Nous l’avions déjà interviewé il y a quelques mois dans le cadre de son travail de fin d’études sur les booktubeurs, ces nouveaux prescripteurs du Web qui connaissent un succès croissant, principalement auprès d’un public jeune et féminin.




 

Aujourd’hui diplômé en communication, François Coune alias  » Livreur de mots  » se prête désormais lui aussi à la critique littéraire 2.0, mais sur un autre réseau social très en vogue dans le domaine de l’édition : Instagram. Avec 4156 abonnés au compteur, le jeune blogueur s’adresse directement à ses pairs, des lecteurs jeunes et connectés. Il retrace pour nous son parcours et son expérience naissante de bookstagrammeur.

 

Lettres numériques : Pourriez-vous nous en dire plus sur votre parcours ? Comment en êtes-vous arrivé à devenir bookstagrammeur ?


François Coune : L’histoire de Livraison de mots a débuté avec un travail de fin d’études traitant des Booktubeurs, ces youtubeurs qui parlent de livres. Je me suis posé la question : pourquoi est-ce que j’aime autant les vidéos autour du livre ? Je ne me voyais pas pour autant me filmer et présenter des livres devant une caméra, car il faut avoir énormément confiance en soi pour faire cela.

L’idée a mûri pendant toute l’écriture de mon travail de fin d’études et le jour où je l’ai terminé, le 17 mars 2018, j’ai su que je voulais vraiment me lancer dans cette voie. J’ai passé en revue les comptes Instagram sur le livre et j’ai trouvé que ce canal me correspondait, mais qu’il fallait que j’y apporte ma propre valeur ajoutée. En effet, on parle beaucoup de littérature Young Adult ou jeunesse sur Instagram, des genres que je lis peu et qui ne me correspondent pas. J’ai réfléchi à mes objectifs, j’ai même contacté une graphiste pour qu’elle s’occupe de mon identité visuelle (elle a créé mon logo, ma signature mail) : je n’ai rien laissé au hasard. La création de mon compte Instagram est finalement la conclusion pratique de mon TFE.
 

En quoi consistent exactement vos activités sur Instagram ?


François Coune : Livraison de mots, ce sont des chroniques une à deux fois par semaine. Le travail qui se cache derrière la publication d’un post est avant tout la lecture d’un livre, que je reçois ou que j’achète selon les cas. Je raconte ensuite dans ma chronique ce que j’ai aimé, ce que je n’ai pas aimé et pourquoi. Je ne m’interdis pas de dire quand le livre ne m’a pas plu.

On y retrouve aussi des rubriques mensuelles comme « Le lecteur du mois » : j’y mets un lecteur à l’honneur, qui présente un livre en particulier. Il y a aussi une rubrique sur les bandes dessinées : je n’aimais pas du tout ce format à la base, mais j’ai été contacté pour en parler et comme j’avais aussi envie de faire des découvertes avec ce compte, j’ai accepté de réaliser ces chroniques. Je n’ai pas été déçu et suis toujours en contact avec ces maisons d’édition.
 

Il existe également une rubrique qui s’appelle « Le renc’art littéraire » où je présente un artiste à travers un livre ou une BD dont il est le personnage central. J’utilise aussi des tags : certains permettent de faire découvrir les endroits où j’adore lire, démarche qui incite les membres de la communauté à interagir en partageant eux aussi leurs lieux de lecture préférés. J’utilise également un autre tag pour les livres qui m’ont marqué (que ce soit de façon positive ou négative) : il ne s’agit d’ailleurs pas toujours de livres récents… certaines lectures remontent parfois à quelques années. Enfin, je vais également lancer une nouvelle catégorie : mon prénom en titres de livres qui m’ont touché ou non.
 

La plupart des bookstagrameurs ont également un blog, est-ce votre cas ? Est-ce que c’est une condition importante pour avoir une meilleure légitimité ?
 

François Coune : Je n’ai pas de blog et je n’en aurai pas : c’est justement la particularité de ce compte-là. Même quand je fais une interview vidéo, elle se retrouve dans IGTV, la partie vidéo sur Instagram, qui est un réseau social très complet. Je ne sais d’ailleurs pas si un réseau est plus légitime qu’un autre : ce qui est certain par contre c’est que je ne suis pas un critique professionnel de formation, puisque je n’ai pas fait d’études de lettres…

La question de la légitimité est souvent revenue dans mon TFE : je ne sais pas si je suis plus légitime qu’un d’autre, mais je me dis que si les éditeurs me contactent, c’est que j’ai une certaine crédibilité, du moins je l’espère. Parallèlement, beaucoup d’auteurs entrent en contact avec moi, pas nécessairement pour m’envoyer leurs livres, mais pour me dire que le ton que j’utilise pour traiter ce sujet correspond bien à l’univers d’Instagram et qu’ils ne le voient pas ailleurs.

Je pense qu’un blog est fait pour un public plus âgé et nécessite un registre un peu plus soutenu, des articles plus longs… Sur Instagram, je pense que le ton doit être familier, proche du lecteur, souvent jeune.
 

De quels genres littéraires faites-vous la promotion sur votre compte Instagram ? Est-ce par goût personnel ou pour répondre à une demande ?


François Coune : Dans mes posts, je parle de tout : même quand je n’ai pas aimé, je le dis, et je ne pense pas que ce soit le cas de tous les bookstagrammeurs. En ce qui concerne les genres, je ne suis pas friand de sagas et de littérature Young Adult, je n’en parle donc pas par choix. Sinon, je lis de tout, et je découvre de nouvelles choses avec mon compte : par exemple certaines maisons d’édition d’albums pour enfants me contactent et, même si cela ne fait évidemment pas partie de mes lectures à la base, il m’arrive de m’y intéresser. En effet, certains albums pour enfants abordent des sujets forts, comme le fait de découvrir si l’on est un garçon ou une fille et la différence entre les sexes. Derrière l’histoire racontée aux enfants, on retrouve souvent une vraie problématique : si celle-ci me touche, je suis toujours preneur.
 

Comment fonctionne votre partenariat avec les maisons d’édition ? Avez-vous d’abord démarché les éditeurs avant que le processus ne s’inverse et qu’ils viennent directement vers vous ?
 

François Coune : Pas du tout, cela s’est passé dans l’autre sens ! En fait, tout est allé très vite : un mois à peine après la création de mon compte, une attachée de presse freelance qui travaille pour plusieurs maisons d’édition en France et en Belgique a repéré mon compte et m’a contacté. Je suis assez fier de cette rencontre, car elle m’a permis de lier des partenariats avec de grands comme de petits éditeurs. Je la vois à présent une ou deux fois par mois : elle me présente toutes les nouveautés, et lorsque j’ai envie de faire un concours par exemple, elle me fournit les livres nécessaires. Il arrive aussi que les éditeurs eux-mêmes ou les auteurs autoédités me contactent.



François Coune

 

De même, certains auteurs, bien que publiés par de grandes maisons d’édition, estiment que le travail de diffusion n’est pas suffisant, décident alors de travailler eux-mêmes à la promotion de leur(s) livre(s) et font appel à moi. C’est le cas même quand il s’agit de grosses maisons d’édition : en effet, sur vingt ouvrages de la rentrée littéraire, trois sortiront du lot et les autres seront malheureusement laissés dans les rayons.

C’est assez amusant, parce que je reçois souvent des épreuves des romans non corrigées, bien avant leur publication. J’en parle alors en story [publications photo ou vidéo éphémères qui disparaissent au bout de 24h)] et les lecteurs sont donc au courant que je commence la lecture d’un nouveau roman, dont ils peuvent déjà connaître le titre et l’auteur.
 

Pourquoi pensez-vous que cette attachée de presse vous a contacté vous en particulier ?


François Coune : Je pense que mon compte sortait du lot avec des posts et des vidéos qui ne concernaient pas que la littérature Young Adult, puisque je m’intéresse aux romans contemporains, mais aussi aux classiques, à la BD, etc. Parallèlement, mon compte est souvent plus sobre que les autres en terme d’univers graphique : je ne fais pas de photos avec des figurines pop et des guirlandes lumineuses !

 

Quelles sont vos conditions pour de tels partenariats ?


François Coune ; Si je ne suis pas rémunéré pour le travail que je fais, je pose deux conditions dans la charte que j’envoie aux éditeurs : aucune deadline pour réaliser et publier ma critique, ni d’obligation de lire les ouvrages que l’on me donne. Enfin, j’exprime mon avis, ce qui intéresse l’éditeur puisque l’important est que l’on parle du livre. De même, si le genre ne me parle pas, comme les sagas par exemple, je refuse le partenariat, même si cela m’est rarement arrivé.

 

Pensez-vous qu’il peut y avoir un véritable impact sur les ventes ?


François Coune : Je ne peux pas le savoir directement, car je n’ai pas de retour des maisons d’édition. Cela étant j’imagine que oui, sinon elles ne nous contacteraient pas. Je pense qu’aujourd’hui les éditeurs se tournent plus facilement vers des personnes comme nous que vers des journalistes professionnels : nous sommes jeunes et offrons un regard différent. J’ai un bon exemple que je donne toujours pour illustrer notre impact : il s’agit du travail de visibilité qui a été réalisé autour du livre La vraie vie d’Adeline Dieudonné [véritable succès de librairie, l’ouvrage a été nommé au Prix Goncourt et est lauréat de plusieurs autres prix littéraires] : si ce titre rencontre tant de succès aujourd’hui, c’est en partie grâce aux blogueurs.

En effet, de nombreux exemplaires ont été envoyés à cette communauté qui en a beaucoup parlé sur Internet, avant que l’engouement ne finisse par gagner les circuits plus traditionnels. Je suis d’ailleurs le tout premier blogueur à l’avoir interviewée ! C’est un livre qui le mérite vraiment. De même, les blogueurs ont beaucoup parlé sur Booktube ou Bookstagram de Nos étoiles contraires de John Green, un autre succès populaire, ce qui a littéralement fait exploser les ventes. D’autre part, si je n’ai pas de retour direct des éditeurs, les auteurs sont généralement contents que je me permette à travers une chronique de faire découvrir un ouvrage à d’autres lecteurs.
 

En quoi le rôle d’influenceur peut-il être une opportunité pour le livre et la lecture ?


François Coune : Tout d’abord, il faut savoir que je déteste le terme « influenceur » : je trouve qu’il y a une connotation négative dans cette idée d’influence. Je me définirai plutôt tout simplement comme blogueur. Pour répondre à votre question, le fait de créer un tel compte Instagram permet d’attirer un public jeune et de partager le plaisir de lecture avec lui. Les statistiques le confirment, l’âge moyen de mon public est de 14-24 ans. Alors qu’on entend souvent que les jeunes ne lisent plus aujourd’hui, ces comptes Instagram sont une opportunité de toucher un public qui était peut-être difficile à atteindre il y a quelques années.
 


En partenariat avec Lettres Numériques




Commentaires
Haï 71 ans et je viens de finir un livre de faits vécus dans un EPAHD sur la maladie qui a emportée ma compagne au bout de 36 mois près d'elle dans une assistance continu...psychologiquement et physiquement très dur. Notre vie, sa vie de combat ou je lui laisse à parole pour une bonne partie...Son combat, ses attentes, ses questions sur son devenir...

Merci...Jean 0683981628
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