' Les monothéismes sont de pures catastrophes'

Clément Solym - 14.03.2011

Interview - michel - host - memoires


Prix Goncourt 1986, poète, romancier et nouvelliste, Michel Host vient de publier ses Mémoires du Serpent aux Éditions Hermann. Un ouvrage décalé, érudit et décapant où l’auteur établit non moins qu’une contre histoire de la Genèse. Entretien.

Pourquoi revisiter la Genèse ?
Il s’agit d’une peinture des évènements tels qu’ils se sont réellement passés, non comme les fariboles racontées par la Bible. Il fallait tout reprendre au début. Or, à l’origine se place la création du monde et seul le serpent, véritable témoin de la scène, peut en rendre compte. Au XIe siècle un moine va écrire un manuscrit, sous la dictée du serpent, qui recèle la véritable histoire de la création. Je raconte les circonstances de l’écriture de ce manuscrit et sa découverte, dix siècles plus tard.
Il s’agit bien entendu d’une fiction, une fantaisie de la Genèse afin d’en donner une autre version et critiquer ce que fit Dieu de façon peu raisonnable et, je dirais même, indigne de Lui.

En quoi cette question vous a-t-elle inspiré ?

Les religions me paraissent toutes des scandales, les unes plus que les autres. Je vise ici les monothéismes qui ne sont que de pures catastrophes. D’où ce besoin de revisiter, avec un peu de fantaisies, ce qui est déjà une fiction.
L’homme ne sera vraiment homme, à mon avis profond, qu’au temps où il sera capable de se regarder dans le miroir sans avoir le besoin d’y interposer un dieu quelconque, qui lui sert d’excuse et d’alibi pour ses méfaits les plus inacceptables.


Michel Host (© Adrien Aszerman)

Est-ce en lien avec l’actualité ?

Dans une liaison lâche, l’actualité étant la continuation des guerres de religions. Ça n’arrête jamais.

Etes-vous poète, nouvelliste ou romancier ?
Je me présente avant tout poète, car composant de la poésie depuis l’adolescence. Nouvelliste et romancier ensuite.
La poésie est la source, le creuset, quelque chose qui touche à la profondeur de l’être de la langue, et même quelque chose que nous ne connaissons pas. La poésie est une traduction des impressions, des sentiments, des pensées mêmes, qui ne sont pas formulées dans ma langue naturelle, le français. Je traduis en français des évènements intérieurs qui me touchent et m’atteignent et passent par d’autres voies que celles du récit d’une nouvelle, d’une fiction ou d’un roman.

Vous avez étudié et enseigné l’espagnol, parlez le portugais… Pourquoi n’écrire qu’en français ?
Je fais parfois des traductions, mais ma langue maternelle et langue d’enfance, ma langue de poète, reste le français qui est aussi la langue du plaisir, de la pensée, mais aussi des premières douleurs. Il s’agit d’une totalité. Je qualifie souvent le français de « langue hermaphrodite », langue de l’homme avec la femme, langue du couple de la beauté et de l’amour. Voilà comment je ressens le français.

Lors de votre travail d’écrivain, travaillez-vous la langue comme un matériau propre ou comme simple vecteur d’une histoire ?
Oralement, je la parle aussi simplement et naturellement qu’il m’est possible, sans la maltraiter. Il y a un réel combat à mener contre la maltraitance de la langue française, qui est quelque chose d’épouvantable.
Lorsque j’écris c’est une tout autre affaire : une langue que je travaille pour la rendre simple tout en la rendant exacte, précise. Je suis passé par une période un peu baroque avec une langue très fleurie, avant de revenir à des moules plus classiques et plus simples, sans être simplistes. J’essaie de clarifier ma langue et même, en écrivant, de la rendre le plus naturel possible, en quelque sorte malesherbienne : une langue proche de la pensée, qui dit ni plus ni moins ce qu’il y a dire.

Un travail proche de celui des vers ?
Je parle bien ici de la prose. La poésie est quelque chose d’à part, explosive et jaillissante. Les deux sont différents. La langue en prose travaillée me surprend ainsi rarement parce qu’elle devient, sur le métier, d’une certaine façon, routine.

Avec la multitude d’interprétations existantes de la Bible, comment avez-vous construit votre propre lecture ?
Il faut avant tout noter que ce n’est pas une tâche complètement sérieuse. Je me suis appliqué à y distiller beaucoup d’humour et notamment, à certains endroits, de l’humour britannique. Le problème, pour moi central, est celui du pêché originel qui, par la pomme, conduit l’homme à sa perte. L’homme a été amené dans un piège et cela était écrit par avance. Il n’est pas possible que ce Dieu ait fait une chose pareille ou alors il n’est pas Dieu. Voilà le grand scandale.
Je suis né, on m’a baptisé pour laver de cette faute originelle et le piège s’est aussi refermé sur moi. Mais ol s’agit du Catholicisme dans lequel je suis né. Pour le Judaïsme comme pour l’Islam ce serait autre chose, encore que la faute originelle y soit aussi. C’est pour moi un grand scandale que les hommes se maintiennent dans ces fables enfantines. Il serait temps de passer à autre chose.