Mali : le salut ne peut venir que de l'Éducation

Nicolas Gary - 16.01.2013

Interview - La Méridienne - Mali - Marc Roger


Le Mali... Bamako... Diabali... autant de noms que l'information associe aux combattants islamistes, aux premières frappes françaises, à l'intervention militaire du pays. C'est Cohn-Bendit qui interpelle l'Europe, pour demander une intervention. On parle des soldats, des gens sur place, les civils, pris au milieu d'un conflit, qui s'assimile plutôt à une guérilla dans le Sahel. Mouvements de troupes, déplacements de militaires, lutte armée. Et des morts, bien entendu. L'objectif est simple : faire reculer Al-Qaïda, l'intégrisme, les extrémistes.

 

 

Voilà deux ans, Marc Roger, le Griot Blanc, avait traversé le pays, depuis Saint-Malo, vers Bamako, parcourant, avec l'âne Babel III, les paysages, à la rencontre des enfants, des adultes. Dans les écoles, il venait lire, raconter. Une marche infinie de 7000 km, avec des rencontres. « Pas à pas, mot à mot, le regard sur le texte ou la ligne d'horizon, nous allons de l'avant en mettant entre nous et le centre, plusieurs cercles en écho, comme la pierre pousse l'eau, quand elle tombe dans un lac ». Son voyage est raconté dans un livre paru en juin 2012, aux éditions Folies d'Encre & Merle Moqueur. 

 

Loin des analyses géopoliques, et se défendant d'avoir une expertise lucide sur ce qui se passe aujourd'hui, il se souvient de ces journées passées à Bamako, entre le 6 mai et le 20 juin 2012. « Accueilli dans des milieux laïcs, ou semi-religieux, toujours des écoles catholiques ou chrétiennes, on ne me parlait pas des problèmes politiques. Tout le monde venait pour la fête, pour les lectures et les livres. Même les ressortissants français n'évoquaient pas les questions qui font l'actualité ces derniers jours. »

 

Pourtant, personne n'était dupe : de démocratie, à Bamako, il n'y avait que le nom. La corruption du pouvoir en place est très présente et le pouvoir des villes subsahariennes et des anciennes colonies, toujours très liées aux politiques internationales.

 

Pourtant, il se souvient de ces tensions, qui pouvaient naître avec la force d'une rumeur qui se propage. C'était à Yélimané, dans le Nord du Mali. « Un soir, au-dessus d'un aéroport qui n'était plus qu'une piste abandonnée aux arbustes, aux vaches et aux chèvres, est passé un avion. Très rapidement, les questions ont fusé : les Américains ? Al-Qaïda ? Qui pouvait bien survoler ce lieu, qui ne servait plus d'aéroport depuis tant d'années ? » Les inquiétudes qui montaient vite... « De tout cela, nous ne savons jamais rien, en Occident, sauf quand les grandes billes sont touchées ou que cela concerne directement les intérêts de la France. »

 

En revanche, Marc Roger se souvient des écoles, et de la dimension scolaire, dans des villages déshérités. « L'école, et l'éducation ne sont pas présentes, mais on trouve des Médersas, des écoles coraniques. Je raconte d'ailleurs comment j'ai été très bien accueilli dans l'une d'elles, et ce que j'ai pu y voir. » [NdR :  nous publions ce chapitre, tiré du livre La Méridienne, en fin d'article]

 

 

Babel, l'âne qui accompagna Marc Roger. Ou est-ce l'inverse ?

Crédit ActuaLitté

 

 

Les enfants qui vont étudier dans cette école, se lèvent à 5h pour la prière. « Ils apprennent par coeur le Coran, en langue arabe, qui n'est pas celle des populations locales. On y apprend quelque chose, par coeur, que l'on ne comprend pas. Et si l'on se trompe durant la récitation, la badine n'est pas loin. » Toute la journée à répéter, et vers 18h, les enfants sont envoyés en ville, pour faire la mendicité. « Ils doivent rapporter de l'argent ou de la nourriture, et sont punis s'ils ne reviennent pas avec assez. » 

 

Pourtant, originellement, ces enfants, issus de familles riches, sont envoyés dans les écoles religieuses pour apprendre l'humilité. « Si le principe est louable, c'est dans les faits que l'on trouve les raisons pour lesquelles les pays tels que le Mali sont dans l'ornière. Leur salut ne peut passer que par l'éducation, car l'illettrisme et l'analphabétisme sont souverains, et font le jeu du pouvoir. Les mercenaires qu'engagent les salafistes, ce sont de pauvres bougres. On les équipe d'un fusil, on leur donne à manger, à boire, ils peuvent violer librement, et les voici devenus les rois du désert. »

 

A ce jour, le Mali voit le conflit s'étendre sur son territoire, avec des combats au corps à corps qui se multiplient, entre les troupes françaises et les islamistes. Un assaut doit prochainement intervenir.

 

 

  La Méridienne, de Marc Roger by