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La Source, librairie au Tchad : “L’industrie du livre est un rouleau compresseur”

Nicolas Gary - 02.03.2017

Interview - Tchad librairie La Source - D'Djamena libraire lecture - pétrole Tchad livres


ENTRETIEN – Située au Tchad, la librairie historique La source est dirigée par Ngartara Ngaryengue. Originellement filiale de l’Imprimerie du Tchad, elle fait aujourd’hui preuve d’un dynamisme réel face aux multiples problématiques qui se posent dans le pays.

 

réalisé en partenariat avec l’Association internationale des libraires francophones

 

 

 

Quelle est l’histoire de votre librairie, comment l’avez-vous créée ?

 

Ngartara Ngaryengue : La librairie La Source était d’abord une succursale de l’Imprimerie Du Tchad créée le 8 mars 1951 par les Missionnaires de l’Église Catholique du Tchad. Faute de relève et du vieillissement des machines, l’Archidiocèse de N’Djamena a cédé l’imprimerie au groupe FOTSO et a gardé sa succursale librairie. C’est ainsi que le 16 mars 1999, La Librairie La Source deviendra une SARL indépendante au capital de 1.000.000 F CFA.

 

À sa création, la sœur Catherine Windisch en a été la première directrice jusqu’en juin 2007 où j’ai moi-même en tant que laïc, pris la relève, à la tête de la librairie.

 

Que proposait la librairie La Source lorsqu’elle a débuté ?

 

Ngartara Ngaryengue : À l’origine, la librairie était destinée à la distribution des produits de l’imprimerie. Il s’agissait de livrets de prière, de carnets de chants et exclusivement de manuels scolaires.

 

À ce jour, à quelles problématiques faites-vous face dans l’importation de livres francophones ?

 

Ngartara Ngaryengue : La chaîne du livre n’existe plus. Lorsqu’on lit la statistique de l’exportation des livres en direction des pays francophones, et singulièrement du Tchad, je me pose de questions. Qui importe tous ces livres ? Moi en ma qualité de libraire, je ne fais pas le quart de ces importations.

 

Le transport reste très coûteux malgré les 20 % de subvention du ministère de la Culture via la Centrale de l’Édition. Du fait des groupages aériens, les colis mettent du temps à être regroupés chez le transporteur avant qu’ils n’arrivent jusqu’à N’Djamena.

 

Comment établissez-vous votre sélection d’ouvrages mis en avant ?

 

Ngartara Ngaryengue : Nous faisons la sélection à partir de la demande clientèle. Mais aussi de notre connaissance des fonds éditoriaux que le public aime et a l’habitude de demander.

 

 

 

Quelles sont vos relations avec les distributeurs ?

 

Ngartara Ngaryengue : Depuis 2015, nos relations ne sont pas tendres avec les distributeurs. Les conditions sont très contraignantes.

 

Nous sommes clients chez les distributeurs. Ils nous donnent des échéances qui vont de 60 jours à 90 jours selon les types de commandes. Nos remises tournent autour de 33 % ce qui est peu vu le coût du transport jusqu’à N’Djamena. Rappelons que le transport aérien est tantôt suspendu tantôt rétabli et ainsi de suite, ce qui perturbe beaucoup notre approvisionnement. Nous n’avons pas vu venir la crise, voilà ce qui explique nos déboires avec les distributeurs.

 

Que vous apporte le réseau de l’AILF ?

 

Ngartara Ngaryengue : L’AILF, en tant qu’association de libraires, m’a beaucoup apporté notamment dans le domaine de la formation, pour tout ce qui concerne les aspects techniques du métier de libraire. L’AILF est aussi une bonne source d’information sur l’évolution du métier de libraire, et elle m’a donné de la visibilité grâce aux échanges entre libraires du Sud mais également avec mes confrères du Nord.

 

Quel regard portez-vous sur l’industrie du livre ?

 

Ngartara Ngaryengue : Je me pose la question sur l’avenir des librairies indépendantes. L’industrie du livre est devenue une affaire des grands groupes. Les librairies indépendantes ferment leurs portes chaque année. L’industrie du livre, je la vois comme un rouleau compresseur qui ne laissera rien sur son passage. Seuls les plus forts tiendront.

 

 

 

Le Tchad est situé au sud de la Libye, entre le Niger, le Nigéria et le Soudan. Les problèmes de sécurité dans la région ont-ils des répercussions sur votre activité de libraire ?

 

Ngartara Ngaryengue : Vous touchez du doigt le problème que nous rencontrons aujourd’hui. Je disais un peu plus haut que nous n’avons pas vu venir la crise. Évidemment le problème de sécurité dans ces pays a conduit mon pays à s’engager militairement pour ne pas que la guerre arrive au Tchad.

 

Vous n’avez pas cité la Centrafrique et le Mali. Dans tous ces pays, le Tchad est impliqué. Nous avons pensé que la guerre est loin de nous or, on a oublié que les ressources du pays ont été drainées pour maintenir la sécurité. Les caisses sont vides nous dit-on.

 

La chute du prix du baril de pétrole vient enfoncer le clou. Conséquence, actuellement au Tchad c’est une crise économique et financière. Vous imaginez, selon la Banque mondiale, le taux de croissance en 2017 est négatif. Ce n’est plus la croissance, c’est la décroissance de l’économie ! Jusqu’à quand ? Wait and see !

 

 

 

Librairie La Source

 

BP 99, N'Djamena

Tchad

+44 (0) 20 7589 5991