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Lola Lafon : “Garder le rythme d'une langue à l'autre est essentiel”

Claire Darfeuille - 11.09.2018

Interview - Festival Vo-Vf - Traduction littéraire - Lola Lafon


Arrivée en France à 12 ans, Lola Lafon a grandi en Bulgarie et en Roumanie où ses parents enseignaient la littérature française. Polyglotte, elle suit avec attention le travail de ses traducteurs, notamment en anglais, roumain ou encore en italien ou en russe. Elle est l’invitée du festival Vo-Vf, le monde en livres – la parole aux traducteurs qui se déroule cette année du 5 au 7 octobre à Gif-sur-Yvette.
 

Lafon-Lola©Lynn-S.K


 

ActuaLitté : Quel est votre parcours à travers les langues ?


Lola Lafon : À ma naissance, je suis restée deux, trois semaines en France et puis, mes parents, tous deux enseignants de littérature française, se sont installés en Bulgarie. Le bulgare est donc ma première langue, une langue que j’ai oubliée, mais que je parlais avec ma nourrice et à la maternelle, d’ailleurs je n’avais pas un bon accent en français, cela s’entend sur les enregistrements de l’époque ! Puis, nous avons déménagé en Roumanie où je suis restée jusqu’à l’âge de 12 ans et le roumain a pris le dessus.

 

Le bulgare et le roumain sont-elles des langues très différentes ?


Lola Lafon : Oui, le roumain comporte beaucoup de mots russes et de déclinaisons avec une influence latine, le bulgare est une langue slave qui s’écrit avec l’alphabet cyrillique. Elles n’ont rien de commun. D’autres langues font aussi partie de mon histoire familiale, ma grand-mère était polonaise et mon grand-père biélorusse, juifs arrivés en France pendant la guerre pour se réfugier.  

Les langues de ces deux pays qu’ils avaient dû fuir étaient interdites à la maison, c’étaient des langues familières, mais non autorisées. Et puis, j’ai aussi appris l’anglais avec ma nourrice roumaine. À l’âge de 10-11 ans, j’étais bilingue, j’avais d’ailleurs fait l’apprentissage de la lecture dans les deux langues, en français et en anglais.

 

Avez-vous hésité entre plusieurs langues avant de choisir le français comme langue d’écriture ?


Lola Lafon : Le français s’est imposé, car il était la langue littéraire par excellence à la maison, avec mon père, français, chercheur, spécialiste du XVIIIe siècle et de Diderot, et ma mère, d’origine biélorusse et polonaise, professeure de littérature française. Mais pour la chanson par exemple, il peut m’arriver de choisir le roumain.

 

Vous êtes aussi danseuse et évoquez souvent la danse comme une autre langue...


Lola Lafon : Mon premier métier est en effet la danse classique qui est aussi un langage, mais un langage sans mots, avec un alphabet et un vocabulaire en français compris par tous les danseurs dans le monde entier. En théorie, le danseur est aussi un traducteur : il traduit avec son corps ce que le chorégraphe lui a indiqué.

 

Comment travaillez-vous avec vos traducteurs ?


Lola Lafon : Mes romans sont traduits dans 12 langues (La petite communiste qui ne souriait jamais a été traduit en allemand, roumain, italien, castillan, hongrois, anglais, néerlandais, russe, finnois, hébreu et grec et Mercy, Mary, Matty en coréen, NdR), certaines me sont totalement inconnues comme le finlandais ou le hongrois et, dans ce cas-là, mon détachement est total. Mais, pour l’anglais, je travaille en étroite collaboration avec mes traducteurs, David et Nicole Ball, que j’ai accompagnés dans le Massachusetts pour une conférence sur des problématiques de traduction.

J’ai aussi beaucoup échangé avec la traductrice en allemand, langue que je ne comprends pas. Et avec le traducteur en roumain, bien sûr, avec lequel j’ai beaucoup communiqué. Avec le traducteur en anglais de La petite communiste qui ne souriait jamais, Nick Caistor, j’ai également échangé longuement, car il avait une autre vision, il était sur un autre rythme. Réussir à garder le rythme en passant d’une langue à l’autre me semble l’essentiel. 

 

Votre roman La petite communiste qui ne souriait jamais sur la gymnaste Nadia Comaneci a-t-il été bien reçu en Roumanie ?


Lola Lafon : Le livre a été un succès, durant les interviews sur place, beaucoup de questions portaient sur l’opposition entre le monde capitaliste et communiste, c’est encore un tabou de parler du communisme là-bas.

 

Quelles sont vos dernières parutions ?
 

Lola Lafon : J’ai dernièrement participé à plusieurs ouvrages collectifs, Osons la fraternité ! Les écrivains avec les migrants sous la direction de Patrick Chamoiseau et Michel Le Bris, au profit du Gisti, Groupe d’information et de soutien des immigré·e·s (Edition Philippe Rey) et La Bataille du rail en soutien aux cheminots grévistes (Éditions Don Quichotte). J’ai aussi écrit une contribution cet été pour un hors-série du magazine Le Un sur "La séduction" (après l’affaire Weinstein... Ndr). Ces trois parutions me tiennent à coeur. Et bien sûr, j’ai un roman en cours, mais il est encore trop tôt pour en parler. Peut-être pourrais-je l’évoquer durant le festival Vo-Vf en octobre prochain.


Rencontre avec Lola Lafon au festival Vo-Vf, le monde en livres - la parole aux traducteurs  à Gif sur Yvette, le dimanche 7 octobre à 16h, animée par Marie-Madeleine Rigopoulos.




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