prise d'information et la mémorisation. Des problèmes qui ne devraient plus être trop importants sur la nouvelle génération de lecteur d'ebook qui arrivera d'ici 2 à 3 ans.

Les digital natives et la lecture sur écran

De manière plus générale, ont été évoqués durant cette émission les mécanismes de lecture. sans rentrer dans les détails, on s'arrêtera tout de même sur la question de la zone du cerveau qui travaille. Baccino a expliqué qu'a partir du moment où, il y a lecture que cela soit sur écran ou sur papier, c'était bien toujours la même zone qui travaillait à savoir la zone occipito-temporo-ventrale de l'hémisphère gauche (essayez de la replacer dans une discussion celle-là !).

Les digital natives (ou la génération d'enfants qui ont toujours connu les écrans) ont été brièvement évoqués. Baccino estime que pour l'heure nous n'avons pas assez de recul sur cette question. Il a précisé aussi que les enfants apprennent encore à lire avec des livres papier et que les ordinateurs dans les écoles sont seulement des outils complémentaires pour l'instant. Il a affirmé toutefois que les cartables électroniques devraient être une réalité dans les écoles d'ici 2 à 4 ans.

Enfin, Thierry Baccino n'aura pas pu faire l'impasse sur la fameuse question le livre papier est-il menacé par les ebooks. Selon lui, la qualité visuelle avec un lecteur d'ebooks est telle qu'il deviendra un concurrent sérieux pour le livre papier. Cela sera plus ou moins évident selon les secteurs. Les beaux livres résisteront par exemple bien plus longtemps que d'autres secteurs comme les guides touristiques, les textes procéduraux, ou les livres de cuisine.

Actuellement, au LUTIN, Thierry Baccino se penche sur les nouveaux types d'écrans et nouvelles interfaces. Les écrans dans le commerce sont en 2D, mais des écrans en 3D sont en développement et peut-être plus tard verra-t-on des écrans holographiques. Il terminera avec cette question comment peut-on présenter un livre en 3D ?

Vous pourrez écouter cette émission qui dure trente minute en suivant notre lien vers France Inter.