Les Ensablés : Survivre en littérature, mode d'emploi d'Hervé Bel

Clément Solym - 08.12.2010

Interview - litterature - auteurs - ensables


Hervé Bel a publié son premier roman l'an passé aux Editions Lattès, La nuit du Vojd. Aujourd'hui, travaillant à son prochain livre, il nous raconte l'autre pan de son activité : les Ensablés.
 



 

ActuaLitté : Pouvez-vous nous présenter vos Ensablés ?

Hervé Bel : Les ensablés, c'est l'image de monuments anciens enfouis sous le sable, intacts, que des archéologues découvrent, émerveillés. Sauf qu'ici il s'agit d'écrivains dont on ne parle plus pour de multiples raisons, des raisons injustes. Attention, un auteur oublié n'est pas forcément un ensablé. L'oubli passe et n'est pas forcément injuste. Un ensablé, lui, a fait une œuvre, une vraie, dont la qualité reste reconnue par les spécialistes, mais que le public, mal informé, ne lit plus, ou pas assez, ou par hasard. Il y en a toujours eu, et bien sûr, il n'est pas question de vouloir les déterrer tous.

Ceux qui m'intéressent ont écrit entre 1930 et 1970, parce qu'ils sont encore proches de nous, ils sont modernes, étonnamment actuels. Ce qu'ils ont apporté a malheureusement été "gommé" par les grands écrivains qui ont fleuri pendant cette époque bénie. Imaginez, il y avait Sartre, Aragon, Montherlant, Céline, Camus, et j'en passe. Que faire, comment pouvait-on émerger, face à cette déferlante? On a dit, en pensant à tous ces géants, que mes ensablés étaient des petits maîtres. Je répondrais que cela dépend de qui on parle. Leurs œuvres, en tout cas, sont moins volumineuses. A l'exception notable de Guérin et de Gadenne, des petits romans, des bijoux, très souvent. Je pense notamment à Dabit (un mort tout neuf), Calet etc. Je crois aussi que la deuxième guerre mondiale leur a coupé leurs effets. Ils ont été faits prisonniers, ou sont restés inactifs de sorte qu'en 1945, ils ont eu le plus grand mal à se faire entendre.

Dans mon blogue, je veux aussi parler des auteurs actuels qui risquent le sable. Des auteurs de qualité, très divers, que je découvre au fil de mes lectures. D'ailleurs, je compte de temps en temps parler de ce qui me plaît, mais toujours il s'agira de littérature.


ActuaLitté : Qui sont-ils exactement ?
Hervé Bel : Les ensablés sont des écrivains qui n'ont pas eu de chance, comme je vous le disais plus haut. Souvent, ils sont morts jeunes. Si on mettait leurs noms en lettres d'or sur un monument, avec les dates de leurs décès, on aurait l'impression d'une catastrophe nationale, une épidémie qui aurait fauché une multitude d'écrivains dans la fleur de l'âge. Guérin meurt en 55, il a cinquante ans, Calet guère plus, en 56, Gadenne, idem, Forton, Dabit Une hécatombe! C'est, au moins partiellement, une autre explication à cet ensablement.

 



ActuaLitté : Combien d'ensablés recensez-vous ?
Hervé Bel : Je suis incapable de les chiffrer. Il suffit d'en découvrir un, et je m'aperçois aussitôt qu'il connaissait lui-même un autre ensablé. C'est un fil que je tire, et c'est pour moi un grand plaisir, une nécessité aussi. Je veux que le public les redécouvre. Dernièrement, suite à la lecture de mon blogue, quelqu'un m'a écrit pour me dire qu'il venait d'acheter Monsieur Paul de Calet.J'étais heureux. C'est bête. Je l'ai imaginé dans son olympe, mon vieux Calet, se découvrant un nouveau lecteur. Chaque lecteur compte. Ces ensablés me font penser aux dieux anciens dont parle Jean Ray, dont l'existence dépend de quelques uns.


ActuaLitté : Comment avez-vous découvert ces auteurs ?
Hervé Bel : Tout à fait par hasard. En lisant la biographie de Jean-Paul Kauffmann sur Raymond Guérin. Kauffmann est un excellent écrivain. J'avais lu son récit de la captivité de Napoléon (un autre ensablé littéraire, j'écrirai quelque chose là-dessus) : "La chambre noire de Longwood", et je voulais retrouver son talent d'évocation. En lisant sa biographie sur Guérin, je me suis aperçu que je ne connaissais rien à la littérature de la première moitié du vingtième siècle. Son livre m'a longtemps servi de références. Maintenant, j'avance tout seul.

 

 

 


ActuaLitté : Vous êtes romancier vous-même : quel regard portez-vous sur le devenir des textes actuels ?
Hervé Bel : Je n'ai malheureusement pas l'occasion d'en lire souvent, faute de temps. Et puis, de quels textes parle-t-on? Il y a les textes commerciaux, ceux dont on parle trop, dont on fait la pub dans le métro, à la radio. Des romans qui mêlent le quotidien et le soudain miracle qui bouleverse ce quotidien. Cela a beaucoup de succès, mais je ne les lis pas, je me méfie. J'ai l'impression que ces auteurs se refilent tous des recettes. Et puis il y a les autres, et je crois qu'il y en a beaucoup qui, dans l'ombre, écrivent des choses intéressantes. Récemment, j'ai lu un roman de Vincent Engel (le mariage de Dominique Hardenne) que j'ai trouvé excellent. Dieu merci, il y a encore des livres, des vrais. Le problème, c'est que peu de gens les lisent. De ces auteurs méconnus, je parlerai aussi. C'est un devoir.


Retrouver le blog des Ensablés, survivre en littérature

 

 




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