Fleur Pellerin : "Montrer aux jeunes que la lecture est un plaisir qui les fait voyager, grandir, mûrir"

Nicolas Gary - 28.05.2015

Interview - Fleur Pellerin - lire short - littérature jeunesse


En début de semaine, la ministre de la Culture a présenté la manifestation littéraire Lire en short, consacrée à la jeunesse. Cette dernière se déroulera du 17 au 31 juillet à travers l’ensemble du territoire et s'accompagne une multitude d’événements. Dans un entretien exclusif accordé à ActuaLitté, Fleur Pellerin détaille cette célébration de la lecture, résolument tournée vers les jeunes. 

 

Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication - Voeux à la presse 2015

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

ActuaLitté : Avec cette fête il y a une volonté d’amener les personnes qui ont peu accès aux livres vers la littérature jeunesse, quels seront les dispositifs mis en place ? 

Fleur Pellerin : L’objectif de cette grande fête est d’amener les livres aux enfants et aux adolescents, au moment où ils ont du temps libre, au cœur de l’été, et dans les lieux où ils se trouvent, qu’ils aient ou non la chance de partir en vacances. Parce que trop d’adolescents, en particulier des garçons, s’éloignent de la lecture avec l’âge, j’ai voulu leur faire partager le plaisir de la lecture. Parce que je veux que tout enfant ait la chance de rencontrer « son » livre, « son » auteur, ou « son » univers, celui qui l’aidera à se construire, à rêver, à voyager. Et parce que j’ai voulu que nous partagions tous cet objectif.

 

J’ai déjà pu constater un enthousiasme immense pour cette fête, et plus de 600 évènements sont déjà prévus, portés par des établissements culturels, des associations, des bibliothèques, des libraires, des éditeurs, des réseaux de lecture publique, des collectivités territoriales… J’espère toutefois fédérer encore plus d’initiatives, et toutes les structures qui le souhaitent peuvent encore se faire référencer sur le site.

 

Dans la base de loisirs de Cergy-Pontoise, à Marseille sur les plages du Roucas et du Prado, à Bordeaux sur le Quai des sports et sur les plages de la côte normande, autour de Fécamps, 4 grandes « scènes nationales » dans lesquelles nous allons installer un véritable « village du livre », lors du week-end d’ouverture, petits et grands pourront participer les 17, 18 et 19 juillet, à des lectures vagabondes, des matchs d’improvisation dessinée, des siestes en livres et en musique, des marelles littéraires, des boums littéraires...

 

Et partout en France, durant ces deux semaines, les jeunes pourront, sur des plages, dans des parcs, au cours de promenades en vélo ou à pied, dans des centres de loisirs, des colonies de vacances, des campings, emprunter des livres, écouter des contes, s’amuser à dire des textes, pratiquer l’écriture ou l’art de la bande dessinée...

 

On constate un pic de lecture chez les adolescents jusqu’à 12-13 ans puis c’est une chute brutale, surtout pour les garçons. Comment remédier à cela, et toucher ce public ? 

FP : L’un des meilleurs moyens de toucher les jeunes, c’est de leur montrer que la lecture est un plaisir qui les fait voyager, les fait grandir, mûrir, libère leur imagination, leur fait découvrir ce qui leur est différent. L’été réunit toutes les conditions pour créer l’expérience du plaisir de lire : c’est le moment ou les jeunes et leurs familles ont davantage de temps libre – qui devient en réalité un temps plein, où l’on partage des activités. 

 

Je suis convaincue qu’en dépit de la multiplication des divertissements auxquels ils ont accès, le livre a toute sa place parmi les loisirs des enfants et des adolescents. Le succès de séries telles que Le livre des étoiles, Harry Potter, Vango ou encore Hunger Games en témoigne. 

 

À nous de trouver l’invitation qui suscitera leur intérêt, l’événement qui leur donnera envie de s’abandonner à ce plaisir. Les réseaux sociaux sont par exemple une manière d’entrer dans la fête, avec des concours de « selfies » (« Dis, comment tu lis ? », etc.) ou d’écriture…

 

Quel que soit le support, l’enjeu est le même : c’est de susciter l’envie de lire. On ne lit pas de la même manière ni aux mêmes moments un livre papier et un livre numérique et les deux doivent pouvoir répondre au désir de rencontres, de voyages, de connaissances, être cette aventure que propose la lecture. Fleur Pellerin

 

Quelles sont vos attentes pour cette première édition d’une manifestation orchestrée au niveau national ? 

FP : Créer un événement d’envergure nationale comme « Lire en short » est un défi ambitieux. Je savais que, ce qui ferait le succès de cette opération, ce seraient des principes forts (la fête, le temps libre et partagé, la liberté, la proximité…), et ensuite l’adhésion de tous les organisateurs, sur le terrain, toutes les collectivités locales, les bibliothèques, les médiathèques, les libraires indépendants, les éditeurs, les associations…

 

De très nombreuses initiatives ont déjà été labellisées et référencées, ce qui montre bien que l’enjeu de la lecture des jeunes est partagé par tous. Je remercie tous ceux qui se mobilisent pour le succès de Lire en short, au premier rang desquels Vincent Monadé et Sylvie Vassallo.

 

Je souhaite que cette mobilisation continue, que l’engagement qu’elle suscite se prolonge et qu’une très forte présence des jeunes durant ces 15 jours de juillet vienne témoigner du succès de cette grande fête. S’il nous permet de faire aimer la lecture à des jeunes, ce pari aura été une réussite éclatante. Chaque livre choisi par un enfant sera une victoire.

 

La lecture en numérique est souvent présentée comme un outil pour sensibiliser les jeunes publics, alors même qu’un Steve Jobs ne voulait pas de l’iPad pour ses enfants. Quel regard portez-vous sur l’édition numérique, en ce qui concerne la jeunesse ? 

Je ne veux pas opposer de manière manichéenne le livre papier et le livre numérique. Des études montrent d’ailleurs que ces deux modes de lecture ne s’excluent pas chez les enfants. Pour les plus jeunes, qui ont toujours connu les écrans et sont parfaitement à l’aise dans le monde numérique, le livre numérique est une ressource dont il faut tirer parti. 

 

lire short manifestation littérature jeunesse

 

Quel que soit le support, l’enjeu est le même : c’est de susciter l’envie de lire. On ne lit pas de la même manière ni aux mêmes moments un livre papier et un livre numérique et les deux doivent pouvoir répondre au désir de rencontres, de voyages, de connaissances, être cette aventure que propose la lecture.

 

Je ne crois pas par ailleurs que rien ne puisse jamais remplacer le lien que l’on crée, chacun à sa manière, avec l’objet livre… Je le vois bien avec ma fille qui entretient ce rapport si personnel avec les livres ! Je suis aussi toujours surprise par la beauté, la richesse, la qualité des livres pour la jeunesse. Les auteurs et les éditeurs rivalisent de créativité et rien ne remplace l’expérience de feuilleter un magnifique ouvrage. 

 

Lors du Salon de Montreuil, vous évoquiez tout à la fois le savoir-faire français reconnu, et dans le même temps, les inquiétudes des auteurs. Quelle place leur sera accordée au cours de cette manifestation ?

FP : Sans tous ces auteurs qui permettent d’offrir 6000 nouveaux titres de littérature jeunesse chaque année, et dont la qualité nous est enviée partout dans le monde, il n’y aurait pas de lecture possible. Leur contribution à la littérature française et à son rayonnement est une grande chance pour notre culture. 

 

C’est donc tout naturellement que j’ai tenu à ce qu’ils occupent une place centrale dans cette grande fête de la littérature pour la jeunesse de cet été, puisque c’est aussi à la découverte de leurs ouvrages que cette manifestation doit servir. J’inaugurerai d’ailleurs cette première édition de « Lire en short » avec Timothée de Fombelle qui lira un très beau texte de Guillaume Guéraud, « Je sauve le monde dès que je m’ennuie » (tout un programme !), le 17 juillet prochain à Cergy Pontoise.