“Leïla Slimani ou Joël Dicker enrichissent le catalogue de Penguin Books” (Patrick Nolan)

Nicolas Gary - 13.03.2018

Interview - Patrick Nolan éditeur - Penguin Books Nolan - francophonie Penguin livres


Vice-président de Penguin Books, Patrick Nolan n’intervient que rarement dans les médias. À la tête du plus grand groupe éditorial littéraire au monde, l’éditeur américain francophile évoque pour ActuaLitté sa passion pour les livres, son métier et les échanges à tisser entre les mondes anglo-saxons et francophones. Parce que l’enjeu reste de « proposer aux lecteurs de belles histoires ».

 

Patrick Nolan viendra clore les Assises de l’édition suisse et francophone, dans un entretien avec Joël Dicker, pour évoquer traduction, diffusion et promotion aux États-Unis. 
 

Penguin
Nicolas Jones, CC BY ND 2.0

 

 

ActuaLitté : Pour Penguin Books, que représente le marché de la francophonie ?
 

Patrick Nolan : Oh, par où commencer ? La francophonie occupe une place particulière et unique dans la littérature mondiale. Il y a une grande tradition et un héritage qui caractérisent cette littérature de langue française. Nous pensons aux grands écrivains que nous publions avec fierté dans notre collection Penguin Classics — Proust, Balzac, Hugo, Zola, Montaigne... Mais la liste est trop longue pour être exhaustive. 

 

Cet héritage a encouragé les critiques et les lecteurs à s’intéresser immédiatement à tout livre issu de la francophonie que fait paraître Penguin Books. En outre, proposer des voix internationales au lecteur américain fait partie de l’ADN de Penguin Books. Nos lecteurs attendent autant des auteurs primés, que des best-sellers, mais également des voix originales, qui les renseigneront, les bousculeront ou les raviront. Tout cela en enrichissant leur découverte de la littérature francophone traduite.

 

Comment enrichir la collaboration entre Penguin et les éditeurs francophones ?

 

Patrick Nolan : Nous disposons de nombreux et excellents outils, y compris les opportunités de rencontres professionnelles comme celles que favorise le Salon du livre de Genève. Ces moments de tête-à-tête importent, car nous cherchons à dynamiser nos relations avec les éditeurs francophones. Les liens établis à travers l’éditorial sont essentiels : que les éditeurs de Penguin trouvent des correspondances entre leurs goûts et sensibilités, et leurs interlocuteurs francophones, est un besoin vital que l’on ne doit pas sous-estimer.

Par ailleurs, le généreux soutien accordé par les organismes gouvernementaux, pour le financement des traductions et les tournées d’auteurs, contribue également à la croissance du marché des livres de langue française aux États-Unis.

 

Que pensez-vous de ce commentaire d’Arnaud Nourry, « l’ebook est stupide » ?

 

Patrick Nolan : C’est une déclaration assez provocatrice, qui, je crois, est au cœur de ce qui importe dans notre mission d’éditeurs : partager des histoires. Ce n’est pas spécifiquement que les ebooks soient stupides, mais ils ne sont pas en soi un sujet très intéressant. De fait, il s’agit simplement d’un véritable autre format pour partager de grandes histoires et des livres. Peut-être qu’une manière différente de dire que les ebooks sont stupides est d’affirmer le génie des livres ! Les éditeurs ne devraient jamais perdre leur confiance en la puissance et l’importance du livre — physique ou numérique ! Ça, ce serait vraiment stupide.

 

Comment expliquer la baisse du marché du livre numérique, ces dernières années, et l’essor du livre audio ?

 

Patrick Nolan : La courbe de vente de l’ebook ne me surprend pas — une augmentation rapide et brutale des ventes au début, suivie d’une stagnation, et maintenant une légère baisse et un déclin. Cela montre et démontre le fait que l’ebook incarne juste un autre format pour lire un livre. Pas une révolution, mais un choix pour ceux qui le trouvent pratique pour une raison ou une autre.



Patrick Nolan

 

Il y a des avantages et des inconvénients dans l’expérience de lecture d’un ebook — certains l’apprécient en toutes circonstances, d’autres à certains moments (voyages ou déplacements). Et il y a ceux qui ont essayé, mais préfèrent le format papier. L’ebook restera probablement jusqu’à ce que quelque chose de plus pratique soit développé, pour proposer une grande, longue et belle histoire aux lecteurs.

 

De l’autre côté, la généralisation et l’omniprésence de technologies comme le smartphone et le streaming ont rendu l’audiobook plus accessible à chacun. Elles contribuent à cette même courbe ascendante des ventes (mais avec des résultats moindres) que nous avions découverte avec l’ebook. Bien sûr, dans ce cas, les audiobooks ne sont pas des nouveautés — c’est la technologie et les moyens par lesquels nous les consommons qui changent.

Le nombre de titres disponible augmente proportionnellement à la croissance des ventes unitaires : c’est une véritable percée pour le format. De même, l’intérêt pour les longs podcasts narratifs a permis au marché de convaincre de plus en plus de lecteurs de s’essayer au livre audio et de l’intégrer à leurs habitudes.
 

New York, Afrique, francophonie :
des Assises de l’édition internationale à Genève

 

En tant qu’éditeur francophile, que représente la présence des livres de Leïla Slimani et Joël Dicker dans votre catalogue ?

 

Patrick Nolan : Les lecteurs américains se tournent vers le monde francophone pour les alimenter en découvertes qualitatives — c’est un marché très discriminant ! La population francophone est tellement lue que si un livre est un best-seller sur son secteur ou remporte des prix, les Américains veulent le découvrir et le lire. La publication d’écrivains francophones importants comme Leila ou Joël enrichissent le catalogue de Penguin. Et cela nous aide à nous différencier de nos concurrents.

En effet, se répand l’idée que le marché du livre américain n’est pas intéressé par les traductions. Le fait que Penguin Books compte des livres majeurs comme The Perfect Nanny (Chanson douce, traduit par Sam Taylor) ou The Truth About the Harry Quebert Affair (La vérité sur l’affaire Harry Quebert, aussi traduit par Sam Taylor), envoie un message à l’industrie : ces livres sont primordiaux, essentiels, souhaitables et rentables si on les publie.

 

En outre, ces deux ouvrages fournissent des expériences de lecture universelles, qui connectent les lecteurs d’une manière profonde, de sorte qu’ils parlent aux lecteurs américains — les critiques, leur présence sur les listes nationales de best-sellers, l’intérêt qu’ils suscitent dans le monde du cinéma ou de la télévision en témoignent...

Je trouve intéressant que le français soit une langue qui défriche, et que le monde découvre de grands écrivains, car les éditeurs de langue française ont attiré l’attention sur bien des auteurs étonnants, en les faisant traduire. Nous ne faisons que suivre cette piste avec des écrivains de langue française, en les traduisant, pour le marché américain, en anglais.
 

Penguin créé une collection
pour faire connaître des auteures oubliées

 

Personnellement, qu’attendez-vous du Salon du livre de Genève ?

 

Patrick Nolan : Je suis impatient de découvrir la diversité de l’édition francophone, venue de partout dans le monde, et voir comment mon catalogue pourrait s’en enrichir. J’espère découvrir de nouveaux écrivains pour cela, et j’ai hâte de construire un réseau plus solide avec des éditeurs francophones, qui sera renforcé par ces rencontres directes et les discussions qui auront lieu. Je suis certain de pouvoir ramener des idées pour de nouvelles traductions, et promouvoir plus efficacement mon catalogue.

Je suis surtout ravi de retrouver le merveilleux Joël Dicker et de l’entendre me parler des passionnants développements de sa carrière. Et, en fin de compte, alors que j’apprends le français avec difficulté, je continue d’étudier, avec l’espoir qu’un jour, je pourrais emporter les merveilleux livres que je vais y trouver, et commencer à les lire.

 

J’ai de grandes espérances ! [en français dans le texte] 



Les inscriptions aux Assises de l’édition du Salon du livre de Genève peuvent se faire à cette adresse. ActuaLitté est partenaire de cet événement.

Patrick Nolan est Vice President, Editor in Chief et Associate Publisher de Penguin Books


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.