La vérité sur Jacqueline Picasso : Le Cherche Midi répond

Clément Solym - 17.01.2008

Interview - verite - Jacqueline - Picasso


« Oui, diffamation est un terme largement excessif. »
ActuaLitté.com : Monsieur Roy, bonjour, vous êtes directeur de collection au Cherche Midi. Un vent de tempête souffle depuis que l’on a révélé les procès lancés par les héritiers du peintre Pablo Picasso. Que pensez-vous du terme de « diffamation » employé par les héritières plaignantes ?

Vincent Roy :  Avant toute chose, je tiens à préciser que le livre de Pepita Dupont réhabilite la mémoire de Jacqueline Roque-Picasso, suite à son suicide en 1986. Pour reprendre ses termes, elle « remettait les pendules à l'heure et en rappelant des faits qui peuvent déplaire ». Maintenant oui, diffamation est un terme largement excessif. Pépita fut l’amie de Jacqueline. À ce titre, elle a pu voir, entendre ou assister à un certain nombre de choses, qu’elle a mentionnées dans ce livre. Si dire la vérité dérange, alors elle a sûrement un fondement.

« La position du Musée Picasso est tout bonnement scandaleuse ! »
ActuaLitté.com : Comment interprétez-vous la réaction du Musée Picasso ?
Vincent Roy : Leur position est tout bonnement scandaleuse. Ils ont décidé de ne pas mettre le livre en vente, parce qu’il « ne convient pas à la famille ». C’est tout simplement de la censure. La famille n’a pas eu un comportement remarquable à la mort du peintre, autant qu’à celle de sa femme. Et les conditions sont encore plus délicates pour cette dernière. [NdR : Jacqueline Picasso s’est tiré une balle dans la tête]


« L'avocat avait pointé les passages délicats dans le livre... »
ActuaLitté.com : Avant de publier cet ouvrage, n’avez-vous pas eu des doutes sur ce qu’il pourrait entraîner ?

Vincent Roy : Vous savez, mon métier d’éditeur implique une part de risques. Si je ne les prends plus, je n’édite plus. Concernant le livre de Pepita, nous nous sommes rencontrés autour d’une tasse de thé, et elle m’a parlé de son projet. Une fois achevé, le document a été relu par un avocat, qui a souligné les points sur lesquels nous pourrions être attaqués. Mais j’estime avoir bien fait mon travail.

« Pourquoi se défendre quand on dit la vérité ? »
 ActuaLitté.com : Cette précaution vous a-t-elle permis d’envisager une défense, en gage de sécurité ?

Vincent Roy : Pourquoi voulez-vous vous défendre quand vous dites la vérité ? Je sais que quoi que l’on fasse, il faut se justifier, mais dans le cas présent, nous n’avons rien établi, en guise de stratégie.

« Pour la famille, la légende Picaso est scellée : on n'y touche plus »
ActuaLitté.com : Les plaignants se sont-ils manifestés tout d’abord auprès de vous ?

Vincent Roy : Absolument pas. Nous n’avons aucun contact avec eux, si ce ne sont les lettres que nous recevons des notaires et des avocats. Vous savez, dans tout ce micmac, il faut signaler tout de même que la famille estime que la légende du peintre est scellée, qu’il ne faut plus toucher ni à l’œuvre ni au passé. Un mythe Picasso existe, il faut le préserver. En ce sens, le livre de Pepita ne pouvait pas manquer de jeter le trouble sur une image d’Épinal…