Le Grand Méchant Renard de Benjamin Renner : “Beaucoup de parents nous ont remerciés”

Bouder Robin - 16.06.2017

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Quand un renard raté se prend d'affection pour 3 poussins au lieu de les manger, ça donne une histoire drôle pleine de situations rocambolesques, de personnages colorés et attachants. Adaptation de la bande dessinée plusieurs fois récompensée de Benjamin Renner, Le Grand Méchant Renard et autres contes sortira dans les salles le 21 juin. À cette occasion, nous avons pu nous entretenir avec l'auteur de l'album et réalisateur du film.


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Benjamin Renner - Prix BD Fnac 2016 — ActuaLitté (CC BY-SA 2.0)

 

 

ActuaLitté : Comment transpose-t-on sa BD à l'écran ?

 

Benjamin Renner : C'était un vrai défi. Au départ, j'avais cette naïveté de croire que ce serait facile, qu'il s'agirait simplement de transposer les dessins à l'écran. En fait, ça demande au contraire un travail plus fastidieux ! Le rythme est totalement différent : dans une bande dessinée, le lecteur lit à son propre rythme, il peut passer plus ou moins rapidement sur certains passages. En cinéma, on impose tout, le rythme, le temps, les voix, les décors ou les cadrages. Ce n'est pas la même chose... Et puis, dans une BD, c'est le lecteur qui lit sa propre histoire, comme quand on lit un roman.
 

Il y avait aussi le défi du temps : la bande dessinée est assez dense, et on a dû faire des choix, sacrifier des passages...

 

Le Grand Méchant Renard possède plusieurs niveaux de lecture ; et vous, vous le définiriez comme du jeunesse ou comme du tout public ?

 

Benjamin Renner : Pour moi, c'est du tout public. Pour la petite anecdote, mon éditeur Lewis Trondheim et moi n'avions pas prévu que ce soit un album pour enfants. J'ai été très surpris de recevoir des prix jeunesse. Et nous avons recueilli beaucoup de témoignages de la part de parents, qui nous remerciaient car c'était la première fois que leur enfant lisait un livre « d'un seul coup ».
 

J'avais peur d'être trop bavard, ma BD contient autant de dialogues que d'images. Finalement, les enfants ont aimé, et ça a été un réel soulagement... Donc, inconsciemment, peut-être que ça leur était aussi destiné ; pour être honnête, si mon travail n'avait été apprécié que par des adultes, ça m'aurait rendu triste.

 

Le film contient 3 de vos histoires ; est-ce que vous avez vocation à adapter toutes vos histoires en dessins animés ?

 

Benjamin Renner : Non, pas du tout, il s'agit d'un concours de circonstances. Tout est venu du producteur, qui m'a demandé sur quoi je travaillais à ce moment-là ; quand je lui ai donné le PDF du Grand Méchant Renard, il m'a proposé d'en faire un court-métrage. À l'époque, j'avais très envie d'adapter mon travail. À l'origine, ça devait simplement être pour le petit écran, avec un budget réduit par rapport à des films pour le cinéma, et je trouvais intéressant de voir comment avec un budget aussi réduit on pouvait produire un résultat satisfaisant.

 


Le Grand Méchant Renard, Benjamin Renner, éditions Delcourt (2015)

 

Aviez-vous les mêmes ambitions avec Le Grand Méchant Renard que pour Ernest et Célestine, acclamé par la critique ?

 

Benjamin Renner : À la base, nous n'avions pas prévu que ce soit un long-métrage : on devait réaliser 3 courts-métrages pour la télévision. C'est le producteur qui a constaté qu'en reliant les 3, on pouvait faire un long-métrage. Je me suis inquiété au départ, parce qu'il fallait rassembler 3 objets en un seul, d'où le côté un peu « frankensteinesque », un peu recousu du film. Mais c'est ça qui fait son charme : au lieu d'avoir un premier acte, puis un deuxième, etc., le film a cherché un prétexte pour mettre les sketches en scène, pour lier les épisodes avec cohérence.

 

Ernest et Célestine, c'était un peu comme une pâtisserie Lenôtre ; Le Grand Méchant Renard devait être plus léger, plus détendu, mettre en scène des gags. C'était notre bonbon.

 

Les adaptations à Annecy : Ernest et Célestine, SamSam et Taniguchi
 

 

Vous avez fait les Beaux-Arts, puis une formation dans l'animation. Et entre la bande dessinée et la réalisation, où va votre cœur ?

 

Benjamin Renner : Je suis très attaché à la BD, j'en dessine depuis que je suis tout petit ; quand j'étais gosse, je faisais beaucoup de BD, beaucoup de petites planches pour ma famille. Je prenais des personnages d'ados et je les mettais en scène façon Gaston, faisant des bêtises.

Mais je n'ai pas vraiment de préférence, c'est plutôt une question d'envie. Je ne mets pas vraiment de hiérarchie entre les 2 activités, ce n'est pas la même manière de faire. La BD est un travail plus solitaire et plus libre, alors que dans la réalisation on a plus d'enjeux techniques, on dialogue avec beaucoup de gens. Tout dépend de l'envie et de l'histoire que j'ai envie de raconter.

 

De futurs projets déjà en tête ?

 

Benjamin Renner : Je reviendrai probablement à cette ferme, plutôt en BD qu'en animation. Mais ce n'est pas une priorité pour le moment, je préfère retourner en ville parce que le bétail, j'ai assez donné ! Je n'aime pas être redondant.

 

En ce moment, j'ai de nouvelles idées qui germent. J'ai développé un personnage qui se met en vie petit à petit, même si je n'ai pas encore d'idée précise en ce qui concerne l'histoire que je vais lui faire vivre.



Benjamin Renner - Le grand Mechant Renard - Collection Shampooing - Editions Delcourt - 9782756051246 - 16.95€