Manuscrit Story #13 : Et les éditeurs dans tout ça...

Marc Varence - 10.05.2016

Interview - manuscrit Story éditeurs - livre publier auteur - livre éditeur publication


Après avoir donné la parole aux auteurs (voir Manuscrit Story 7), place aux éditeurs. Cinq questions ont été envoyées par courriel à une quarantaine de maisons d’édition. Trois réponses me sont parvenues : Paul Otchakov-Laurens, pour P.O.L., Gilles Guillon, pour Pôle nord éditions, et Christophe Lucquin, pour la maison éponyme.

 

 

 

 

Sur l’ensemble de vos publications annuelles, quel est le pourcentage des titres parvenus sous la forme de manuscrits par voie postale ? Comment expliquez-vous ce pourcentage ?

 

P.O.L. : En 2015, deux manuscrits arrivés par la poste ont été publiés chez P.O.L., sur 43 titres publiés. C’est une proportion normale, habituelle. Mais si l’on compte, parmi les publications, celles dont leur auteur a envoyé son premier livre par la poste, autrefois, on arrive à 15 sur 43.

 

Christophe Lucquin : Je dirais que je suis dans la moyenne nationale, à savoir 1 à 2 %. Beaucoup d’aspirants auteurs, pas assez de lecteurs. Ce qui est incompréhensible, c’est la démarche de celui qui envoie son texte à une maison sans même en connaître le catalogue.

 

Pôle nord éditions : Moins d’un quart. La plupart des manuscrits non sollicités reçus par la poste ne correspondent pas du tout à ce que je publie. Mais alors pas du tout...

 

 

Combien d’étapes le manuscrit devra-t-il franchir avant de décrocher l’accord de publication ?

 

P.O.L. : Une seule, celle de ma lecture, je suis le seul lecteur ici, il n’y a pas de comité de lecture.

 

Christophe Lucquin : La première : ma lecture. Chaque manuscrit publié est lu par mes soins. Ensuite, s’il est retenu, le manuscrit passera par l’étape de la révision correction, je l’envoie à ma collaboratrice Édith Noublanche qui se charge des corrections chez nous. Puis, nouvelle lecture, et quand on sent que c’est sûr, le texte est prêt à être envoyé à l’imprimeur. La durée des étapes... Cela dépend. Il y a des manuscrits plus ou moins prêts. Certains n’ont besoin de presque rien, parfois seulement une correction de quelques petites fautes, d’autres ont besoin de plus ; reprendre des phrases, paragraphes, etc.

 

Pôle nord éditions : 1. Ma lecture — 2. L’étude de faisabilité — 3. Le travail de réécriture avec l’auteur.

 

Étiez-vous au courant de l’existence de la web-réalité « Manuscrit Story » ? Comment expliquer, en 2016, de la méconnaissance du parcours vers une publication des candidats auteurs ?

 

P.O.L. : Non, je n’étais pas au courant de l’existence de votre web-réalité. Recevant plus de 3 000 manuscrits par an je n’ai pas l’impression que le parcours vers la publication soit très méconnu.

 

Christophe Lucquin : Je ne connaissais pas ! Les candidats auteurs ne connaissent pas la chaîne du livre, la plupart d’entre eux. Ils ne connaissent pas comment tout s’articule, qui fait quoi, comment les livres arrivent en librairie, les difficultés de ce monde. L’édition, c’est dur. Ils pensent bien souvent publication de roman comme une chance d’accéder aux portes du succès. J’en reviens à ce que j’ai dit ils ne connaissent pas la chaîne du livre et la réalité de l’édition.

 

Pôle nord éditions : Oui, je connais (tu m’en as parlé ; -)). La plupart des apprentis écrivains ont des idées fausses sur le monde de l’édition. Idées préconçues généralement véhiculées sur Internet par les auteurs autoédités.

 

Où stockez-vous les manuscrits (refusés ou en attente) ?

 

P.O.L. : Les manuscrits en question sont stockés sur des étagères aux éditions.

 

Christophe Lucquin : Il n’y a pas d’endroit spécifique. La maison est petite, on ne gagne pas d’argent, on a plutôt tendance à en perdre, à chaque publication, puisque les frais d’impression sont rarement remboursés. Heureusement, la passion est là, alors on continue. Un éditeur, c’est un explorateur, c’est un Colomb, il vit des voyages mouvementés, à plusieurs reprises il est au bord du gouffre. Un éditeur c’est un explorateur et un chercheur d’or, après il s’improvise colon dans un autre terrain, celui de la librairie, le souci c’est que nous sommes trop de colons sur la même terre, il n’y aura pas d’or pour tout le monde, on le sait.

 

Pôle nord éditions : Non, je n’ai pas de stock de manuscrits. Je demande aux auteurs de m’envoyer leur texte par mail. Ceux reçus par la Poste et refusés vont à la poubelle, à moins que l’auteur ait prévu une enveloppe timbrée pour le retour.

 

Avez-vous une anecdote à révéler à propos d’un manuscrit ou de l’un de vos nouveaux auteurs ?

 

P.O.L. : Non…

 

Christophe Lucquin : J’ai un auteur sans visage. Personne ne sait qui il est. Il s’agit d’Antoni Casas Ros. J’ai donc lu son manuscrit, Lento, je l’ai publié et ne pourrai probablement jamais mettre un visage sur son auteur.

 

Pôle nord éditions : Souvent les auteurs croient bon d’indiquer en première page que leur texte a été déposé auprès d’un organisme de protection comme la SGDL. Cette mention est un indice pour tout éditeur expérimenté. Cela signifie que le manuscrit en question a plus de 9 chances sur 10 d’être bon pour la poubelle ! Bizarrement les textes les plus intéressants ne sont jamais protégés (ou alors l’auteur n’en fait pas mention).

 

 

 « Le Polygone » au 10 mai

 

Lecture en cours : Albin Michel, Au Diable Vauvert, Bragelonne, Denoël, Flammarion, Grasset, JC Lattès, J éditions, La Différence, Le Passage, Mnémos, Presses de la Cité, Rivages, Scrineo, So Far So Good, XO

 

Refus direct : de Fallois

Refus par courrier (lettre-type) : Cherche-Midi, Fayard, Robert Laffont

Refus par courrier (lettre-type + commentaire) : Archipel

Refus par lettre circonstanciée : Anne Carrière

Refus par mail : Fleuve noir, Kéro, Le Rocher, Liana Levi, Métailié, Ring

Refus par dépassement de délai : Pierre Astier