Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le repaire de la murène : le royaume de la bande dessinée à La Réunion

Nicolas Gary - 03.04.2017

Interview - librairie Le repaire de la murène - Saint Denis de La Réunion - libraire francophone


ENTRETIEN – De libraire à éditeur, Jean-Luc Schneider anime la vie du Repaire de la Murène, librairie située sur l’île de la Réunion – son second établissement, c’est dire s’il est passionné. Au centre de Saint-Denis, Le Repaire accueille les lecteurs depuis près de 15 ans. Rencontre avec un goût de paradis.

 

réalisé en partenariat avec l’Association internationale des libraires francophones

 

Bienvenue dans le repaire...

 

 

ActuaLitté : Comment est né Le repaire de la murène ?

 

Jean-Luc Schneider : À l’origine, une frustration comme amateur de bandes dessinées de ne pas trouver sur place une vraie librairie de passionnés (figurines – tirages spéciaux – petits éditeurs). Ensuite un concours de circonstances : j’ai lâché brutalement mon emploi et trouvé par hasard un local disponible au cœur de la ville (Saint-Denis de La Réunion). C’était en 1998.

 

En 2000, j’ouvrais la seconde librairie dans le sud de l’île et en 2003, celle qui nous intéresse : « Le repaire de la Murène ».

 

Quelles sont les spécificités historiques du marché du livre à La Réunion ?

 

Jean-Luc Schneider : Il y a eu très longtemps uniquement deux grosses enseignes de librairies (qui existent toujours) et une librairie spécialisée BD. Puis des GMS culturelles se sont installées dans les centres commerciaux qui poussaient en périphérie de Saint-Denis. Ce phénomène s’est amplifié. Aujourd’hui nous avons six FNAC, un espace culturel Leclerc (trois dans 4 ans). Le nombre des librairies indépendantes (grandes ou petites) reste stable et quatre librairies sont spécialisées BD sur l’île, mais le marché est saturé. Les dernières tentatives d’ouverture de librairies spécialisées ont toutes avorté.

 

À ce jour, à quelles problématiques faites-vous face ?

 

Jean-Luc Schneider : La multiplication de l’offre sur un marché qui n’est pas extensible indéfiniment. Mais également les délais de livraison liés à une supply chain industrielle (15 jours par avion pour un libraire) trop longs, quand un particulier met 4 à 5 jours à recevoir un livre.

 

Difficile de ne pas évoquer la concurrence des sites de vente en ligne (au prix France). Même si les frais de port sont en sus, cela peut être compensé par des délais rapides pour le client. Du coup, cela entraîne une fréquentation en baisse dans les librairies traditionnelles (les acheteurs occasionnels se servant dans les GMS des centres commerciaux en faisant leurs courses).

 

Comment établissez-vous votre sélection de bandes dessinées mises en avant en librairie ?

 

Jean-Luc Schneider : D’abord sur l’historique des ventes, ensuite sur des mises en avant qualitatives (titres grand public, mais de qualité). Enfin, le GIE CANAL BD auquel nous sommes adhérents depuis l’ouverture est une vraie force de propositions avec un magazine offert à la clientèle.

 

Quelles sont vos relations avec les distributeurs ?

 

Jean-Luc Schneider : Solides, car nous sommes présents sur le marché réunionnais depuis presque 20 ans. Peu d’entre eux misaient sur notre réussite et encore moins sur notre longévité. Or malgré la concurrence, l’évolution du marché local et le nombre de points de vente, nous demeurons la référence BD sur l’île (en volume et en notoriété).

 

 

 

Que vous apportent les actions et le réseau de l’AILF ?

 

Jean-Luc Schneider : Je l’ai découvert cette année et j’ai adhéré pour découvrir et m’enrichir des expériences des autres. Et partager ma propre expérience

 

Quel regard portez-vous sur l’industrie du livre dans l’océan Indien ?

 

Jean-Luc Schneider : Cela va être compliqué dans quelques années si les jeunes ne lisent pas plus (c’est un phénomène inquiétant). Après, la créativité de nos artistes peut être une curiosité et une porte d’entrée pour ramener vers les livres des gens qui ne lisent pas beaucoup.

 

De libraire vous êtes devenu éditeur et avez donné naissance à la maison d’édition spécialisée Des bulles dans l’océan. Était-ce important pour vous de franchir cette étape et qu’est-ce que cela vous a apporté par rapport à votre développement régional et international ?

 

Jean-Luc Schneider : Cela a été la décision la plus importante que nous ayons prise, qui a failli nous être fatale, mais qui nous permet aujourd’hui de progresser plus vite dans un marché difficile et d’entrevoir l’avenir sur un modèle économique qui tienne la route.

 

En effet, devant la dégringolade des ventes liée à l’explosion de l’offre, mais en même temps le fourmillement de talents en devenir, nous avons sauté le pas de l’édition avec l’ambition de promouvoir nos talents d’ici (océan Indien) mais aussi d’ailleurs (diffusion Europe groupe Flammarion – distribution UD).

 

D’ici pour faire de nos concurrents libraires nos futurs clients.

 

D’ailleurs, car nous avons opté pour la qualité (contenu et contenant) et nous sommes convaincus que nos artistes n’ont rien à envier à nombre de ceux qui œuvrent dans la bande dessinée.

 

Pari risqué, car en fonds propres (nous avons dû lâcher un point de vente et nous nous sommes mis en sauvegarde), mais en passe de réussir, car après un rythme de publication de cinq albums par an (trente-deux actuellement en catalogue), nous passons à onze cette année et la branche éditoriale est en croissance forte, constante, avec un retour à l’équilibre des finances de la société depuis presque 2 ans.

 

Aujourd’hui nous sommes donc libraire, éditeur, diffuseur, distributeur sur La Réunion et à part l’impression (Belgique), nous assumons toute la chaîne du livre à nous seuls. Si l’édition représente aujourd’hui environ 25 % de mon travail, je suis quand même avant tout libraire.

 

Et quel plaisir que de vendre ses propres livres. Je crois que c’est l’aboutissement suprême. Car lorsque l’on participe à toutes les étapes de la création d’un livre, on a la chance de connaître une histoire dans l’histoire. Partager cette expérience et avoir des retours flatteurs est un stimulant très fort pour continuer à croire au livre.

 

 

Librairie Le repaire de la murène

76, rue Juliette Dodu

Saint-Denis de La Réunion

France

Tel : +262 262 41 27 95

Sur Facebook

lamurene3@gmail.com

 


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