Loufoque, unique et infatigable : Boris Vian au Grand Palais

Maxim Simonienko - 02.04.2019

Interview - Boris vian exposition - Grand Palais exposition - collection objet vian


Dans le cadre du Salon du livre rare et de l'objet d'art, la rédaction d'ActuaLitté est partie à la rencontre de Christelle Gonzalo et François Roulmann, les deux collaborateurs chargés de l'exposition consacrée à Boris Vian. Une occasion pour tout le monde de (re)découvrir la vie certes courte mais intense de cet écrivain loufoque, unique et infatigable.

Affiche de la pièce adaptée du roman de J'Irai cracher sur vos tombes (Actualitté - CC BY 2.0)


Pour l'occasion, les deux exposants ont publié L’Anatomie du Bison, chrono-bio-bibliographie de Boris Vian, aux éditions des Cendres. François Roulmann, collectionneur et libraire, a tenu à nous expliquer le choix de ce titre :

« Afin de comprendre le titre, il faut le lire à l'envers. Cet ouvrage résume l'histoire des livres de Boris Vian (bibliographie) tout au long de sa vie (biographie) et au jour le jour (chronologie). À dire c'est facile mais à faire... c'est plus compliqué. Nous avons été obligés, avec Christelle, de rassembler 30 ans de recherches pour arriver à placer les bons éléments à la bonne date. »

Quant à L'Anatomie du Bison, elle ferait référence à l'un des pseudonymes préférés de Boris Vian : Bison Ravi.
 

J'irai cracher sur vos tombes, ou la hantise d'une vie


« C'est une oeuvre qui va marquer la carrière littéraire de Boris Vian car plus aucun journal ne voudra publier d'articles sur lui, il sera totalement déconsidéré par tout le monde littéraire parisien, expliquent les deux exposants à ActuaLitté. Mais il va gagner des sous, beaucoup de sous. Il aimait les scandales. »

En effet, ce roman atypique de Boris Vian avait tout pour plaire. Et choquer. L'histoire se déroule dans le Sud des États-Unis. On y suit l'histoire d'une vengeance, celle d'un métis qui a vu son frère se faire lyncher. Afin de dénoncer le racisme envers les Noirs américains, le héros se fait passer pour un libraire Blanc. De là découleront des assassinats violents et des scènes jugées souvent comme "pornographiques". 

Le roman paraît en 1946, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Boris Vian ne se présente qu'en tant que traducteur de cette oeuvre « que l'Amérique n'a pas osé publier ». Comme prévu, le livre fait scandale et Vian est attaqué en justice le 7 février 1947 par le « Cartel d'action sociale et morale » (successeur de la Ligue pour le relèvement de la moralité publique).  « La même année, en avril, un homme a commis un assassinat sordide en tuant sa maîtresse, à Montparnasse. Il s'est suicidé dans la foulée en laissant un exemplaire annoté de J'irai cracher sur vos tombes au chevet du cadavre ». Le livre est interdit et l'éditeur est condamné à payer une forte amende (300.000 francs). Cela n'arrête pas pour autant Boris Vian qui, toujours sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, publie Les Morts ont tous la même peau en 1947.

« La raison pour laquelle Boris Vian persiste à publier sous ce pseudonyme, c'est que les romans publiés sous son vrai nom ne marchent pas. Par exemple, L'Écume des jours – roman incontournable aujourd'hui – a été imprimé en 4000 exemplaires. Seulement la moitié aurait été acheté. 1200 exemplaires seraient restés en stock et les autres se seraient déteriorés ».

De plus, les adaptations au théâtre de l'oeuvre ne font pas l'unanimité au niveau de la critique et les scénarios qu'il propose pour transposer l'ouvrage au cinéma sont souvent refusés par les réalisateurs.

« Et lorsqu'enfin l'un d'eux, Michel Gast, a accepté d'adapter son roman sur grand-écran, il refuse de voir son nom apparaître sur l'affiche mais choisit d'assister à la première projection. Comme un coup du sort, il meurt dans la salle, frappé d'une crise cardiaque, à 39 ans ».

 

Une exposition grâce aux Fourmis


François Roulmann s'est passionné pour Vian suite à sa lecture du recueil de nouvelles Les Fourmis : « Je raconte toujours la même histoire ! Ma passion pour Vian a germé plus précisément à la lecture d'une réplique de la nouvelle Le Plombier : “Si je tenais l’enfant de pute à la graisse de couilles de kangourou qui m’a foutu cette installation de merde, eh bien, comme on dit, je ne lui ferais pas mes compliments”. Et depuis j'ai voulu savoir comment étaient tous ces objets autour de lui, à l'époque. »

Découvrir Boris Vian
Vian dans l’atelier d’instruments de ses frères - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
La collection qui découle de cette phrase atypique est qualifiée de « mini-exposition grande par ses documents ». En effet, les deux exposants ont rassemblés 60 objets qu'ils présenteront au stand H11, au Grand Palais, du 11 au 14 avril 2019.

Parmi les pièces de la collection, nous retrouverons le collage de l'écrivain (offert à Georges et Myrtile Hugnet pour leur mariage), le brouillon d'un projet de journal où était prévu initialement une photo de Hugo sous-titrée Jean-Paul Sartre ou encore Les hommes de fer (l'une des 6 ou 7 huiles sur toile qu'a réalisé Boris Vian en une semaine pour l’exposition à la Galerie de la Pléiade)

« Vian aimait les couleurs contrastées, surtout le violet, précise le collectionneur à propos du tableau. Nous pouvons également remarquer son côté scientifique avec cette perspective déchiquée et ces carreaux qui forment une sorte de nappe. Il y a aussi toute une dimension symbolique avec cette sorte de "crabe-araignée-cancer" pour la maladie et la croix chrétienne pour la mort. Et ces « hommes de fer », on ne sait pas vraiment s’ils glissent, s'ils tombent. Ils se retrouvent dans un monde futur et déconnant, à l'image des romans d’anticipation et des polars américains qu'affectionnait Vian. »
 

Génie trop doué ou touche-à-tout raté ?


Boris Vian est également connu pour avoir été un personnage aux multiples facettes : écrivain, poète, musicien de jazz, chanteur, ingénieur... 

Souvent peu connu, l'écrivain avait d'ailleurs rencontré un succès avec une pièce d'opéra, Le Chevalier de neige, nous apprend Christelle Gonzalo. Une oeuvre qu'il a produite avec Georges Delerue, également compositeur de la bande-son du Mépris de Jean-Luc Godard.

« Il y a une certaine idée de liberté qui se dégage de cette démarche, remarque François Roulmann. Mais, après la Seconde Guerre mondiale, sans argent, la liberté c’est vite compliqué, son salaire d’ingénieur ça ne suffisait plus. Il a écrit l’Écume des jours et l'Automne à Pékin durant ses heures de travail. »
 
Découvrir Boris Vian
Collage offert au couple Hugnet pour leur mariage - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

« Il a également eu des successions d’échecs, que ce soit en littérature ou en musique, ajoute Christelle Gonzalo : il n’a pas eu le prix de la Pléiade, remporté par l'Abbé Grosjean, qui aurait pu vraiment le lancer dans sa carrière littéraire. Sans parler de ses désaccords avec Malraux, Paulhan... Pour ne pas arranger les choses, il s'en est pris à eux dans L'Automne à Pékin, en les caricaturant avec les personnages de L'abbé Petitjean ou encore le contremaître Arland... »

Boris Vian aura aussi tenté de faire des tournées musicales avec ses frères : Alain et Lélio. Néanmoins, chacun arrête tour à tour. Boris Vian doit définitivement cesser de jouer de la trompette en 1950, à cause de ses problèmes cardiaques. On pourra d'ailleurs apprécier une photo de l'écrivain dans le fond de l’atelier d’instruments anciens de ses frères lors de l'exposition.

Refusant de lâcher le monde de la musique, il chantera pour lui-même à cause de sa grande timidité face au public. On connaît à ce jour 20 enregistrements de ses chansons et plus de 500 autres reprises par des artistes comme Henri Salvador.
« Oui, il est touche à tout dans ce qu’il fait : écrivain de 1945 à 1953, ça marche pas bien mais il continue ! Le théâtre de 1948 à 1959, même s'il ne peut plus jouer de la trompette, il écrit des articles autour du jazz et crée même une collection. Tout dure 5, 10, 15 ans, à part la peinture qui n'a duré qu'une semaine », conclut Mme Gonzalo.

 


Commentaires
"La vie la vie c'est comm'un'dent

D'abord, on n'y a pas pensé

On s'est contenté de mâcher

Et puis ça se gâte soudain

Ca vous fait mal

Et on y tient

Et on la soigne

Et les soucis

Et pour qu'on soit vraiment guéri

Il faut vous l'arracher, la vie."(En avant la zizique, Boris Vian)

Voulez-vous la musique?

Merci, il faut y courir, à cette expo !
lu trop d'hagiograhies ! je me méfies !
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