Le développement de la province russe, par l'écrivain Iouri Bouïda

La rédaction - 15.01.2016

Interview - Iouri Bouïda - province russe - développement pays


Iouri Bouïda a publié depuis 1992 de nombreux livres en Russie où son œuvre jouit d’un grand prestige. Plusieurs de ses ouvrages ont été traduits en français, Le train zéro, Yermo et Potemkine ou le troisième cœur, La fiancée prussienne (Gallimard). Le recueil de nouvelles Epître à Madame ma main gauche (trad. Sophie Benech), a été publié aux éditions Interférences. Il propose ici un témoignage inédit sur la province russe, thématique de l'édition des Journées du livre russe 2016.

 

Iouri Bouïda

 

 

Journée du livre russe : Comment se développe la province russe ? Le développement sensible dans les grandes villes du pays est-il le même dans les villes et les villages de la province ?

 

 

Iouri Bouïda : La province russe est bien entendu un peu en retard par rapport à Moscou, mais ces 10/15 dernières années, elle a beaucoup évolué. Je parle ici de la Russie centrale, plus précisément des régions de Riazan et de Vladimir. La hausse des revenus a amené des milliers de gens à abandonner leurs potagers dans lesquels ils produisaient des fruits et des légumes qu’ils achètent maintenant dans les magasins ou sur les marchés. 

 

Les retraites ont sensiblement augmenté et maintenant, non seulement les retraités mettent de l’argent de côté en cas de malheur, mais ils aident aussi leurs enfants et petits-enfants, tout en étant très économes – entre 500 et 700 roubles de dépenses par semaine (à Moscou, avec cette somme on ne peut se rendre au magasin qu’une fois). 

 

Dans les villes anciennes ou dans les villages, on voit beaucoup de maisons à l’abandon, mais à côté d’elles, on en bâtit de nouvelles. Aujourd’hui, la province russe est un immense chantier.

 

À Touma, petite ville de la région de Riazan (2.000 habitants) toutes les entreprises de l’époque soviétique ont fermé leurs portes. Mais dans la rue principale, il y a 17 magasins de matériaux de construction. La population est devenue beaucoup plus mobile. Des milliers de personnes, ouvriers, médecins, chauffeurs de taxi, marchands, partent travailler à Moscou ou dans d’autres grandes villes. D’autres font des affaires depuis leur domicile.

 

On compte sur le pouvoir, sur le budget de l’État, et on a la nostalgie du père tout puissant. Mais ces tendances caractérisent surtout les personnes âgées, les retraités. Iouri Bouïda

 

 

Si, il y a dix ans, à Kasimov on ne voyait que des autos VAZ, aujourd’hui on voit plus de voitures japonaises, américaines, allemandes ou françaises et assez souvent des voitures de luxe. 

 

Tout cela ne veut pas dire que la province connaît enfin le bonheur de vivre. Beaucoup de problèmes subsistent. Dans les provinces, l’évasion fiscale est devenue en quelque sorte un sport national. Les milliers de nouveaux paroissiens qui fréquentent les églises orthodoxes représentent plutôt un tribut payé aux traditions qu’un renouveau de la foi. On compte sur le pouvoir, sur le budget de l’État, et on a la nostalgie du père tout puissant. Mais ces tendances caractérisent surtout les personnes âgées, les retraités.

 

C’est parmi eux également qu’il y a le plus d’ivrognes. Les plus jeunes boivent, me semble-t-il, beaucoup moins, car cela nuit aux affaires. La province s’est mise en marche et elle va sa route sans se préoccuper de ses dirigeants. Elle a maintenant ses propres riches, des gens qui y font autorité, de nouvelles sociétés qui, dans quelques années peut-être, interviendront dans les affaires du pays ainsi qu’en politique.

 

Si cela se produit, alors se lèvera en Russie un grand mouvement conservateur qui défendra farouchement les valeurs traditionnelles et un pouvoir central fort, capable d’assurer la stabilité du pays. 

 

En partenariat avec Les Journées du Livre Russe

Rendez-vous littéraire les 5 et 6 février. Plus d’informations.


Pour approfondir

Editeur : Interferences
Genre : poesie grand format
Total pages : 79
Traducteur : sophie benech
ISBN : 9782909589213

Épître à madame ma main gauche

de Ûrij Bujda

L'aube d'une nouvelle époque sur la place Rouge... Une femme dont le fils a un jour disparu dans une faille du temps pendant qu'elle mettait la pendule à l'heure d'été... Un ivrogne qui a accès à une autre dimension... Une méditation sur un tableau du XVIIe, des objets qui disparaissent et réapparaissent, des instants d'éternité encastrés dans les secondes d'une existence...

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